Partageux rencontre des personnes cabossées par notre société libérale, change leur identité et ne mentionne ni son nom, ni sa ville pour qu'on ne puisse les reconnaître. « Devant la servitude du travail à la chaîne ou la misère des bidonvilles, sans parler de la torture ou de la violence et des camps de concentration, le "c'est ainsi" que l'on peut prononcer avec Hegel devant les montagnes revêt la valeur d'une complicité criminelle. » (Pierre Bourdieu) La suite ici.

lundi 17 novembre 2014

Je déclare la paix à ceux qui croient en un dieu.


Une illustration qui fait sens dans ma conviction. L’enfer existe. Oui. Pour les survivants. À Gaza en été 2014 comme ailleurs. Et ce sont les hommes — pas besoin des dieux — qui créent l'enfer. Monsieur Poireau fait une série sur les religions. J’ai eu envie de répondre à son questionnaire en lisant les réponses de Gaël.  

Peux-tu m’expliquer pourquoi tu es devenu athée ? 
C’est l’aboutissement d'une réflexion progressive de 12 ans à 16 ou 17 ans autour de deux convictions simples : il n’y a rien après la mort et il n’y a pas « d’être suprême », de « grand architecte de l’univers », de « forces de l’esprit », de dieu ou autre vocable à la guise de chacun.  

Quel a été le parcours personnel qui a fait de toi un athée ?
Je viens d’un famille croyante et pratiquante. C’est toujours une excellente fabrique d’athées : songeons à Léo Ferré. Dans ma génération les membres de ma famille sont pour la plupart incroyants ou athées. 

Es-tu pratiquant ? 
Athée serein, je me contente d’affirmer que dieu n'existe pas, ça me suffit. Je ne me situe pas dans une opposition aux religions. Je ne bouffe pas de curé, rabbin ou imam. Chacun croit ou ne croit pas selon ce qui lui convient. 

As-tu déjà pensé pouvoir être athée sans être dans la pratique ? 
Mon athéisme ne se définit pas par une pratique quelconque. Je ne suis pas membre d’une des associations d’athées car je ne partage pas leur hostilité voire leur haine des croyants. Ça fait l’affaire de la classe dominante qui s’enrichit bien tranquille pendant que les pauvres se foutent sur la gueule.

Est ce qu’être pratiquant t’a déjà posé des problèmes dans ton quotidien ? Par exemple : dans les relations amoureuses, au travail, des phénomènes de rejet en société…
Je respecte les personnes sans prendre en compte leurs idées. Que je les partage ou non. J’ai le droit de manifester mes convictions comme bon me semble en place publique alors je reconnais ce même droit aux gens qui ont une croyance. En retour de mon attitude à leur égard les croyants me laissent en paix. 

Est ce que tu trouves qu’être athée est une bonne chose ?
On ne peut pas affirmer qu’une conviction intime est, ou n’est pas, une bonne chose. Le sentiment de supériorité de certains (athées comme croyants) — qui méprisent ceux qui ne pensent pas comme eux — m’est juste insupportable. Être athée me convient exactement comme c’est être croyant qui convient à quelqu’un d’autre.

Est ce que c’est une pratique que tu recommandes autour de toi ? 
Mais non, je n'ai pas l’esprit missionnaire ! Encore une fois il s’agit d’une conviction qui relève de l’intime. Il ne me viendrait pas à l’idée de tenter de convaincre quelqu’un d’adopter mes penchants profonds dans ce domaine. Ce serait du même niveau de connerie qu’un autocollant proclamant « J’aime une blonde. Pourquoi pas vous ? » 

Dans l'absolu, qu’est-ce que cela pourrait m’apporter de devenir pratiquant de ton athéisme ? 
Cette tranquillité d’esprit et cette paix intérieure qu'on trouve aussi dans les publications sur l’art roman des éditions du Zodiaque. 

Quelles sont les contraintes de ton athéisme ? Par exemple au niveau alimentaire ou dans la vie quotidienne, que t’impose ton athéisme ?
Les prescriptions alimentaires ou vestimentaires relèvent de l'écume et non de l'essence. Je ne suis pas végétalien au rebours de certains athées de mon entourage. Sans que je m’en fasse une obligation il m’arrive de porter une chemise noire quand je manifeste. Il s’agit ainsi d’afficher de façon ostentatoire une communauté d’esprit avec mes compagnons anti-autoritaires. 

Que sais-tu des autres religions ? Est ce que tu sais ce que c’est être catholique, bouddhiste, juif, ou protestant ?
Je connais catholicisme et protestantisme, moins bien l’orthodoxie. J’ai lu la bible qui recèle des textes littéraires splendides parmi d'autres qui m’indiffèrent ou me révoltent. Je connais mal judaïsme, islam et bouddhisme. 

As-tu des amis dans ces autres religions ? 
Autour de moi il y a toute la variété des opinions. J’ai milité avec des gens de tous les horizons. 

Est-ce qu’il arrive que vous discutiez ensemble de vos croyances respectives ?
Oui, bien sûr. Je regrette que les discussions portent souvent plus sur l’écume — alimentaire ou vestimentaire... — que sur l’essence de nos convictions. Chacun cherche le bonheur et nous ne le trouvons pas tous à la même adresse. Chacun cherche l’inaccessible étoile — disons un sens à sa vie — et nous ne la trouvons pas tous dans la même constellation 

Une remarque pour terminer. Mon travail me fait fouiner dans de nombreux intérieurs. Je vois des objets religieux dans environ 5% des logements. Alors que l’on parle beaucoup des religions. Par contre je ne vois pas le moindre livre dans un gros tiers des logements. Alors qu'il est rare que l’on parle  de cette absence. Ça vaudrait la peine de s’interroger sur cet engouement et cet oubli médiatiques. 
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Il n'y a que le vent qui chante sans faire payer, une chanson de et par Jean-Marc Le Bihan.  

vendredi 14 novembre 2014

Un épisode de la guerre aux pauvres


C'est le citoyen de la République Française qui s'adresse à vous aujourd'hui pour évoquer des faits dont j'ai été témoin et que je ne peux, au regard de la morale et de la Loi, passer sous silence.


Je suis un citoyen lambda, un simple habitant d'une ville rurale de taille moyenne, la bonne ville d'Uzès dans le Gard. J'y vis, j'y promène mon chien, comme tous les propriétaires de chiens, et ces promenades me mènent régulièrement vers le parc du Duché, qui somme toute est une agréable place ou il fait bon fumer une cigarette pendant que le chien s’amuse.

Depuis six mois j'y croisais un nouveau venu, James, quarante-sept ans bien qu'il en faisait bien plus, écossais, clochard, SDF malheureux en rupture sociale totale et dans un état de santé préoccupant. Je lui offrais souvent une clope ou un café, et nous fumions ensemble en essayant de se comprendre. La différence de langue y faisant largement obstacle…

Quoiqu'il en soit, il avait probablement choisi Uzès comme terre d'accueil et de refuge, le soleil du Sud y contribuant, c'est vrai qu'il brille pour tout le monde, lui. En tous cas, les clients de la supérette du centre ville peuvent témoigner qu'il était entré dans le paysage social local, on le voyait quotidiennement y faire la manche.

Mais revenons en aux faits : le 06 septembre 2014, alors que les services de la Préfecture du Gard avaient par arrêté préfectoral mis le département en alerte orange en rapport à des conditions climatiques particulièrement dangereuses, je sortais tout de même mon chien vers 9 heures, car il le réclamait expressément, moi-même étant particulièrement bien équipé…

Alors que la pluie était battante, je constate que James était toujours dans son « campement » qu'il occupait depuis une semaine, au bord du mur d'enceinte du fond du parc, non bâché, allongé dans un duvet à même le sol trempé, ses quelques sacs ruisselants…

Ma conscience m'oblige à intervenir, je vais le voir, essaie de lui dire de bouger, de se mettre à l'abri, sans succès. Il me demande de lui rouler une clope, tellement ses mains tremblaient, en me tendant son tabac trempé... Je ne sais pas pourquoi il ne voulait pas bouger : ses affaires qu'il ne voulait pas laisser ? Son état de santé qui l’empêchait de se lever ? Quoiqu'il en soit mon acharnement fut sans effet... Au bout de quelques heures infructueuses, vers 10 h 30, dépité, je décide d'aller demander de l'aide aux services sociaux, dans l'impossibilité à me résoudre à laisser la situation ainsi, sans tenter d'en faire plus, j'imaginais le pire, je pars donc en lui laissant mon parapluie…

Consterné, je file au plus simple, je pars donc au local de la Croix Rouge, je tombe en pleine distribution alimentaire, quatre ou cinq responsables m'accueillent. Je leur demande de l'aide, je leur signale qu'un SDF a besoin d'aide, et au vu de la situation j'invoque même l'urgence lié à une assistance de personne en danger, en cette période d'alerte et de danger immédiat. Je leur intime au moins de lui fournir une tente, de faire quelque chose, la pluie dehors continuait de tomber à torrent...

L'équipe de la Croix Rouge, visiblement dépassée, me regarde l'air ébahi et me propose des pommes et du pain. Au bout d'une d'une demi-heure de parlementaire, celui qui semblait être le chef, tout en ré-insistant pour les pommes et le pain, m'invite à me rendre par moi même à la police municipale qui « pourront répondre à ma demande », car «il pourront vous trouver une tente, il doivent avoir ça ! ». Je ne sais pas si j'ai failli rire ou pleurer, mais je suis tout de même parti vers cette nouvelle piste…

Je suis donc aller voir la Police Municipale, sous la pluie battante, pensant à ce pauvre James et effaré par ma première visite aux services sociaux de la Croix Rouge... Deuxième acte, j'arrive au local de la Police Municipale, il est fermé... Un agent est tout de même en faction sous le porche mitoyen de la mairie, je lui signale James, lui raconte l'histoire, invoque la même urgence, les mêmes obligations légales d'assistance. J'ai conscience que mon devoir d'assistance à personne en danger me l'impose. Signaler une situation d'assistance urgente quand on a tout fait pour y remédier est une obligation légale et je m'y emploie avec un acharnement citoyen, autant que par compassion, un homme est probablement en danger. Je dit à l'agent qu'il faut au moins vérifier, lui apporter une bâche, une tente…

Je demande simplement de l'aide pour un SDF en danger... Je lui dis que je viens de la part de la Croix Rouge, il me répond qu'il n'a pas de tente pour moi... Même fin de non-recevoir... Finalement, il m'invite à aller à la mairie... Et là…

Quatre secrétaires écoutent mon histoire, que je répète inlassablement, de plus en plus troublé par les réponses qu'on m'y oppose, à savoir le laisser-faire, à peine une légère expression de compassion légitime. On m'envoie au secrétariat du Maire... La secrétaire appelle le premier bureau d'accueil en les interrogeant sur la recherche éventuelle d'une tente. Réponse négative. Je commençais à ne plus comprendre ou j'étais, ni que faire pour que quelqu'un prenne le problème à sa juste mesure.

Finalement elle tente de me rassurer et me demande de me calmer, il vont « envoyer une patrouille ». C'était là la seule réponse que j'obtiendrai à ma demande. L'affaire est à présent entre leurs mains.

C'est sûr, j'aurais préféré que des agents municipaux interviennent rapidement, en rapport du degré d'urgence, mais bon, au regard de la difficulté, je me résigne à la solution policière…

Largement écoeuré par l'indifférence, ou par la lenteur de réaction des agents de la collectivité publique, je me résigne tout de même à accepter la réponse et rentre enfin chez moi après quatre heure de palabres et trois bureaux, sachant que je dois aussi faire à manger pour ma mère handicapée et qu'il était midi passé. J'espérais juste avoir fait ce qu'il fallait faire. Un simple devoir de citoyen, solidarité et fraternité… La tempête bat son plein toute la journée et toute la nuit, un vent à décorner les bœufs…

Persuadé que mon appel à été pris au sérieux, je ne vais pas vérifier si mon intervention a produit son effet... J'aurais dû.

Le lendemain matin, mercredi, jour des enfants, même rituel, même parc, 9 h 30... Au fond du parc, les gendarmes. Avec angoisse j'interpelle un agent qui me dit de ne pas m'approcher, un individu est mort. Dégoûté, je demande à voir le chef et je lui explique mon histoire de la veille, scandalisé par la non intervention des équipes municipales. Il m'écoute avec attention, prend mes coordonnées et dit qu'il me rappellera pour prendre mon témoignage à la gendarmerie…

Vers onze heures, je veux en savoir plus, je décide de repartir au parc. En approchant du bord du mur, nouveau sentiment d'angoisse… Je n'oublierais jamais ce que j'ai ressenti quand j'ai passé la tête au bord du parapet surplombant le mur…

Non, je n'oublierai pas le triste ballet des gendarmes, autour du corps de James, totalement dénudé, son sexe traîné dans la boue... Ses affaires éparses... Le parapluie, protection dérisoire, écrasé et déchiqueté à ses cotés… Les premières constatations se faisaient à ciel ouvert, à même le sol et sans protection pour le regard des passants. J'ai alors crié aux militaires que tout le monde pouvait voir de l'endroit ou j'étais. Le parc est particulièrement passant... Ils m'ont demandé de rester là pour en empêcher l'accès... J'ai accompli avec amertume mon triste travail de cerbère volontaire…

Les gendarmes sont partis après leur besogne, sans un mot pour moi. Depuis j'attends leur appel…

J'ai lu le lendemain dans le midi libre qu'un SDF était retrouvé décédé, « de mort naturelle », mon sang n'a fait qu'un tour. Une alerte orange « naturelle » ? Une non assistance « naturelle » ? C'est se moquer des gens ou quoi ?

Pourtant la législation est claire : l'obligation est faite à toute personne, d'intervenir afin de porter secours à toute personne en danger et il s'y ajoute d'une obligation d'intervention dans le cadre d'un péril de type « catastrophe naturelle ». Ainsi, dans le Code pénal, l'article 223-6 al 2 dispose qu' « est puni celui qui ayant connaissance d'un péril encouru par un tiers ne lui apporte pas l'assistance appropriée ». Et cette obligation a valeur constitutionnelle lorsque qu'elle concerne l'Etat et ses services décentralisés.

Ainsi, ne pas ouvrir une instruction serait nier les principes du Droit. D'où mes interrogations : si j'avais officiellement témoigné sur demande de la gendarmerie, le parquet n’aurait-il pas dû ouvrir une enquête ? N'aurait il pas dû tenter de déterminer des responsables ou mettre l'accent sur un défaut dans la chaîne de responsabilité institutionnelle ? En l'espèce, un homme meurt parce qu'il n'a pas été secouru et la justice n'est pas interpellée ?

Pourquoi n'ai-je pas été encore entendu ? Je me refuse à voir la mémoire de James, Être Humain, citoyen européen, mort en France, souillée par une indifférence coupable.

Les SDF sont ils a ce point dépouillés de tout, qu'ils sont aussi hors du champ du Droit ? Et au regard de la réaction des services public lors de mon intervention, et en prenant compte l'approche de l'hiver, n'est-on pas en droit de se poser des question sur le vrai visage de la solidarité nationale ?

Quoiqu'il en soit, je n'arrive pas à me résigner à laisser cette histoire sans écho... Je pense toujours que les faits méritent une instruction plus complète et appelle à une réaction plus importante des autorités concernées, y compris au niveau préfectoral... C'est pourquoi je vous adresse cette présente, en restant à votre disposition pour éclairer des points qui sembleraient obscurs.

Dans l'espoir que vous prendrez en compte mon témoignage et que vous ferez bon usage, je vous prie de recevoir mes salutations.

Dans l'attente de votre réponse...

Dumond Cyrille
Uzès, le 08 novembre 2014 
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Une lettre, reçue par courrier électronique, adressée aux officiels du Gard, à des associations et à la presse. « Objet : témoignage concernant une non-assistance d'une personne en péril ayant entraîné la mort par négligence. » 

Si tu fais face à un tel cas. Agir de ton mieux mais rapidement sans attendre une aide extérieure hypothétique comme lorsque tu sors de l’eau un gosse qui se noie sans attendre les pompiers. Le premier ennemi du sans logis et du mal-logé, bien avant le froid, est l’humidité. Mettre au sec est le premier impératif. On ne peut pas se réchauffer avec des vêtements, duvet ou couvertures humides. D’où hypothermie fatale même avec un thermomètre bien au dessus de zéro.
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Photo : dispositifs urbains anti-SDF. Ça fait grincer des dents, une chanson de Bernard Haillant interprétée par Jean-Marc Le Bihan.

dimanche 9 novembre 2014

Ce monde injuste, c'est à toi qu'il appartiendra de le changer

Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon sont des sociologues qui ont consacré leur vie à l’étude des riches, ou « super-riches », ou classe dominante. Ils ont eu la bonne idée d’écrire un petit livre très facile qui résume tous leurs livres. Et l’excellent idée de l'écrire pour les enfants de cours moyen et collège. 

« Nous souhaitons dans ce petit livre t’expliquer ce qui se cache derrière les rapports entre les riches et les pauvres, et en quelque sorte te donner des lunettes qui te permettront de voir le monde réel tel qu’il est, et donc de le critiquer. » 

Les idées et mots difficiles sont soulignés et expliqués en termes très simples. Étienne Lécroart a fait plein de dessins rigolos qui valent de longs discours. Des petits hors-textes ajoutent des informations importantes. Je te livre le premier chapitre sans la couleur, les hors-textes, les dessins et les explications de mots.

Les pauvres et les riches, c’est une longue histoire. 

Aujourd’hui, certains roulent dans de superbes voitures, possèdent des yachts capables de traverser les océans, habitent de somptueuses villas entourées de parcs enchanteurs. Ils gagnent en un mois ce que d’autres ne pourront jamais gagner en une vie entière de travail. Pendant ce temps, d plus en plus de personnes vivent dans la pauvreté : tu as sans doute entendu parler du chômage, et tu sais qu’il y a en France de nombreuses personnes qui n’ont pas de travail. Il y en a d’autres qui travaillent, mais portant ne gagnent pas assez pour vivre bien, ne mangent pas à leur faim, ne peuvent pas se soigner, et ne partent jamais en vacances.

Tu te dis sans doute que c’est triste, et très injuste, mais qu’il y a toujours eu de pauvres et des riches, et que les inégalités entre les hommes sont naturelles… bref, que l’on n’y peut rien. Mais, en réalité, tu sais, la richesse et la pauvreté n’ont rien de naturel.
ll fut un temps où tous les habitants de la terre vivaient de la même façon, à peine vêtus de peaux de bêtes, chassant et cueillant pour se nourrir. Personne ne possédait rien, donc personne ne possédait plus que son voisin ! Mis dès que les hommes ont eu la possibilité de stocker et de faire des réserves, les inégalités sont nées et se sont développées : certains ont accumulé plus que d’autres, puis ont transmis leurs richesses à leurs enfants, rendant ainsi leurs familles plus puissantes au fil des générations.

Les inégalités sont donc la conséquence de stratégies mises au point par les plus puissants pour que certains (c’est à dire eux, bien sûr !) aient beaucoup… et que tous les autres n’aient presque rien. Ceux qui ont tout, ou presque, font en sorte que rien ne change. Nous allons te montrer dans ce livre par quels moyens…

Pourquoi les riches sont-ils de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres ? Mon premier manuel de pensée critique. Collection Jamais trop tôt… pour avoir envie de changer le monde ! Editions La ville brûle, 8,50 euros.
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Marie Jeanne Gabrielle de Louis Capart. Les riches voudraient que nous ayons honte de nos père et mère, de leur vie,  de leur culture, de leur langue. Les riches veulent que nous ayons honte de nous-mêmes. La « culture » c'est l'opéra mais pas la chanson...

mercredi 29 octobre 2014

À la mémoire de Rémi

Avec Lecoin


Voilà que les poissons grimpent aux arbres, à présent ?
Voilà que les oiseaux se cachent sous la terre ? 
Voilà que la tortue se gourre et va crever loin de la mer ?
Dites, ça ne vous fait pas chier, ce monde à chien ?
Tout le monde fout le camp : Marylin Monroë dans la mort ; 
le puma dans les marais salants ; 
le capitaine Némo dans Vénus…

Nous, on reste. Avec Lecoin.
Crosse en l’air. Comme les fougères.
Parce que, ce monde-là, c’est le seul, et qu’on y tient.
Même si Marylin pue de la bouche au réveil.
Même si l’on peut manger des cailles en gémissant sur 
un pigeon blessé.
Même s’il y a de la balle dum-dum dans le référendum.

Ce sale vieux con de monde bien-aimé.
On le sauvera malgré lui, vous verrez !
On remettra les poissons dans l’eau, les oiseaux dans 
les arbres, la tortue dans le bon sens…
Enfin, j’y crois…

Jean Rousselot, 1962.
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En 1962, à l'âge de 74 ans, Louis Lecoin entame une grève de la faim et obtient la reconnaissance légale de l’objection de conscience. Avant cela il avait totalisé 12 années de prison pour délits d’opinion. Le cours d’une vie, son autobiographie, est un grand livre d’humanité que l’on conseille chaleureusement. En particulier à tous les jeunes qui viennent d’entrer dans l’âge adulte. On le trouve à l’UPF, Union Pacifiste de France.

En 1977, à l’âge de 31 ans, Vital Michalon est tué lors de la manifestation contre la construction du surgénérateur de Creys-Malville. Pendant des années sa famille tentera en vain de faire avancer l’enquête sur les circonstances de sa mort.

En octobre 2014, à l’âge de 21 ans, Rémi Fraisse est tué lors de la manifestation contre le barrage de Sivens. Ce sale vieux con de monde bien-aimé. On veut toujours le sauver. 
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Vivre en flèche, Jean Vasca 

lundi 27 octobre 2014

Avec ton clavier, toi aussi, relance la croissance !


Inspiré par une succession de raclées électorales magistrales, je me relâche un peu dans un billet. Depuis lors, étudiants soucieux d’approfondir leur savoir comme chercheurs avides de connaissances, tous viennent me lire à la suite d’une requête sur un moteur de recherche qui me notifie l’objet de leurs travaux. Et c'est ainsi qu’Allah est grand, comme l’écrivait Alexandre Vialatte, et que chaque semaine « fessées déculottées » apparaît dans les statistiques de fréquentation du blogue Partageux. 

Les visites grandes zoreilles se maintiennent toujours au même niveau depuis l'ouverture du blogue. La défense de l’Occident — Dieu est à nos côtés — impose sans doute de se taper la lecture suivie du Partageux (Commie in English) des fois qu'on ferait boom twin towers (badaboum les tours jumelles).

Un précédent texte comportait quelques mots — explosif, revolver ou missile — fort recherchés par Uncle Sam et les services du Ministère de l'Intérieur. Assaut impétueux des grandes oreilles. Obama alors ! 

Du coup j’en rajoute dans le délire. Oussama, quand qu’on va faire la bombe à l’ambassade des USA ? Balancer un missile Tomahawk sur la cabane de Bill Gates ou une bombe artisanale sur celle de Warren Buffet ? Faire un attentat au Rockfeller Trade Center avec un mortier ou un drone ? Refiler une tisane de bazooka à Manuel Valls ou une décoction de .11,43 à François Hollande ? Perplexité du lecteur payé pour me lire : Islam de notre gueule ?

Vaillant blogueur, joyeux pianoteur envoyeur de missives à tes amis, touiteur ou fessebouqueur, fais comme moi, relance la croissance ! Yes we can ! Employons tous des mots qui vont inciter à l’embauche de plein tout plein de personnel supplémentaire pour ausculter internet, lire et analyser nos propos, évaluer notre indice de dangerosité. Courage mes preux ! Y’a plein de créations d’emplois nouveaux au bout du chemin ! 

Djihad ! Révolution islamique ! AK 47 ! Kalashnikov ! Utilise des mots qui renouvellent le vocabulaire des jurons. Merde et crotte de bique ne sont guère recherchés par le FBI, la CIA et notre Intérieur. Tu peux aussi métisser les genres pour diversifier ton lectorat : « Pour s’envoyer en l’air et faire la bombe au paradis d’Allah rien de tel que la déneigeuse soubrette perverse : elle a le feu au cul quand elle voit les grenades dans mon calcif. Un vrai canon ! »  Pardon mesdames, je suis navré, mais c’est la croâssance qui est en jeu ! Faut aller la chercher avec les dents…
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Depuis les champs de coton du delta du Mississipi bigouden : Kerviel Blues par le trio EDF, Ewen, Delahaye, Favennec.

dimanche 26 octobre 2014

Des morts sans importance

Nous avons été nombreux à rire du tralala Total Margerie roi du pétrole. Le respect se perd ? Mmmh. Y’a des antécédents anciens... Quand j’étais petitounet les gosses catholiques chantaient à tue-tête une parodie de litanies pour les morts. « Il est mort comme il a vécu / Prier pour lui c’est du temps perdu ! » Et un libre-penseur ne manquait jamais de rappeler le doigt levé et l'œil narquois que Baudelaire avait écrit un poème intitulé « Une charogne ». Les gosses protestants avaient un psaume de leur cru qui ne manifestait guère de tendresse pour les puissants de ce bas-monde. Les propriétaires de châteaux — not’ maître qui possède la ferme qu’on cultive — de ma campagne ont eu droit à ces hommages alternatifs au temps du Général.

Samedi 25 octobre 2014 manifestation contre le barrage de Sivens au Testet dans le Tarn. Pourquoi qu’on pleurerait un roi mort alors que Rémi est mort dans la nuit à proximité des barrages militaires ? La mort de Rémi était facile à éviter. Je ne viens jamais accompagné de soldatesque même quand je discute avec un partisan de la suppression du salaire minimum et autres « rigidités »… Le préfet va-t-il nous dire avec des trémolos dans la voix que « Rémi était un ami » ?

Pourquoi qu’on pleurerait un roi mort — dans un avion privé qui ne transportait que lui — alors que pas un personnage important n’a parlé de la mort de mon voisin dans une machine à écorcer le bois d’une scierie ? Sympa, le gars, on se connaissait à peine qu’il m’avait déjà donné des greffons de prunier reine-claude. 

Pourquoi le premier ministre n’a pas eu un mot, mais pas un seul mot, pour les trois morts qui étaient dans l’avion de Margerie ? Parce que, eux, ils étaient au travail. C’étaient des domestiques au service de Monsieur. Comme mon voisin. Bien que professionnels qualifiés. Comme mon voisin. La valetaille, t’as bien compris, le « socialiste », il s’en branle. Alors ses leçons de respect et de bienséance, le Valls, il peut se les remettre dans le trou du cul. Avec un bouchon anal (a plug) de la taille qui lui conviendra.
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Les 4 Barbus chantent Le parti d’en rire de Pierre Dac et Francis Blanche sur une musique de Maurice Ravel.

vendredi 24 octobre 2014

Il saute une déneigeuse perverse et va en enfer

Margerie — un Smic par jour — saute une déneigeuse perverse et part direct pour l’enfer dans son jet privé. Bienvenue chez Belzébuth ! Faut pas rigoler. Il n’est pas mort écrabouillé par un camion sur un quai de chargement. Pas mort en tombant d'un échafaudage. Filoche, faut pas parler non plus des Birmans en esclavage, des grands féodaux — combien de Smic par mois ? — ou des macareux mazoutés. Le manque de respect — oui not’ monsieur, oui not’ bon maître — c’est pour les chômeurs et les précaires, les illettrées et les pauvres, les Rroms, les blackos et les bougnoules, les ouvrières et les paysans, les employées et les fonctionnaires. Pas pour les patrons.

Le créateur qui sommeille en moi, frappé par l’inspiration, se prend à écrire un recueil de nouvelles. Avec un meurtre à chaque histoire. Un meurtre de collection. De la musique avant toute chose et pour cela préfère l’impair. Le bizarre, l’étrange, le jamais-vu dans les annales judiciaires, l’exotique, le qui sort des entiers battus.

Un psychanalyste expliquera les tréfonds de cette association. « Patron du CAC 40 », « multinationale »  ou « capitaine d’industrie » et l'imagination démarre à fond les manettes et invente cent histoires de meurtre à la minute…

Ils tombent, tombent, tombent. Un actionnaire ventru ou body-buildé. Un ténor du CAC 40. Un politicien corrompu. Un cheffaillon qui fait dérouiller le petit personnel. Le propriétaire-directeur d’un Leclerc. Un journaliste-courtisan de la télé. Le patron de Carrefour. Vincent Bolloré et Bernard Arnaud. Un politicard de gôche qui a voté pour le traité Sarkozy dit de Lisbonne. Un Lagardère qui ne viendra plus à toi. Une Parisot, un Ernest-Antoine et un Gattaz. La convention annuelle des parlementaires UMP éparpillée par un missile. Une patronne du FMI. Un patron de la banque mondiale. Un socialiste de marché. La réunion annuelle de l’ERT vitrifiée par une bombinette soustraite à l’amour de notre vaillante armée. Et ils tombent, tombent, tombent.

Des meurtres jamais revendiqués. Et le nombre augmente prodigieusement. Une épidémie qui décime les 500 premières fortunes de France. Une épidémie qui décime la gôche de droite. Une épidémie qui décime les journalistes porte-paroles du pouvoir. Une épidémie qui décime les actionnaires.

Des dizaines de nouvelles très brèves. Avec un meurtre à chaque page. Et ils tombent, tombent, tombent.

Une déneigeuse qui bute un roi du pétrole. Un comprimé discret qui fait claquer un Terra-Nova à la suite d’une petite course à pied. Un cancer taquin qui nous prive d’un député en veste rouge. Un cancer farceur qui prive notre camarade Président d’un si précieux conseiller.

Et puis aussi le couteau, la hache et le rasoir. Le fusil de chasse, le revolver et l’arbalète. La pendaison, la strangulation et l’étouffement dans un sac. L’incendie. La noyade. L’excès de somnifères ou d’alcool. La chute du haut de la falaise. La calcination dans un four. La dissolution dans l’acide. L’accident de voiture. Le tonfa. Le missile. Le yacht qui touche une mine. Le chien dressé. Le poison. L’explosif. La perfusion de DDT. L’amiante en soluté nasal. Le chocolat fourré à la strychnine. Le désherbant. Le cocktail pharmaceutique. Le fer à béton bien affûté.

Et Monsieur Gaston, qui promène son chien, croise des flics sur les dents. Le chien a bien bien léché le sang du fer à béton. Qui sert maintenant de tuteur à tomates.

Les patrons commencent à faire profil bas. Les riches et célèbres rasent les murs. Les politicards ne sortent plus des bunkers de leurs « amis personnels ». 

Et ils tombent, tombent, tombent…
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Jacques Bertin chante Ambassade du Chili en compagnie de Didier Levallet (contrebasse), Siegfried Kessler (flûte) et ? (clavier).

mercredi 15 octobre 2014

Louis ou la psychiatrie en détresse

Louis a 19 ans la première fois que je le rencontre. Depuis plusieurs mois c'est Hervé, un ouvrier membre de la JOC, jeunesse ouvrière chrétienne, qui l'héberge. Hervé est un brave garçon mais il n’est pas versé pour un sou dans l’étude de la psychiatrie. Il peine à comprendre le comportement imprévisible de ce copain fantasque. 

Tous les gens qui font la maraude vont eux aussi se gratter longuement les cheveux devant Louis l'énigmatique. Et puis on assiste à une descente aux enfers très rapide. Louis abandonne le domicile de son copain pour dormir à la dure. Abandonne guitare, vêtements, tout son maigre avoir pour un simple sac à dos. Adopte un chien, puis deux, puis trois. Le gars habillé et coiffé correctement devient un clodo très sale en quelques semaines. Regard halluciné, élocution pâteuse, discours incompréhensible, mémoire de grenouille. 

Louis nous dit qu’il part à « Toulouse dans les Alpes ». Et quitte la ville. On ne le revoit qu’un an ou deux ans après. Toujours aussi déconnecté de la réalité. Toujours aussi sale. Toujours incompréhensible. Reste quelque temps ici, divers squats entre deux passages sous tente au bord de la rivière, avant de repartir. 

Deux-trois brefs séjours ici à six mois ou un an d’intervalle et puis cinq-six années passent. Et on retrouve Louis dans une rue près du restaurant social. Il est à nouveau bien rasé, bien coiffé, bien vêtu, tout propre. Sous son chapeau coquet il a un air détendu et un visage paisible. Trois chiens tirent un chariot de supermarché plus rempli qu’un tramway de Dubout. Une bâche verte rebondie recouvre le tout et Louis pousse le chariot. Toujours en solo avec cet équipage. 

On va pas jouer au psychiatre amateur, c’est pas ma tasse de thé, et je suis bien en peine de t’en dire beaucoup plus. Mais, en retrouvant Louis, je songe à nouveau que l’on a fermé plus de 20 000 lits de psychiatrie. Oui, d’accord, on pouvait remplacer les murs par un autre système. Mais on ne l'a pas fait. Et la psychiatrie est un secteur de la santé qui crie famine. 

Ah si, une tite dernière pour la route. Louis, il a passé son enfance balloté de foyer en foyer, il est seul dans la vie. Il n’a jamais eu la moindre famille pour aller klaxonner chez un toubib ou pour insister lourdement dans un service spécialisé. 

Si je t’écris, c’est pour appeler de mes vœux une société fraternelle où l’on pourra alerter des gens compétents et disponibles qui travailleront sans quotas, ni bordereaux, ni pièces justificatives, ni question sur pourquoi diable on se soucie d’un gars à la dérive qui ne nous est rien. Rien d’autre qu’un frère en humanité.
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Manu Lann Huel, An traez, adaptation en breton de La plage, chanson de Graeme Allright. Extrait de Île-elle, un magnifique album consacré aux îles du Finistère.

vendredi 10 octobre 2014

Déclaration de guerre

La gauche de merde™ ordonne les dernières destructions avant l’apocalypse finale. Écrabouiller. Bousiller. Raser. Partout un socialiste se cache derrière le bulldozer qu’il a commandé. 

Une déclaration de guerreDétruire le peu de vie sauvage qui reste. Comme Notre-Dame-des-Landes à éradiquer pour les avions de quelques riches, le Parti Fauxcialiste rase la dernière zone humide au Testet (Tarn) au profit de quelques producteurs de maïs. 

Ça va te coûter un max, heureux contribuable, et tu seras fort content de participer ainsi au sacrifice des dernières fleurs et et des dernières bêtes qui se plaisent les pieds dans l’eauSacrifice sur l’autel de la sainte croâssance laïque. Tu me réciteras trois « Notre Pèze » au nom du Saint-Profit.  

Des mécréants aux mains nues continuent vaille que vaille à occuper le terrain devant les machines et les soldats en armes. Des mécréants sont en grève de la faim. Ils nous appellent à l’aide. 

« Enracinons la résistance » contre le barrage de Sivens le samedi 25 octobre. Tu n’y seras pas de trop. 

Additif après publication. Fabrice Nicolino publie ici un bon article qui résume bien la situation
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Béa Tristan, Déclaration de guerre« Sur la carte de vos possessions / J'ai vu les océans souillés / Et les cités en perdition / Et les forêts humiliées… » 

vendredi 3 octobre 2014

« L'écologie, ça commence à bien faire ! » (Ter)

La gauche fonce dans le mur en chantant toujours les mêmes cantiques 10/
Je t’ai raconté mon étonnement de voir une seule abeille butiner les tapis de fleurs mellifères de mon jardin et la quasi-disparition des sauterelles des champs de mon enfance. 

Une seule virée entre chien et loup m’imposait de laver un pare-brise maculé de bestioles écrabouillées. Ça, c’était avant le déluge… Aujourd’hui laver ma voiture une fois l'an est suffisant et elle présente plus de restes d’hydrocarbures que de moustiques et papillons.

Quand j’étais gosse on prenait grand soin la nuit venue de ne pas ouvrir les fenêtres avec l’éclairage intérieur allumé. Faute de quoi des nuées de bêtes bourdonnantes envahissaient les maisons et se faisaient souvent rôtir sur les ampoules brûlantes. Hier soir, fenêtres ouvertes et loupiotes plein feu, j’ai vu deux moustiques dans la cabane et c’était la première fois depuis un an que j’y habite.

J’ai repeint mes plafonds. Onze ans plus tard, lors de mon départ, ils ne présentent pas une chiure de mouche. Les mouches ne sont plus que le lointain souvenir de nuées horripilantes qui interdisaient toute sieste estivale sous les arbres. 

Parfois j’ai l’impression d'être un vieillard chenu qui radote. Je préfère pourtant te raconter des anecdotes personnelles plutôt que de citer les rapports scientifiques qui disent la même chose. La vie sauvage disparaît. À toute vibure. Pas besoin d’être grand prophète pour imaginer l'avenir de l’humanité en impasse qui en découle. Même si on éprouve de la misère à prédire ce que sera l’impasse.

Cancer, diabète, allergies, autisme, Alzheimer, obésité, stérilité et quantité d’autres joyeusetés. La chimie a une influence certaine sur la santé humaine alors qu'on peine souvent à déterminer et mesurer l’action spécifique de chaque produit.

Bon, on comprend le raisonnement étroit de ceux pour qui la seule chose qui compte est le profit. Rien à foutre de ce qui ne rapporte pas dividendes et bénéfices. Laissons-les à leurs œillères. Ils nous vendront le cercueil pour les enterrer...

Ce qui difficile à comprendre, c’est que la gauche se désintéresse de cette catastrophe. On a une gauche qui ne veut pas voir. Celle qui bla-bla-bla. Celle qui repousse aux calendes grecques. Celle qui n’en branle pas une. Celle qui est incapable de dire « non » aux réseaux d’intérêt. Celle qui est incapable d’arrêter le massacre. 

Insoucieuse du sort de 70% ou 80% de la population — ceux qui n’ont que leur force de travail pour vivre et se prennent en pleine poire une lutte des classes conduite par les riches — la gauche est aussi nulle pour défendre l’humanité contre l’emprise de l’industrie chimique. Aussi nulle pour s’opposer aux riches et à la finance que pour enrayer la fin annoncée de l’humanité. Côté écologie les Verts se sont déclarés d’inutilité publique. Comment comprendre cela ? Qui, même député ou ministre ou énarque ou plein aux as, n’est pas touché, dans sa famille ou ses proches, par toutes ces maladies liées à la chimie envahissante ? 

Encore plus décourageant, on voit même une partie de la gauche hurler parfois avec la meute. Ce crève-cœur de voir la Confédération Paysanne faire cause commune avec la FNSEA pour tuer une poignée de loups. Ce crève-cœur de voir le Parti communiste et la CGT faire front commun avec Westinghouse, le magnat américain de la technologie nucléaire qui a vendu à prix d’or les licences de « nos » centrales. 

Comprends bien que je ne tape pas sur les militants dévoués et souvent admirables — je sais combien mes mots pourraient les blesser — mais sur des structures qui semblent déconnectées. Je te causais voici peu de l’absence de sens. Nous pourrions imaginer un mouvement social porteur de ce grand dessein qu’est la sauvegarde de la beauté — de la libellule au loup et à l’ours — et la sauvegarde d’une humanité aujourd’hui menacée d’extinction comme le tigre ou l'éléphant.

Rêvons qu’un jour le mouvement social décide d’en finir avec son impuissance et les branlées électorales subséquentes. Et, en attendant cette hypothétique transformation, ne nous étonnons pas trop des branlées.
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Lire Un empoisonnement universel (Comment les produits chimiques ont envahi la planète) de Fabrice Nicolino, aux éditions Les liens qui libèrent. Je suis plongé dedans et c'est du beau boulot de véritable journaliste.

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Fred Alpi, L'heure bleue. Fred Alpi a écrit nombre de chansons militantes. Franco-suédois, il a notamment écrit sur Joe Hill, militant syndicaliste suédois exécuté aux USA resté dans la mémoire ouvrière. Pete Seeger et Joan Baez ont chanté Joe Hill.