Partageux rencontre des personnes cabossées par notre société libérale, change leur identité et ne mentionne ni son nom, ni sa ville pour qu'on ne puisse les reconnaître. « Devant la servitude du travail à la chaîne ou la misère des bidonvilles, sans parler de la torture ou de la violence et des camps de concentration, le "c'est ainsi" que l'on peut prononcer avec Hegel devant les montagnes revêt la valeur d'une complicité criminelle. » (Pierre Bourdieu) La suite ici.

mercredi 15 octobre 2014

Louis ou la psychiatrie en détresse

Louis a 19 ans la première fois que je le rencontre. Depuis plusieurs mois c'est Hervé, un ouvrier membre de la JOC, jeunesse ouvrière chrétienne, qui l'héberge. Hervé est un brave garçon mais il n’est pas versé pour un sou dans l’étude de la psychiatrie. Il peine à comprendre le comportement imprévisible de ce copain fantasque. 

Tous les gens qui font la maraude vont eux aussi se gratter longuement les cheveux devant Louis l'énigmatique. Et puis on assiste à une descente aux enfers très rapide. Louis abandonne le domicile de son copain pour dormir à la dure. Abandonne guitare, vêtements, tout son maigre avoir pour un simple sac à dos. Adopte un chien, puis deux, puis trois. Le gars habillé et coiffé correctement devient un clodo très sale en quelques semaines. Regard halluciné, élocution pâteuse, discours incompréhensible, mémoire de grenouille. 

Louis nous dit qu’il part à « Toulouse dans les Alpes ». Et quitte la ville. On ne le revoit qu’un an ou deux ans après. Toujours aussi déconnecté de la réalité. Toujours aussi sale. Toujours incompréhensible. Reste quelque temps ici, divers squats entre deux passages sous tente au bord de la rivière, avant de repartir. 

Deux-trois brefs séjours ici à six mois ou un an d’intervalle et puis cinq-six années passent. Et on retrouve Louis dans une rue près du restaurant social. Il est à nouveau bien rasé, bien coiffé, bien vêtu, tout propre. Sous son chapeau coquet il a un air détendu et un visage paisible. Trois chiens tirent un chariot de supermarché plus rempli qu’un tramway de Dubout. Une bâche verte rebondie recouvre le tout et Louis pousse le chariot. Toujours en solo avec cet équipage. 

On va pas jouer au psychiatre amateur, c’est pas ma tasse de thé, et je suis bien en peine de t’en dire beaucoup plus. Mais, en retrouvant Louis, je songe à nouveau que l’on a fermé plus de 20 000 lits de psychiatrie. Oui, d’accord, on pouvait remplacer les murs par un autre système. Mais on ne l'a pas fait. Et la psychiatrie est un secteur de la santé qui crie famine. 

Ah si, une tite dernière pour la route. Louis, il a passé son enfance balloté de foyer en foyer, il est seul dans la vie. Il n’a jamais eu la moindre famille pour aller klaxonner chez un toubib ou pour insister lourdement dans un service spécialisé. 

Si je t’écris, c’est pour appeler de mes vœux une société fraternelle où l’on pourra alerter des gens compétents et disponibles qui travailleront sans quotas, ni bordereaux, ni pièces justificatives, ni question sur pourquoi diable on se soucie d’un gars à la dérive qui ne nous est rien. Rien d’autre qu’un frère en humanité.
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Manu Lann Huel, An traez, adaptation en breton de La plage, chanson de Graeme Allright. Extrait de Île-elle, un magnifique album consacré aux îles du Finistère.

vendredi 10 octobre 2014

Déclaration de guerre

La gauche de merde™ ordonne les dernières destructions avant l’apocalypse finale. Écrabouiller. Bousiller. Raser. Partout un socialiste se cache derrière le bulldozer qu’il a commandé. 

Une déclaration de guerreDétruire le peu de vie sauvage qui reste. Comme Notre-Dame-des-Landes à éradiquer pour les avions de quelques riches, le Parti Fauxcialiste rase la dernière zone humide au Testet (Tarn) au profit de quelques producteurs de maïs. 

Ça va te coûter un max, heureux contribuable, et tu seras fort content de participer ainsi au sacrifice des dernières fleurs et et des dernières bêtes qui se plaisent les pieds dans l’eauSacrifice sur l’autel de la sainte croâssance laïque. Tu me réciteras trois « Notre Pèze » au nom du Saint-Profit.  

Des mécréants aux mains nues continuent vaille que vaille à occuper le terrain devant les machines et les soldats en armes. Des mécréants sont en grève de la faim. Ils nous appellent à l’aide. 

« Enracinons la résistance » contre le barrage de Sivens le samedi 25 octobre. Tu n’y seras pas de trop. 

Additif après publication. Fabrice Nicolino publie ici un bon article qui résume bien la situation
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Béa Tristan, Déclaration de guerre« Sur la carte de vos possessions / J'ai vu les océans souillés / Et les cités en perdition / Et les forêts humiliées… » 

vendredi 3 octobre 2014

« L'écologie, ça commence à bien faire ! » (Ter)

La gauche fonce dans le mur en chantant toujours les mêmes cantiques 10/
Je t’ai raconté mon étonnement de voir une seule abeille butiner les tapis de fleurs mellifères de mon jardin et la quasi-disparition des sauterelles des champs de mon enfance. 

Une seule virée entre chien et loup m’imposait de laver un pare-brise maculé de bestioles écrabouillées. Ça, c’était avant le déluge… Aujourd’hui laver ma voiture une fois l'an est suffisant et elle présente plus de restes d’hydrocarbures que de moustiques et papillons.

Quand j’étais gosse on prenait grand soin la nuit venue de ne pas ouvrir les fenêtres avec l’éclairage intérieur allumé. Faute de quoi des nuées de bêtes bourdonnantes envahissaient les maisons et se faisaient souvent rôtir sur les ampoules brûlantes. Hier soir, fenêtres ouvertes et loupiotes plein feu, j’ai vu deux moustiques dans la cabane et c’était la première fois depuis un an que j’y habite.

J’ai repeint mes plafonds. Onze ans plus tard, lors de mon départ, ils ne présentent pas une chiure de mouche. Les mouches ne sont plus que le lointain souvenir de nuées horripilantes qui interdisaient toute sieste estivale sous les arbres. 

Parfois j’ai l’impression d'être un vieillard chenu qui radote. Je préfère pourtant te raconter des anecdotes personnelles plutôt que de citer les rapports scientifiques qui disent la même chose. La vie sauvage disparaît. À toute vibure. Pas besoin d’être grand prophète pour imaginer l'avenir de l’humanité en impasse qui en découle. Même si on éprouve de la misère à prédire ce que sera l’impasse.

Cancer, diabète, allergies, autisme, Alzheimer, obésité, stérilité et quantité d’autres joyeusetés. La chimie a une influence certaine sur la santé humaine alors qu'on peine souvent à déterminer et mesurer l’action spécifique de chaque produit.

Bon, on comprend le raisonnement étroit de ceux pour qui la seule chose qui compte est le profit. Rien à foutre de ce qui ne rapporte pas dividendes et bénéfices. Laissons-les à leurs œillères. Ils nous vendront le cercueil pour les enterrer...

Ce qui difficile à comprendre, c’est que la gauche se désintéresse de cette catastrophe. On a une gauche qui ne veut pas voir. Celle qui bla-bla-bla. Celle qui repousse aux calendes grecques. Celle qui n’en branle pas une. Celle qui est incapable de dire « non » aux réseaux d’intérêt. Celle qui est incapable d’arrêter le massacre. 

Insoucieuse du sort de 70% ou 80% de la population — ceux qui n’ont que leur force de travail pour vivre et se prennent en pleine poire une lutte des classes conduite par les riches — la gauche est aussi nulle pour défendre l’humanité contre l’emprise de l’industrie chimique. Aussi nulle pour s’opposer aux riches et à la finance que pour enrayer la fin annoncée de l’humanité. Côté écologie les Verts se sont déclarés d’inutilité publique. Comment comprendre cela ? Qui, même député ou ministre ou énarque ou plein aux as, n’est pas touché, dans sa famille ou ses proches, par toutes ces maladies liées à la chimie envahissante ? 

Encore plus décourageant, on voit même une partie de la gauche hurler parfois avec la meute. Ce crève-cœur de voir la Confédération Paysanne faire cause commune avec la FNSEA pour tuer une poignée de loups. Ce crève-cœur de voir le Parti communiste et la CGT faire front commun avec Westinghouse, le magnat américain de la technologie nucléaire qui a vendu à prix d’or les licences de « nos » centrales. 

Comprends bien que je ne tape pas sur les militants dévoués et souvent admirables — je sais combien mes mots pourraient les blesser — mais sur des structures qui semblent déconnectées. Je te causais voici peu de l’absence de sens. Nous pourrions imaginer un mouvement social porteur de ce grand dessein qu’est la sauvegarde de la beauté — de la libellule au loup et à l’ours — et la sauvegarde d’une humanité aujourd’hui menacée d’extinction comme le tigre ou l'éléphant.

Rêvons qu’un jour le mouvement social décide d’en finir avec son impuissance et les branlées électorales subséquentes. Et, en attendant cette hypothétique transformation, ne nous étonnons pas trop des branlées.
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Lire Un empoisonnement universel (Comment les produits chimiques ont envahi la planète) de Fabrice Nicolino, aux éditions Les liens qui libèrent. Je suis plongé dedans et c'est du beau boulot de véritable journaliste.

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Fred Alpi, L'heure bleue. Fred Alpi a écrit nombre de chansons militantes. Franco-suédois, il a notamment écrit sur Joe Hill, militant syndicaliste suédois exécuté aux USA resté dans la mémoire ouvrière. Pete Seeger et Joan Baez ont chanté Joe Hill.

mardi 30 septembre 2014

« L'écologie, ça commence à bien faire ! » (Bis)


Sur les méfaits de l’industrie chimique Fabrice Nicolino vient de publier Un empoisonnement universel. Lecture vivement recommandée. Cette contribution partageuse au thème de la chimie envahissante, histoire d’insister sur la dimension universelle du livre de Nicolino, cite des extraits d’Agafia, ermite dans la taïga, de Vassili Peskov, Babel / Actes Sud. Et, histoire d’insister sur la dimension historique du livre de Nicolino, mentionnons que ce texte de Peskov, journaliste, a été publié pour la première fois à Moscou en septembre 1996.

«  Je me souviens d’avoir entendu parler d’un combustible appelé heptyle lors de mes reportages au cosmodrome. Le lieutenant Sambros en remplissait les réservoirs des lanceurs sur le pas de tir, « un liquide spécial qui pue la viande pourrie. » « Nous savions que l’heptyle était un une substance toxique. Très toxique. Le cycle de l’approvisionnement se faisait en vas clos. […] Et maintenant le sort a voulu que je recherche des traces d’heptyle en ces lieux bénis des dieux… » […]

Baïkonour. Centre russe de lancement de cacahuètes spatiales. Travail à façon pour clientèle internationale. Beaucoup de satellites américains.

«  Des traces ? Mais quelles sortes de traces ? Le problème est que le combustible ne brûle jamais complètement et qu’il revient sur terre avec son « fer blanc ». Le premier étage s’écrase non loin du pas de tir, ce qui limite l’étendue de la contamination. Le deuxième, lui, est expulsé à cent orante-huit kilomètres d’altitude. Les restes d’heptyle se consument avec l’ensemble de la structure au contact des cohues denses de l’atmosphère, mais une partie se dissémine à très haute altitude et retombe à terre. En théorie, cette substance synthétique à base d’azote ne devrait pas toucher le sol, comme il en va du combustible des autres autres lanceurs. Et pourtant… des études de terrain réalisées par des experts de différents laboratoires dans les zones d’impact ont révélé des traces d’heptyle dans le sol, la neige, les végétaux. »  […] 

On est dans la taïga, la forêt sibérienne, au cœur des montagnes de Khakasie, au voisinage du massif de l’Altaï. Très loin de Baïkonour. Le village le plus proche est à quelques trois cents kilomètres. On arrive ici en canoë, rivière de niveau 6 c’est à dire des rapides pour rameur chevronné s’en fout la mort. Ou bien à pied, compter une dizaine de jour de marche en l’absence de sentiers. Prévoir ta popote et de quoi effaroucher les ours taquins quand tu dors. Ou bien en hélicoptère si le ciel est dégagé.

«  Les chasseurs s’en plaignent : « Il y a moins de gibier dans le pays, l’Abakan n’est plus torrent poissonneux qu’il était. » D’étranges maladies se sont déclarées dans le massif de l’Altaï : la naissance de «  bébés jaunes » à grande échelle, sans parler d’autres pathologies à ce jour inexpliquées. » […]

Quand on te dit que la chimie s'insinue absolument partout et ne connaît pas la moindre limite ou frontière

«  Question légitime : par quelle perversion une substance hautement toxique a-t-elle pu entrer dans la constitution d’un combustible de fusée ? La réponse est simple. Toutes les fusées à vocation civile sont des clones des missiles militaires pour lesquels l’heptyle présente les meilleures performances. Ces missiles n’ont pas été tirés : qu’on s’en réjouisse ! L’eussent-il été que dans la fournaise universelle les traces d’heptyle auraient constitué le cadet de nos soucis… En attendant, les fusées décollent assez souvent, et le poison est bien là. Quand on sait qu’il ne se dégrade pas dans la nature, qu’il peut d’accumuler dans la chaîne alimentaire d’un bout à l’autre, on comprend tout l’enjeu d’un examen serré du phénomène. »  

Tu sais maintenant pourquoi Agafia, ermite dans la taïga, voit débarquer des chercheurs.

«  À chaque lancement, ce groupe d’experts se rend sur les lieux de l’impact prévu du deuxième étage pour précéder à des prélèvements de sol, d’eau et de végétaux. Avant et après le tir. La prochaine Proton doit s’envoler dans la nuit avec à son bord le satellite américain INMARSAT. Deux groupes feront les observations et le prélèvements sur deux sites différents. Agafia elle-même, son milieu de vie, ses animaux, tout cela présente un intérêt particulier pour les chercheurs. Il n’y a rien ici — alcool ou effluents industriels — qui soit de nature à fausser le tableau… » 
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Photo glanée sur Cailloux dans l' brouill’art «  Le charme », chanson de et par Hervé Suhubiette, filmée par Éric Nadot Tranches de scène, association de promotion de la chanson francophone.

mardi 23 septembre 2014

« L’écologie, ça commence à bien faire ! »

Je me souviens des brassées de fritillaires pintaques rapportées à la maison. De ma voisine adolescente qui chassait les papillons par douzaines.  De son frère qui dénichait les oiseaux à cadence d’usine. Fabrice Nicolino, lui, au même âge, se souvient de ses cent-quatre grenouilles pêchées en un après-midi.


De temps à autre j’ai le sentiment d’être un vieillard chenu né en un temps préhistorique où les sauterelles fuyaient par dizaines devant chacun de nos pas, où l’on trouvait des mers de fritillaires et de colchiques dans les prairies humides, où les moissons étaient une fête des couleurs de nielles, bleuets, coquelicots et autres messicoles. 

Voici pas si longtemps je te racontais l’unique abeille neurasthénique butinant mon jardin qui m’a fichu le bourdon. Aujourd’hui on se sent un peu gênés de nos anciens exploits de gosses. Et, devant le désert, on se demande bien comment les gosses actuels pourraient faire de même. 

Fabrice Nicolino (son site) vient de publier « Un empoisonnement universel (Comment les produits chimiques ont envahi la planète) » aux Éditions Les liens qui libèrent. Tu vas comprendre comment ont disparu fritillaires, papillons et oiseaux. Mais tu liras que l’invasion de la chimie a aussi d’autres menues conséquences.

« Des centaines de millions d’humains sont allergiques, des centaines de millions obèses, des centaines de millions diabétiques ; l’incidence du cancer a augmenté de 110 % en France en trente ans, notre pays va gaiement vers les deux millions de cas d’Alzheimer, la fibromyalgie frappe toujours plus, et rien. Rien. Mon livre ne prétend évidemment pas que tout viendrait de l’exposition à des molécules toxiques. Ce serait ridicule. Mais il serait bien plus stupide d’ignorer la marée montante d’études qui pointent des liens très puissants entre ces explosions épidémiques — car il s’agit d’épidémies, foudroyantes — et la dispersion de millions d’assemblages chimiques différents, dont on ne sait rien, ou presque. »

Pour te mettre en appétit, tu peux lire l’excellent site Basta ! qui consacre un entretien à Fabrice Nicolino et, pour une fois, c’est pas si souvent qu’on le recommande, tu peux aussi lire L’Express
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Mont-Jòia, superbe groupe provençal, a naguère enregistré quelques magnifiques disques dont Salabrun. Aquí est lo païs où l’on trouve las bordilhas (ordures)...

jeudi 14 août 2014

Propulseur de soleil Huun Huur Tu

Histoire de passer un moment dépaysant en cette période estivale et vacancière voici un voyage musical à dos de cheval.

Huun Huur Tu (Propulseur de soleil) est un groupe de Tuva, une petite république autonome de la Fédération de Russie perdue au nord de la Mongolie. 

À 6.25 débute un solo vocal qui résume le chant diphonique. Si tu ne connais pas, tu vas être un poil surpris par cette capacité humaine à chanter deux voire trois notes à la fois. On utilise parfois aussi la locution chant de gorge pour désigner cette technique vocale où l'on utilise le souffle pour faire vibrer les cordes vocales dans l'arrière-gorge tandis que l'on chante comme tout un chacun. Ou presque. 

À 10.10 un rythme et des sons en ode au cheval, ce compagnon qui inspire si souvent tant les chansons que la musique de Tuva. Le cheval, du pas au grand galop, est à l’origine de bien des rythmes. 

À 20.50 le soleil coule sur la steppe. Paisible. Le gars — paix à ces cendres — qui m’a fait découvrir le chant diphonique se passionnait pour l'occitan, ses traditions orales, sa culture paysanne, ses musiques et danses. Enfin bref, selon les incultes, un communautariste obtus qui ne sort jamais de son canton… Il m’a aussi fait découvrir la musique de Porto Rico, la chanson cubaine de la première moitié du XXe, la musique et la danse zoulou du temps où on pensait que l’apartheid serait éternel en Afrique du Sud. C’est aussi lui qui m’a fait découvrir le kantélé et les musiques modales de Finlande et de Carélie, ce qui m’a donné ensuite l’excellente idée de me plonger dans la littérature de là-bas. Un communautariste, te dis-je.

À 48.15 une chanson qui commence par un duo de guimbardes avec ensuite guimbarde et chant diphonique s’interpénétrant dans une osmose qui laisse sur le cul.

De 56.10 à 1.04.10 une chanson lente avec un duo de vièles à archet qui prend aux tripes. Si tu n’entends pas le soleil, la steppe, le vent, les grands espaces… je ne peux rien pour toi.

Suit une chanson émaillée de chants d’oiseaux sortis des flûtes mais bien sûr aussi des voix.

Le chant diphonique est une spécialité régionale, on le retrouve dans un coin de la Mongolie voisine et sur le massif de l'Altaï, mais bon, Huun Huur Tu c'est tout de même dans le gratin de cette technique vocale. 

Ça va te changer du registre chanson francophone que je te propose d’habitude.

lundi 11 août 2014

En levant les pattes

La chanson pour enfants compte une somme peu commune de niaiseries, médiocrités, nullités et Chantal Goya à oublier. 

Alors bien des parents sont fort ennuyés quand leurs petites oreilles commencent à réclamer. Partageux, solidaire, propose les Ours du Scorff. Les petits en raffolent. Et les grands prennent leur pied. 

Après des années de tournée les Ours ont raccroché. Mais ont laissé cinq petites galettes fort recommandées. En levant les pattes. C'est la chanson du lundi.

dimanche 3 août 2014

Être pour tous les cons un objet de scandale


La chanson du lundi, c’est L’aventure, un texte de Bernard Dimey mis en musique et interprété par JeHaN dont on trouvera le site icitte« Mon aventure à moi, c'est ce que j'ai voulu / Être pour tous les cons un objet de scandale ». Et la photo, dis papa, c'est quoi ? Une autre aventure. Une branche pourrissante qui héberge mousses, lichens et champignons. Si tu regardes bien bien bien tu verras peut-être un lutin en quête du Graal chevaucher un millepattes chaussé de baskets fluo...



Je cache l'aventure à l'intérieur de moi
J'ai fait trois fois le tour de la rue des Abbesses
A l'heure du whisky, à l'heure de la messe
On peut toujours trouver beaucoup plus grand que soi
L'aventure, la voilà... à portée de la main
Garde ton coeur à gauche et tes deux pieds sur terre
Et tu verras d'un coup s'effacer les frontières
L'aventure est chez toi mais tu n'en savais rien

Il suffit de partir sur des souliers trop grands
De marcher sur les eaux, des ailes autour des tempes
De boire des images et de mordre les vents
De chercher dans le noir des gueules de sa trempe
Il suffit d'être seul et de tenir debout
Au milieu de tous ceux qui gueulent et qui vacillent
Va ton chemin tout droit, l'aventure est au bout
Et tu verras que l'or n'est jamais ce qui brille

Fais le tour de la Terre avec dix francs sur toi
Va-t'en planter des choux au cœur de la savane
Fabrique des légendes avec tes gueules de bois
Va-t'en faire un tabac un soir à La Havane
Et puis reviens chez toi avec des rides en plus
La gueule boucanée comme sur les images
Jette ton sac à dos et viens poser ton cul
On se partagera le rouge et le fromage

Il m'arrive parfois, rien qu'à te regarder, 
De franchir d'un seul coup la muraille de Chine
Sauter trois océans sans quitter mon quartier
Ce que je ne vois pas d'ailleurs je le devine
L'aventure se réveille à l'odeur de ta peau
Au milieu de ton lit, je trouve des navires
Le vent dans tes cheveux fait claquer les drapeaux
Et quand l'amour fleurit... je n'ai plus rien à dire

Voir courir devant soi les bisons de Lascaux
Sur un papier de riz, écrire la carmagnole
Boire de la mirabelle dans les bars de Frisco
Le soir à Varsovie, danser la farandole
Voir enfin de ses yeux ce qu'on n'a jamais vu
A trois heures du matin, voir des anges à Pigalle
Mon aventure à moi, c'est ce que j'ai voulu
Etre pour tous les cons un objet de scandale

Un soir en descendant la rue du Mont-Cenis
J'avais peut-être un peu forcé sur la bouteille
J'ai vu trois caravelles cingler pour Tahiti
Depuis, cette rue-là pour moi n'est plus pareille
J'y vais boire l'apéro avec des conquistadors
Dont aucun n'a jamais découvert l'Amérique
On mélange à plaisir les vivants et les morts
Et quand on s'est tout dit... il reste la musique

lundi 28 juillet 2014

War Requiem / Requiem de guerre

Gaza été 2014. Les mots manquent pour dire l’horreur et la révolte. Alors la chanson du lundi est un requiem. «  Requiem, ça veut dire repos. » Léo Ferré répondait ainsi à un journaliste voyant une contradiction entre l’athéisme de Ferré et le fait qu’il venait d’écrire un requiem.
War Requiem. Requiem de guerre de Benjamin Britten. Sur les poèmes de Wilfred Owen, mort au front en 1918. Des poèmes qui disent l’horreur de la guerre. Le War Requiem se termine sur «  Let us sleep now. » Et maintenant dormons. L'enfer est pour les vivants.


dimanche 20 juillet 2014

Ce que tu es et non plus le prix qu'on te paie

La chanson du lundi.

« Tu seras ce que tu es / Et non plus le prix qu’on te paie. » C’est aussi l’essence du billet de mon copain Des pas perdus que j'ai mis sa photo que je te recommande que c’est bien que c’est pas parce que c’est un copain que j’écris que c’est bien. 

Un anonyme, par ses deux commentaires sous la première chanson du lundime titille le boyau cervical et me donne l’idée de te proposer cette semaine « Les pissenlits », une chanson de Mama Béa. Que j’aime beaucoup. La chanson. Et Mama Béa. Et qui va très bien, la chanson, avec le billet de Des pas perdus comme avec les commentaires de l'anonyme commentateur. 

La gauche aurait besoin de se (re)mettre à réfléchir sérieusement sur cette absence de sens que la société s’obstine à nous proposer, sur ce vide intersidéral désespérant, sur la fuite dans la consommation comme drogue dure à accoutumance, sur la fuite dans des comportements ostentatoires aussi dénués de fond qu'une mode vestimentaire. 

La gauche aurait rudement besoin de se (re)mettre à proposer plus enthousiasmant que l’augmentation du pouvoir d’achat. Et pourtant tu sais que je côtoie bien des gens vivant sous le seuil de pauvreté. Mais la pauvreté du sens est une pauvreté aussi vertigineuse que celle de ces œuvres d’art épuisées au premier regard malgré un discours accompagnateur ronflant.


Les femmes auront des noms de fleur
Les enfants de toutes les couleurs
Connaîtront le goût du pain
Du vrai pain qui n’est à personne
Qu’à celui qui a faim
Quand ils ne seront plus là
Qu’on les aura démolis
Qu’ils boufferont les pissenlits par la racine

Nous retrouverons le langage
Perdu un jour au fond des âges
Les mots juteux comme des fruits
Et « bonjour » voudra vraiment dire
« Que ce jour te soit bon ! »
Quand ils ne seront plus là
Qu’on les aura démolis
Qu’ils boufferont les pissenlits par la racine

Les derniers marchands disparus,
L’eau et l’air nous seront rendus
Tu seras ce que tu es
Et non plus le prix qu’on te paie
L’homme sera frère des hommes
Quand ils ne seront plus là
Qu’on les aura démolis
Qu’ils boufferont les pissenlits par la racine

Quelquefois je fais un rêve
Tu fais peut-être le même
Mais dans le fond tu sais bien
Que ce n’est pas pour demain
Mais tu ne peux vivre sans croire
Qu’ils ne seront plus là
Qu’on les aura démolis
Qu’ils boufferont les pissenlits par la racine

Ah ! ça ira, ça ira !
Ah ! ça ira !