Partageux rencontre des personnes cabossées par notre société libérale, change leur identité et ne mentionne ni son nom, ni sa ville pour qu'on ne puisse les reconnaître. « Devant la servitude du travail à la chaîne ou la misère des bidonvilles, sans parler de la torture ou de la violence et des camps de concentration, le "c'est ainsi" que l'on peut prononcer avec Hegel devant les montagnes revêt la valeur d'une complicité criminelle. » (Pierre Bourdieu) La suite ici.

mercredi 30 avril 2014

Mille cent soixante treize gars sur le carreau. R.A.S.


Fakir envoie sa « niouzlaiteur » pour signaler son prochain numéro, au prix de trois euros, disponible dans les kiosques le 30 avril. Au lieu d'un texte incolore et sans saveur comme le Parti Socialiste sait en pisser des kilomètres, nos amis fakiriens donnent de suite envie de se jeter sur leur nouvelle livraison. Mais lis plutôt la présentation de leur collection de printemps : 

« Un coup d’œil à la mairie d’Amiens suffit à le confirmer : sur les quarante-trois conseillers de gauche, dix appartiennent à l’Éducation nationale (« professeur des universités », « proviseur », « enseignante-chercheure », etc.), à peu près autant à d’autres services publics (« ingénieur territorial », « ingénieur d’études », « cadre de la fonction publique »), les permanents de la politique ont leur quota (« attaché de groupe », « chargée de mission », « assistante de mission »), le monde associatif n’est pas oublié (« cadre associatif » à deux reprises –, « éducatrice spécialisée »), les artistes non plus (« plasticien », « conseillère artistique »), et une fois listé les « journalistes » (deux), les « avocats » (deux), il reste quelques strapontins pour les catégories majoritaires dans la ville réelle : un « infirmier », un « électricien », une « employée de la sécurité sociale », une « employée » tout court, et c’est tout. Il y a là une extraordinaire homogénéité, une formidable domination. Du coup, de quel projet une telle municipalité se flatte-t-elle, dressant son bilan ? Du « transfert des facultés de sciences humaines depuis le campus vers la Citadelle ».

« Mais quand la première boîte de la région ferme à côté de chez soi, c’est une sacrée secousse, non ? Quand mille cent soixante treize gars du coin se retrouvent sur le carreau, ça doit tonner et tanguer chez les élus, pas vrai ? Quand un bastion prolétaire s’écroule, le fer de lance des luttes dans le coin, ça fait vibrer et chialer les militants ?

« Eh bien non. On s’en fout. La vie continue comme avant.

« Alors, on revient sur le cas Goodyear à Amiens : que s’est-il passé ? Et surtout : que ne s’est-il pas passé ? Pourquoi cette apathie ?

« Parce que, même à l’échelle d’une ville, deux classes se sont tournées le dos, incapables de s’allier. Un peu à l’image du pays…

« Dans son numéro 65, Fakir se penche sur le divorce entre « les deux cœurs sociologiques de la gauche » : « Prolos, intellos, qu’est-ce qui coince ? » Pourquoi la petite bourgeoisie culturelle tient-elle les leviers de tous les pouvoirs, se détournant de préoccupations populaires ? Mais pourquoi, également, la classe ouvrière – et ses représentants syndicaux – se replie-t-elle sur elle-même, incapable de porter un message plus universel ? »
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Petits ajouts partageux.

1) Lire Les Mystères de la gauche de Jean-Claude Michéa pour en finir une bonne fois avec le mot "gauche" et se remettre à parler du mouvement ouvrier, du socialisme, du communisme ou de l'anarchisme. La tendance saisonnière est aux couleurs qui pètent.

2) La liste sortante d'Amiens avec sa petite noblesse — pas concernée par la concurrence polono-chinoise qui te remplace lundi prochain — a pris une méchante torgnole aux élections. Toi, tu aurais voté pour une classe politique consanguine des « attaché de groupe », « chargée de mission » et autre « assistante de mission » ? Chez moi la liste FdG n'a pas tortillé du cul : PAS de cumul de poste ou de mandat. Une coupe simple de bonne facture.

3) Pour en finir avec le «rejet des élites », c'est pas compliqué, que l'on se remette à parler de notre bon vieux rejet de la bourgeoisie ! La cravate de chanvre — du moins sa menace — redevient tendance. 

4) 29 avril 2014 : les députés fauxcialistes ont voté leur suicide collectif pour 2017. Quarante et un d'entre eux ont humblement demandé, genou en terre et tête baissée, que la corde de suspension au lampadaire soit un tantinet moins rugueuse. Ces abstentionnistes rémunérés n'hésiteront pas à nous dire qu'on est des mauvais citoyens quand on ne va pas voter ! Un mariage de couleurs qui est une faute de goût inexcusable.
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Ton sur ton avec cette bafouille François Béranger chante En avant : « Le monde regarde suffoqué revenir la barbarie / En avant pour le grand bond en arrière ! En avant, en avant, en avant ! »


10 commentaires:

  1. Un exemple typique qui montre bien que l'homogénéité sociale vers les classes moyennes supérieures et aisées a rendu le PS totalement étranger aux difficultés des classes moyennes et populaires. D'où cette dérive, annoncée d'ailleurs par une note de Terra nova...et confirmée par le PS au pouvoir.

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  2. Et les ouvriers d'Alsthom en feront la cruelle expérience, les beaux discours de GE ou de Siémens (que je connais bien) et des socialos au pouvoir me font craindre le pire. Tout comme mon entreprise, ex-leader mondial de fabrication de rotatives passées entre les mains successives d'industriels-banquiers américains, allemands et chinois...En dix ans de 1200 employés (dont un milliers d'ouvriers) nous ne sommes plus que 80, le boulot est parti aux USA et à Shanghaï.

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    1. On pourrait ajouter qu'on parle — juste un peu… — des grandes entreprises qui licencient par wagons. Mais on fait silence sur cette myriade de boîtes petites ou moyennes qui ferment dans l'indifférence des journaux. Faut au moins une séquestration de patron pour que la presse commence à en dire quelques mots.

      Ce qui fait dire à certains militants du monde ouvrier que la gauche, c'est le corporatisme au service des fonctionnaires et des employés des très grands groupes.

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  3. Ta remarque est juste. A titre personnel, j'ai travaillé 10 ans dans des PME où je n'ai jamais rencontré de syndicalistes et ou les conflits se terminaient par des licenciements secs ou des démissions et dans le pire des cas par des soumissions à des conditions de travail pénibles et peu rémunérées. J'ai vu et entendu ces derniers râler contre les "privilégiés de la Fonction Publique et en plus remercier leur patron de leur donner du boulot!!!

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    1. Pas facile du tout mais c'est notre tâche de rapprocher ces mondes qui s'ignorent. Les fonctionnaires se plaignent toujours d'être mal payés alors que le privé leur offrirait des salaires bien inférieurs et que cette mauvaise foi crasse énerve beaucoup les salariés du privé. Les salariés du privé regardent seulement ce qui est sous leurs yeux — des fonctionnaires ou salariés de grandes entités moins mal lotis qu'eux — alors que les patrons de grandes entreprises et les actionnaires se gavent que c'en est obscène.

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    2. Dans le privé les salariés ne sont pas dupes, ils sont simplement majoritairement consentants à un état de fait par pur égoïsme petit bourgeois Des syndicats confortent cette attitude et d'autres comme la CGT leur envoient une image dans laquelle les salariés ne veulent plus se mirer. Fakir dans son dernier numéro l'explique bien. Le sujet est complexe, Dans mon entreprise, afin de sauvegardé l'emploi de 1000 ouvriers, avec mes camarades CGT nous avons tenté en 2009 de proposer à la direction et aux salariés une alternative solide de diversification de notre activité (fabriquer des éoliennes, nous avions trouvé des investisseurs et un marché régional le Nord-Picardie) approuvée par la Préfecture, la Mairie, l'Etat, etc...résultat une majorité de nos collègues ouvriers et salariés ont refusé d'appuyer ce plan!!! Ils ont préféré partir en touchant leurs indemnités sous le faux prétexte que l'écologie ne peut créer de l'emploi...Depuis la boite a déposé le bilan, les travailleurs sans ancienneté ou trés peu sont sur le carreaux...et une boite allemande occupe le marché de fabrication des éoliennes dans la région avec trés peu d'employés locaux.

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  4. Merci pour ce billet ! Il me donne envie de vous conter une anecdote : J'avais commandé un paquet de "tchio fakir" sur mes petits sous perso dans l'idée de les distribuer le 1er Mai; et bien le rassemblement était tellement déprimant (il n'y a même pas eu de "cortège", le ridicule nous aurait tués ...) que je suis rentrée chez moi avec l'essentiel des tchio.

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    1. C'est hélas une anecdote significative de l'état du monde du travail. Trente années de régression sociale. Trente années de régression du mouvement socialiste. Trente années de corporatisme excluant les plus fragiles.

      Trente années aussi d'aveuglement d'une gauche complètement à l'Ouest. Je viens de lire ou survoler des pages et des pages rejetant la présence de Valls à la mégateuf du Vatican. Alors qu'on s'en branle totalement et c'est un athée qui l'écrit : le poids de l'Église catholique est proche de zéro dans la France contemporaine. Mais pas un mot au sujet des branlées de licenciements en cours. Mais pas un mot au sujet des branlées d'expulsions locatives en cours après la fin de la grève hivernale. Mais pas un mot au sujet des dix millions de personnes survivant au dessous du minimum vital.

      Tout pendant que la gauche institutionnelle causera de principes abstraits dont tout le monde se branle comme de sa première chaussette et fera silence sur les difficultés de la vie quotidienne, faudra pas s'étonner de voir nos concitoyens bouder les urnes comme les manifs ou les bagarres.

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  5. Bonjour

    pour ma part seul syndiqué CGT (dans le privé )de ma boite j'ai essayé plusieurs fois de sensibiliser mes collègues à la lutte sociale à mon petit niveau mais force est de constater que même quand on veut faire quelque chose on ne trouve que très peu de soutiens à l’intérieur mais aussi a l’extérieur.
    Ce qui m'afflige entre autre c'est un coté vieillot du syndicalisme, il y a souvent un coté pas dans le coup et mes collègues que j'ai pu amener au local de la CGT me l'ont souvent reproché, en plus , il faut le dire on fait rien vraiment rien pour attirer les gars à se syndiquer, dés qu'ils arrivent on leur dit prend ta carte sans motiver les raisons bien sur, mais bon faut être lucide les salariés veulent des preuves de l'efficacité syndicale...Je pense personnellement qu'il faudrait que les gens qui veulent changer ce monde se coordonnent d'avantage ; c'est la le grand malaise des luttes sociales qui font qu'elles n'aboutissent jamais et en ce sens bon nombre d'organisations ne font pas ce boulot. Quand je vois la présence des syndicats dans les réseaux sociaux ou internet on peut se dire vraiment qu'ils sont dépassés... Paradoxe par contre voit des collectifs du genre CIP investir internet de manière très active et je trouve çà vraiment bien, mais le syndicalisme lui traine la patte, il suffit de voir d'ailleurs le site internet de certaines UD CGT dont la dernière activité remonte à 2008, tristounet tout çà et çà sent vraiment pas le dynamise, en plus on a souvent l'impression que les organisations syndicales cherchent plus a remplir leur formation pour faire tourner leur boutique qu'a vraiment aider les salariés en lutte.
    En résumé les méthodes syndicales sont vraiment à moderniser, faire se rencontrer par exemples des syndicalistes isolés dans leur boite afin de leur donner des pistes d'action collectives serait un debut.Je pense aussi qu'ils faudrait aussi que les syndiqués soient d'avantage prosélytes sans forcement chercher l’adhésion immédiate, Bien sur je n'ai malheureusement pas la science infuse mais c'est la quelques idées que je suggère et puis derniere chose assumer lien politique et syndical..A force de dire qu'il n'y a pas de lien çà en devient ridicule surtout quand on sait que bon nombre d'organisations syndicales ont appelé à voter hollande au second tour et que certaines comme la CFDT sont des complices bien dociles de ce gouvernement fauxcialiste comme tu pourrais le dire partageux ;:-)

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    1. Cher Philippe,

      Je partage ton point de vue.

      Mettre le syndicalisme en phase avec la vie d'aujourd'hui semble être une tâche bien difficile... Je me souviens de deux copines qui adhèrent à un syndicat, forme une section syndicale dans leur boîte, recrute près de la moitié des salariés de la boîte, enfin bref, se bougent le cul à un point que c'est rare.

      Et découvrent un jour que leurs adresses électroniques, qu'elles ont soigneusement données à plusieurs reprises à leur union départementale, ne servent à rien : l'UD n'a pas jugé utile de les prévenir d'une manif pour les retraites qui a lieu à quelques centaines de mètres de leur boîte... Bien sûr je passe sur le site internet dont les dernières infos dataient de plus d'un an... en pleine période de manifs contre la réforme Sarkozy des retraites !

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Vas-y pour tes bisous partageux sur le museau !