Partageux rencontre des personnes cabossées par notre société libérale, change leur identité et ne mentionne ni son nom, ni sa ville pour qu'on ne puisse les reconnaître. « Devant la servitude du travail à la chaîne ou la misère des bidonvilles, sans parler de la torture ou de la violence et des camps de concentration, le "c'est ainsi" que l'on peut prononcer avec Hegel devant les montagnes revêt la valeur d'une complicité criminelle. » (Pierre Bourdieu) La suite ici.

mercredi 7 mai 2014

Aucun ne viendra nous saigner


Matthieu Côte était un de ces jeunes chanteurs de plein vent dont on attendait beaucoup. Matthieu, en voici une petite idée avec cette chanson filmée lors d’un concert en 2008. Matthieu, hélas ! je t’en cause au passé. De battre son cœur s’est arrêté. 

On leur dit des efforts ils disent ok
C’est de votre ressort ils disent ok
Qu’est-ce qu’ils sont cons
On leur dit ça augmente ils disent ok
On dit ça augmente encore ils disent ok
Qu’est-ce qu’ils sont cons
On dit c’est la crise, on leur fout la trouille
On les culpabilise, la croissance part en couille
Sauvez vos entreprises, défendez donc vos fouilles
Ne voyez-vous pas les enjeux ?
Allons vos emplois sont en jeu !
Achetez, achetez, a
chetez, achetez
Ils le font ! Qu’est-ce qu’ils sont cons

On leur dit ça c’est vrai ils disent ok
On dit ça c’est pas vrai ils disent ok
Qu’est-ce qu’ils sont cons
On leur dit ça c’est beau ils disent ok
On dit ça c’est pas beau ils disent ok
Qu’est-ce qu’ils sont cons
On dit le bonheur à la portée de tous
Un grand téléviseur un écran 24 pouces
Vous n’êtes pas de loosers vous les niquerez tous
Vous pouvez devenir des stars
Vous pouvez gagner des milliards
Allez, regardez, 
regardez, regardez, regardez

On a le monde à notre botte, 6 milliards de péquins moyens
Qui baissent docilement leur culotte et qui nous bouffent dans la main
Qu’est-ce qu’ils sont cons, ces pauvres, qu’est-ce qu’ils sont cons
Ils apprennent tout dans nos écoles, dans nos journaux nos télés
Ils ont tous, tous, cette envie folle de nous tutoyer, nous ressembler
Qu’est-ce qu’ils sont cons, ces pauvres, qu’est-ce qu’ils sont cons

On leur dit eux gentils ils disent ok
On leur dit eux méchants ils disent ok
Qu’est-ce qu’ils sont cons
On leur dit c’est la guerre ils disent ok
On leur dit faut la faire ils disent ok
Qu’est-ce qu’ils sont cons
On leur dit l’ennemi se cache n’importe où
Surveillez vos amis, restez planqués chez vous
Nos démocraties sont en danger partout
On leur dit insécurité, on dit état policier
Allez, paniquez, 
paniquez, paniquez, paniquez

On a le monde à notre botte, 6 milliards de péquins moyens
Qui baissent docilement leur culotte et qui nous bouffent dans la main
Qu’est-ce qu’ils sont cons, ces pauvres, qu’est-ce qu’ils sont cons
Au service de nos portefeuilles, sous les prétextes les plus grossiers
Ils se font démonter la gueule partout où il reste à piller
Qu’est-ce qu’ils sont cons, ces pauvres, qu’est-ce qu’ils sont cons
Qu’est-ce qu’ils sont cons, ces pauvres, qu’est-ce qu’ils sont cons
Puis on dit l’air et l’eau deviennent des denrées rares
Qu’on achète en tonneaux, paie en pétrodollars
Fait d’plus en plus chaud, fait d’plus en plus noir
Pendant qu’on gaspille ce qu’il reste
Tâchez de vivre un peu modeste pour
Réparer, r
éparer, réparer, réparer

Nous, nous on a le monde à notre botte, 6 milliards de péquins moyens
Qui baissent docilement leur culotte et qui nous bouffent dans la main
Qu’est-ce qu’ils sont cons, ces pauvres, qu’est-ce qu’ils sont cons
Ça, tant qu’on les culpabilise, et que l’on sait les surveiller
Qu’on les distrait, qu’on les divise, aucun ne viendra nous saigner
Qu’est-ce qu’ils sont cons, ces pauvres, qu’est-ce qu’ils sont cons
Aucun ne viendra nous saigner

Ok, ok, ok, ok
Inspirez, expirez
Inspirez, expirez
Respirez plus.

mercredi 30 avril 2014

Mille cent soixante treize gars sur le carreau. R.A.S.


Fakir envoie sa « niouzlaiteur » pour signaler son prochain numéro, au prix de trois euros, disponible dans les kiosques le 30 avril. Au lieu d'un texte incolore et sans saveur comme le Parti Socialiste sait en pisser des kilomètres, nos amis fakiriens donnent de suite envie de se jeter sur leur nouvelle livraison. Mais lis plutôt la présentation de leur collection de printemps : 

« Un coup d’œil à la mairie d’Amiens suffit à le confirmer : sur les quarante-trois conseillers de gauche, dix appartiennent à l’Éducation nationale (« professeur des universités », « proviseur », « enseignante-chercheure », etc.), à peu près autant à d’autres services publics (« ingénieur territorial », « ingénieur d’études », « cadre de la fonction publique »), les permanents de la politique ont leur quota (« attaché de groupe », « chargée de mission », « assistante de mission »), le monde associatif n’est pas oublié (« cadre associatif » à deux reprises –, « éducatrice spécialisée »), les artistes non plus (« plasticien », « conseillère artistique »), et une fois listé les « journalistes » (deux), les « avocats » (deux), il reste quelques strapontins pour les catégories majoritaires dans la ville réelle : un « infirmier », un « électricien », une « employée de la sécurité sociale », une « employée » tout court, et c’est tout. Il y a là une extraordinaire homogénéité, une formidable domination. Du coup, de quel projet une telle municipalité se flatte-t-elle, dressant son bilan ? Du « transfert des facultés de sciences humaines depuis le campus vers la Citadelle ».

« Mais quand la première boîte de la région ferme à côté de chez soi, c’est une sacrée secousse, non ? Quand mille cent soixante treize gars du coin se retrouvent sur le carreau, ça doit tonner et tanguer chez les élus, pas vrai ? Quand un bastion prolétaire s’écroule, le fer de lance des luttes dans le coin, ça fait vibrer et chialer les militants ?

« Eh bien non. On s’en fout. La vie continue comme avant.

« Alors, on revient sur le cas Goodyear à Amiens : que s’est-il passé ? Et surtout : que ne s’est-il pas passé ? Pourquoi cette apathie ?

« Parce que, même à l’échelle d’une ville, deux classes se sont tournées le dos, incapables de s’allier. Un peu à l’image du pays…

« Dans son numéro 65, Fakir se penche sur le divorce entre « les deux cœurs sociologiques de la gauche » : « Prolos, intellos, qu’est-ce qui coince ? » Pourquoi la petite bourgeoisie culturelle tient-elle les leviers de tous les pouvoirs, se détournant de préoccupations populaires ? Mais pourquoi, également, la classe ouvrière – et ses représentants syndicaux – se replie-t-elle sur elle-même, incapable de porter un message plus universel ? »
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Petits ajouts partageux.

1) Lire Les Mystères de la gauche de Jean-Claude Michéa pour en finir une bonne fois avec le mot "gauche" et se remettre à parler du mouvement ouvrier, du socialisme, du communisme ou de l'anarchisme. La tendance saisonnière est aux couleurs qui pètent.

2) La liste sortante d'Amiens avec sa petite noblesse — pas concernée par la concurrence polono-chinoise qui te remplace lundi prochain — a pris une méchante torgnole aux élections. Toi, tu aurais voté pour une classe politique consanguine des « attaché de groupe », « chargée de mission » et autre « assistante de mission » ? Chez moi la liste FdG n'a pas tortillé du cul : PAS de cumul de poste ou de mandat. Une coupe simple de bonne facture.

3) Pour en finir avec le «rejet des élites », c'est pas compliqué, que l'on se remette à parler de notre bon vieux rejet de la bourgeoisie ! La cravate de chanvre — du moins sa menace — redevient tendance. 

4) 29 avril 2014 : les députés fauxcialistes ont voté leur suicide collectif pour 2017. Quarante et un d'entre eux ont humblement demandé, genou en terre et tête baissée, que la corde de suspension au lampadaire soit un tantinet moins rugueuse. Ces abstentionnistes rémunérés n'hésiteront pas à nous dire qu'on est des mauvais citoyens quand on ne va pas voter ! Un mariage de couleurs qui est une faute de goût inexcusable.
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Ton sur ton avec cette bafouille François Béranger chante En avant : « Le monde regarde suffoqué revenir la barbarie / En avant pour le grand bond en arrière ! En avant, en avant, en avant ! »


lundi 21 avril 2014

Rions en attendant une balle dans le genou

« Que pensez-vous d'une bonne dissolution ? » nous demande Gauche de Combat avec la bave aux lèvres du chien enragé. 

Nonmaispasfou ? Et moi, que vais-je devenir ? J'ai jamais travaillé. J'ai eu le bac au bénéfice du doute, j'ai merdouillé des études supérieures et j'ai raté une licence. Mon oncle, un prince socialiste, m'a trouvé un petit boulot peu fatiguant mais bien payé chez un député. C'est comme ça que je suis devenu député moi aussi. J'ai jamais rien fait d'autre. Chuis un socialiste professionnel. 

Keski propose Gauche de Combat ? Un choix pourri. Si je m'aligne sur la politique du gouvernement je serai viré comme un malpropre lors des prochaines législatives. Valls continue comme ça et je m'en vais faire un résultat électoral digne de Lutte ouvrière à Neuilly. La justice sociale ça fait trente ans que je m'en branle. Je vais pas changer. Mais merde ! Ne pas être réélu, ça, c'est pas possible ! Comment que je vais assurer mon train de vie ? J'ai besoin d'un minimum. J'ai pas des pompes de luxe comme Aquilino Morelle, le conseiller de Hollande, mais quand même ! Je voudrais pas me retrouver comme un miséreux avec seulement quatre mille euros par mois pour vivre. Faut pas déconner. Faudrait quand même que Valls il arrête de snifer de la colombienne première pression à froid.

Keski propose Gauche de Combat ? Que je râle comme un gauchiste ? Que je vote pas la confiance au gouvernement ? C'est que ça aussi c'est achement dangereux. Un député socialiste nous l'a promis : « Le premier qui bouge, c'est une balle dans le genou. Ça calmera les autres. » Dans mon parti on a un sens aigu de la fraternité, du dialogue et de l'écoute patiente des opinions divergentes… 

Entre ma réélection qui n'est pas gagnée en 2017 et avaler encore des tombereaux de couleuvres sous la menace, je n'arrive pas à me décider. Et Gauche de Combat qui propose  une dissolution histoire de hâter la fin de mes indemnités parlementaires ! 

J'en suis malade. Moi — c'est le secret de mes réélections successives — j'ai jamais fait le moindre choix. Jamais ! J'ai toujours soufflé dans le sens du vent. Et, là, je suis bien emmerdé parce que je ne sais pas comment faire pour assurer ma réélection.  
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« Le premier qui bouge, c'est une balle dans le genou. Ça calmera les autres. » C'est un député socialiste tendance fromage mou hollandais qui le dit ! Et on peut parier que ça va calmer les députés ronchons. Combien de votes « non » socialistes ? On prend les paris pour le prochain vote à l'Assemblée.  Alors tu imagines si nous, les zextrémistes, on en faisait autant ? Si le gars au RSA disait ça lors de son inspection ? Si les chômistes sortaient ça derechef aux conseillers pôle-emploi ? Si la caissière à temps partiel négociait ainsi son salaire ? Si la délégation syndicale rencontrant Pierre Gattaz montrait ses six-coups et ses fusils à pompe et ses pains de plastic ? Si un patron-voyou prenait du calibre à sanglier dans le 4x4 ? Si un grand patron plus rapace que la moyenne se faisait brancher comme un pauvre négro miséreux aux USA en 1930 ? 

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Paris lumière, une chanson fleuve de François Béranger et Jean-Pierre Alarcen.

jeudi 17 avril 2014

Rions en attendant la mort (de Valls)

Une image reçue dans ma boîte à lettres. Les gens sont taquins. 

« Marine Le Pen ». Tu la découpes lettre par lettre, mélanges bien, laisses retomber toutes les lettres au fond du pot de chambre et lis : « Amène le pire ». Les gens sont taquins.

« La France d'abord ». Tu enlèves les lettres FN. Et tu constates que le discours n'a pas changé. Les gens sont taquins.

Un commentaire lu sous un article de la Dépêche du Midi.

« Diminution des charges ? Je lis le plan comptable, comptes de la classe 6 : charges. 

« 6185 : frais de colloques, séminaires, conférences (forcément dans un chic hôtel d'une île paradisiaque…)

« 622 : commissions et courtages, rémunération des transitaires (et, pourquoi pas, rétrocommissions à ma belle-soeur !)

« 623 : annonces et insertions, échantillons, foires et expositions, cadeaux à la clientèle, primes, publications, divers…

« 625 : Déplacements, missions et réceptions (Y compris le repas de noce du petit dernier, que l'on fait passer pour un repas d'affaires !)

« Je continue ? Inutile, le plan comptable est en vente pour 6 euros dans toutes les bonnes librairies ! C'est édifiant ! Que les PDG commencent par ne plus faire changer leur moquette chaque année et ne plus faire passer les séances de coiffeur de leur épouse en frais de représentation ! » Les gens sont taquins. 

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Les Frères Jacques chantent La queue du chat. Les gens sont taquins.

dimanche 6 avril 2014

Rions en attendant la mort (du PS)

François Hollande demande à Dieu d'arrêter la pluie pour ce printemps. Dieu lui répond : « Tant que tu foutras la merde, je tirerai la chasse d'eau. » 

Benoist m'envoie avec régularité sa récolte de petits miquets frais du jour. Un esprit simple qu'un petit rien fait rire.

Bientôt deux ans de politique de droite rose ! Bon, on a voté — enfin… au deuxième tour — pour une politique de gauche en fromage mou. P'têt qu'on aurait du voter Sarko puisqu'il faisait une politique moins marquée à droite. Tu penses qu'après cinq ans de droite, on repassera à gauche grâce à la gauche du PS — la pierre filochophale —  permettant la transmutation du fromage mou en métal de bon aloi ? 

Tu crois que les électeurs vont croire aux fariboles ? « On a fait cinq ans de droite mais on est vachement malins et demain on fera de la gauche, promis, juré, craché ! » Comme si Jean-Marc Ayrault disait : « Ouais bon, d'accord, j'ai fait un aéroport inutile mais maintenant je m'en vas virer le macadam pour remettre des grenouilles, des tritons et des paysans. »

« En politique c'est comme au foot. Si on perd, ce n'est pas la faute des autres, c'est qu'on n'a pas été bon. » 

Mon copain Gauche de combat va aimer cette image. Mon copain Des pas perdus va aimer cette image. Philippe, un commentateur régulier de ce blogue, va aimer cette image. On est un bon paquet à y voir un bon résumé...
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Tout est calme, une chanson pas chantée de Loïc Lantoine et François Pierron.  

jeudi 27 mars 2014

Branlées, raclées et fessées déculottées

Près de deux millions de personnes dans la rue à Madrid le 22 mars pour terminer les « marches de la dignité » parties un mois plus tôt de six régions d'Espagne. Tu as lu des kilomètres d'articles ? Tu as entendu des heures de radio ? Tu as vu des soirées télévisées consacrées à cet événement ? Deux millions de personnes !

Bah ! C'est sans intérêt, tous ces gens qui manifestent contre l'austérité. Une démagogie folle, que dis-je ? un populisme outrancier ! Tu te rends compte ? Les manifestants réclamaient « du  pain et un toit pour tous ». Où va-t-on ? C'est pas le Parti socialiste espagnol, un parti responsable, qui proposerait de pareilles bêtises déraisonnables.  Le parti socialiste français non plus. 
 
On me souffle à l'oreille que le Parti socialiste espagnol a pris une sacrée branlée électorale. Un coup de pied au cul à lui exploser le fessier. Mézenfin ! Pourquoi n'a-t-il pas prévenu le Parti socialiste français ? 
 
Quoi, « notre » parti socialiste était prévenu ? Une fessée déculottée pour Jospin en avril 2002, une tannée pour Royal en 2007. Sans compter toutes les autres raclées que ce serait fatigant de les recenser… Il faut dire le « PS », pas le « Parti socialiste ». Le PS, le parti des sourds. Monsieur l'abbé —  Dieu le bénisse ! — a bien raison de fustiger en chaire le péché de masturbation !  

Prochain épisode du masochisme électoral socialiste aux européennes. 7% comme le Pasok ? 
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Ma bible, Bernard Joyet avec Nathalie Miravette au piano et Éric Nadot à la caméra. 

jeudi 20 mars 2014

Les mystères de la gauche 3/

En lisant Les mystères de la gauche de Jean-Claude Michéa aux éditions Climats, il m'est revenu cette phrase de Günther Anders glanée je ne sais où : « on n'évalue pas une idéologie aux réponses qu'elle apporte mais aux questions qu'elle évacue. » 

Un grand-père de mon entourage mort voici quelques années n'a pas participé chaque matin à la croissance. Je t'explique. De l'âge de vingt ans jusqu'à plus de quatre-vingts ans il a toujours utilisé le même rasoir ! Trois-quatre coups d'affûtage sur un bout de cuir et c'était reparti pour un jour de plus. Je songeais à ce mauvais consommateur en lisant les lignes de Michéa qui suivent. 

« Ce système de l'obsolescence programmée permet d'éclairer de façon plus précise la différence de nature qui devrait exister entre une société socialiste (ou décente) et une société capitaliste. 

« Le fait, par exemple, qu'il soit techniquement possible (et ce depuis très longtemps de fabriquer de ampoules électriques dont la durée de vie est supérieure à celle d'une vie humaine ne présente — du point de vue d'une société fondée sur le primat de la valeur d'usage et le souci écologique — que des avantages évidents (la société pourra ainsi choisir d'affecter à d'autres fabrications les économies réalisées, tout en réduisant considérablement la quantité de déchets produits). 

« Du point de vue d'un système fondé sur le profit et le primat de la valeur d'échange, en revanche, il est clair que la généralisation d'une technologie de ce genre (simple, robuste et durable) est fondamentalement incompatible avec les exigences de l'accumulation du capital (ou « croissance ») et de l'enrichissement continuel — en droit sans limites — des grands industriels et des grands actionnaires. 

« C'est d'ailleurs précisément dans le but de se protéger contre les effets économiquement catastrophiques de ce type d'invention beaucoup trop utile que le cartel des fabricants d'ampoules électriques (le fameux « Phœbus », entente internationale qui regroupait notamment, à l'origine, Philips, Osram et General Electric) en était venu, dès 1925, à concevoir et imposer le système de l'obsolescence programmée (pratique désormais universelle, de l'industrie automobile à celle de l'informatique ou de l'électroménager), c'est à dire en fin de compte, celui du sabotage méthodique — et scientifiquement organisé — de la plupart des marchandises destinées à être vendues sur le marché capitaliste mondial. Tel est, sans doute, l'envers le plus cynique de la vertueuse croissance ».
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« Une société socialiste n'est évidemment pas hostile à l'idée d'innovation en tant que telle. Elle implique uniquement le rejet des innovations inutiles (« l'accumulation de gadgets — écrivait Orwell en 1945 — que l'on considère aujourd'hui comme désirable et civilisée ») ou, a fortiori, nuisibles pour la nature et l'humanité. En se fondant sur cette distinction philosophique, l'homme pourrait alors « utiliser avec discernement les produits de la science et de l'industrie en leur appliquant à tous le même critère : cela me rend-il plus humain ou moins humain ? Et l'horreur instinctive que ressent tout individu sensible devant la mécanisation progressive de la vie ne serait pas considérée comme un archaïsme sentimental, mais comme une réaction pleinement justifiée. » (Georges Orwell, Les Lieux de loisir, 1946).
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Photo Des pas perdus. « Les goûts d'Olga », un petit bijou d'exercice de style de Gérard Morel.

samedi 15 mars 2014

Les mystères de la gauche 2/

Promotion de printemps. Pour satisfaire et fidéliser son aimable clientèle Partageux offre, non pas un, mais deux extraits, et bien solides, pris dans Les mystères de la gauche de Jean-Claude Michéa à propos du mot « gauche ». 

« Il n'est d'ailleurs sans doute pas inutile de rappeler ici au lecteur de gauche contemporain (trop souvent conditionné par un siècle d'historiographie « républicaine » et de rhétorique électorale « pro-gressiste ») que les deux répressions de classe les plus féroces et le plus meurtrières qui se soient abattues, au XIXe siècle, sur le mouvement ouvrier français (sous les applaudissements — cela va sans dire — de la droite monarchiste et cléricale) ont chaque fois été le fait d'un gouvernement libéral ou républicain (donc de « gauche » au sens premier du terme). 

« Tout d'abord celle ordonnée par Louis-Eugène Cavaignac, lors des journées de juin 1848 (Cavaignac sera, du reste, le principal candidat de gauche à l'élection présidentielle de décembre — ce qui explique en partie le vote réactif de nombreux ouvriers parisiens en faveur de Louis-Napoléon Bonaparte). Ensuite celle, bien plus sauvage encore, dirigée par Adolphe Thiers contre la Commune de Paris, en mai 1871. 

« On comprend dès lors que la plupart des anarchistes et des socialistes de l'époque auraient trouvé singulièrement absurde et indécent d'appeler les ouvriers qui venaient d'échapper à ces massacres (ou qui se trouvaient encore déportés en Nouvelle-Calédonie ou exilés en Angleterre) à se réconcilier au plus vite — sous le prétexte d'une quelconque « union de la gauche et de toutes les forces de progrès » avec certains de leurs bourreaux les plus odieux (comme, par exemple, ce sinistre Gaston de Galiffet — le « boucher de la Commune » — qui occupera encore une place décisive, en 1899, dans le gouvernement de « défense répu-blicaine » de Waldeck-Rousseau).   

« Ce n'est donc bien que dans le cadre précis de l'affaire Dreyfus (les organisations socialistes ayant, du reste, attendu quatre ans avant de s'impliquer dans ce que Guesde et Jaurès avaient d'abord appelé une « guerre civile bourgeoise ») et devant la seule menace imminente d'un coup d'État de la droite monarchiste et cléricale, que les organisations socialistes représentées au Parlement (à l'exception, par conséquent, des syndicalistes révolutionnaires) allaient finalement accepter de négocier un compromis dit de « défense républicaine » avec leurs anciens adversaires de la gauche parlementaire. 

« C'est ce compromis — vécu, au départ, comme purement provisoire — qui constitue le véritable acte de naissance de la gauche moderne mais également, par la force de choses, l'un des points d'accélération majeurs de ce long processus historique qui allait peu à peu conduire à dissoudre la spécificité originelle du socialisme ouvrier et populaire dans ce qu'on appellerait désormais le « camp du Progrès ». 

« Processus de dissolution qui — en raison de l'hégémonie intellectuelle alors exercée par le parti radical — sera d'ailleurs très vite placé sous le signe privilégié de la « philosophie des Lumières » et de la lutte contre le « cléricalisme » et la « Réaction » (ce qui explique, en partie, les difficultés récurrentes qui seront désormais celles de la nouvelle « gauche socialiste » à penser le capitalisme autrement que comme un système fondamentalement  « conservateur », « réactionnaire » et tourné vers le passé). 

« Sans l'existence de ce pacte d'intégration progressive du mouvement ouvrier dans la gauche bourgeoise et républicaine d'Émile Combes, de Joseph Caillaux ou de Georges Clémenceau — intégration dont Jean Jaurès allait produire la légitimation philosophique la plus brillante —, il serait évidemment impossible de comprendre le sens singulier qui aura été celui du mot « gauche » tout au long du XXe siècle. »

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« Il convient de souligner que le PCF a, pour sa part, longtemps refusé de se définir comme un parti de gauche, privilégiant même explicitement, à partir de 1927, le mot d'ordre « classe contre classe » (une telle formule — précisait d'ailleurs le texte du Comité central — est d'autant plus indispensable que le Parti apparaît encore aux yeux d'un grand nombre de travailleurs comme le "parti le plus à gauche" et qu'une tactique mécanique de désistement pour le candidat de "gauche" placé avant le militant communiste laisse s'accréditer, en dépit de nos déclarations, l'apparence du Parti communiste "aile extrême du cartel de gauches" ou élément participant d'un néo-cartel »). 

« Ce refus, on ne peut plus clair, du PCF de se définir — dans sa période la plus révolutionnaire — comme un parti de gauche ou d'extrême-gauche, était même tel qu'il conduira André Siegfried — dans son Tableau des partis en France — à admettre (lui qui avait tant fait pour accréditer le dogme républicain du clivage gauche/droite) que le Parti communiste ne pouvait effectivement pas être considéré comme un parti de gauche « puisqu'il se rit de cette discipline républicaine que tout militant de la démocratie respecte » (Grasset, 1930, p. 172). 

« Quels que soient les mérites du « Front de gauche » et je les reconnais bien volontiers) on mesure donc tout le travail de réécriture de l'histoire que présuppose sa thématique officielle (pour ne rien dire, évidemment, de celui qui a été accompli, au sein du PCF lui-même, sous la très libérale direction de Robert Hue et de ses successeurs). »
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En contrepoint à l'historien de la philosophie, la sensibilité de l'artiste. « J'aurais voulu te suivre », Laurent Berger. Il a écouté des militants qu'il aurait voulu suivre mais bon, voilà… 

jeudi 13 mars 2014

Les mystères de la gauche 1/

La gôche bourgeoise parisiano-branchouille fait souvent dire à Jean-Claude Michéa exactement le contraire de ce qu'il a écrit. Elle le déteste tellement qu'elle m'a donné l'envie de me plonger dans ses écrits. Eh bien la gauche bourgeoise m'a offert une excellente lecture fort recommandable. 

Michéa est un auteur qui se lit le crayon à la main, un auteur qui utilise de très nombreuses références — historiques, sociologiques, philosophiques — bien peu lues. Sûrement trop difficile pour nos zélites de gôche qui veulent tant éduquer un peuple bovin alors qu'elles ne comptent depuis trente ans que des échecs lamentables à leur tableau de chasse.

Michéa fait des phrases kilométriques, ouvre des parenthèses et des tirets dans une même phrase et est moins facile à lire que Libération. Je vais pourtant t'en servir deux-trois extraits pour te donner l'envie de sortir du ronronnement des idées qui a tué jusqu'à la notion de transformation sociale. On commence par la propre présentation de Michéa de son essai Les mystères de la gauche aux éditions Climats.

« Que peut bien signifier aujourd'hui le vieux clivage droite-gauche tel qu'il fonctionne depuis l'affaire Deyfus ? Il me semble que c'est avant tout le refus de remettre cette question en chantier — et de tirer ainsi les leçons de l'histoire de notre temps — qui explique en grande partie l'impasse dramatique dans laquelle se trouvent à présent tous ceux qui se reconnaissent encore dans le projet d'une société à la fois libre, égalitaire et conviviale. 

« Dans la mesure, en effet, où la possibilité de rassembler le peuple autour d'un programme de sortie progressive du capitalisme dépend, par définition, de l'existence préalable d'un nouveau langage commun — susceptible, à ce titre, d'être compris et accepté par tous les « gens ordinaires » —, cette question revêt forcément une importante décisive. 

« Je vais donc essayer d'expliquer pour quelles raisons j'en suis venu à estimer que le nom de gauche — autrefois si glorieux — ne me paraît plus vraiment en mesure, aujourd'hui, de jouer ce rôle fédérateur ni, par conséquent, de traduire efficacement l'indignation et la colère grandissantes des classes populaires devant le nouveau monde crépusculaire que les élites libérales ont décidé de mettre en place. »

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« L'estaca », en français « Le pieu », une chanson de Luis Llach dans sa traduction interprétation de Marc Robine. 


vendredi 24 janvier 2014

En finir avec les processions !

La gauche fonce dans le mur en chantant toujours les mêmes cantiques ! / 8 

Tu entends le militant blanchi sous le harnais se plaindre d'une désaffection de « la jeunesse ». Vrai qu'on voit des manifs clairsemées où c'est pas seulement « la jeunesse » qui manque. « La vieillesse » ne participe pas plus. Aujourd'hui tu ne retrouves guère que des militants quasi professionnels — même quand ils ne sont pas rémunérés — que tu vois sur tous les fronts. 

Phrase souvent entendue : « Bah, de tout façon, Hollande ou un autre, ça ne changera rien pour moi / ça ne changera rien pour nous, les petits. » Bien des militants analysent ça comme un repli individualiste, ou consommateur, ou que sais-je. Mais de toute façon une question d'éducation, de formation, de télévision, d'air du temps ou de conscience politique. Bref, la faute des autres... 

Ben oui, il y a un problème d'éducation et de formation. Mais c'est le militant qui a besoin d'être éduqué ! Le militant ne réalise même pas que sa prose imbitable ne s'adresse qu'à des bac +++ et qu'elle élimine le plus clair de ses  concitoyens. Ou que le simple fait d'écrire est déjà éliminatoire quand tu sais que chez moi il y a plus de 14% d'illettrés. Le militant ne réalise même pas que sa manifestation ressemble davantage à un cortège funèbre qu'à une sauterie sympathique et que ça donne pas envie d'y participer. Le militant ne réalise même pas qu'une procession, avec marée de drapeaux rouges ou noirs, ne sert à rien d'autre qu'à se compter, que le gouvernement social-Medef en rigole et que l'employée de base le sait bien. 

Le mouvement antinucléaire s'est endormi, bureaucratisé à donf comme une bonne partie du militantisme. Alors ça donne la pêche de lire que certains ne s'y résignent pas, analysent les raisons des échecs et en tirent les leçons. Faudra que toute la gauche s'en inspire... 

« Une nouvelle fédération pour les militants et les groupes anti-nucléaires est en train de naître. […] Ce qui est important c’est qu’elle va être très ouverte et très active. Elle rassemblera tous ceux qui veulent agir différemment, individus ou groupes. Elle fera tout ce que ses composantes décideront ou presque. 

« Elle ne fonctionnera pas exclusivement selon la méthode d’un consensus trop réducteur. Parce que, en effet,  pour mettre tout le monde d’accord sur un projet, finalement on ne fait rien, ou on se limite à des promenades de bisounours au bord des routes au milieu de nulle part ! […] 

« Elle utilisera au maximum les moyens d’échanges et de décisions rapides via internet. On ne peut plus au 21ème siècle fonctionner avec un système de motions à envoyer avant le 15 octobre 2013, votées le 15 janvier 2014, budgétées en septembre... 

« Elle aidera les groupes locaux dans les différents bassins nucléaires et bassins thématiques à être efficaces. Elle saura faire la différence entre un sympathisant, un militant, un communicant, un scientifique, un leader d’opinion, un politique... 

« Et ne dites pas  : Catastrophe, ils sont en train de briser le mouvement antinucléaire ! Non, au contraire il s’agit de le dynamiser. Et les AREVA, EDF, CEA, ANDRA... vont bientôt subir les assauts d’une nouvelle opposition. Et il y a en France la place pour plus d’une fédération d’anti-nucléaires. […] 

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Cucul, une chanson d'Emmanuel Lods et Philippe Biais. Au piano Bernard Joyet, chanteur. Au chant Nathalie Miravette, pianiste. Quatre minutes de poilade.