Partageux rencontre des personnes cabossées par notre société libérale, change leur identité et ne mentionne ni son nom, ni sa ville pour qu'on ne puisse les reconnaître. « Devant la servitude du travail à la chaîne ou la misère des bidonvilles, sans parler de la torture ou de la violence et des camps de concentration, le "c'est ainsi" que l'on peut prononcer avec Hegel devant les montagnes revêt la valeur d'une complicité criminelle. » (Pierre Bourdieu) La suite ici.

mercredi 28 janvier 2015

À la mémoire d'Hector Loubota


Hector Loubota, 19  ans, est mort sur le chantier d’insertion. Tué sous une avalanche de pierres. Les normes de sécurité minimales n’étaient pas respectées. J’avais déjà cité Quartier Nord et il faut lire cette bafouille. Onze ans plus tard — oui, onze ans… — on pose une plaque à la mémoire d'Hector. Il y aura fallu bien des pressions que François Ruffin nous raconte aujourd’hui. À lire aussi. C’est l’occasion de te ressortir un autre extrait de son Quartier Nord.

Au fond, la citadelle condense une époque, ère post-industrielle qui a débouché, il paraît, sur une « génération Matrix » et une « société de services », avec Internet, le portable, le haut débit, les gadgets technologiques comme emblèmes, et le revers de la médaille ici, pauvres qu’on regroupe entre pauvres, à l’écart, comme en banlieue, comme en prison, en les enfermant derrière une enceinte, tous les largués qui n’ont pas suivi la marche du monde et qu’on préfère gommer de la photo, les intérimaires découragés, les jeunes à bout de souffle à trente ans, les toxicomanes multiples, à l’alcool, aux cachets, lieu qui rassemble tous les maux du quartier, et d’abord ce nœud : la désespérance.


Appartient à notre époque, aussi, ce fossé, ce gouffre, entre cette réalité et l’image publique de cette réalité. Partout, à la Citadelle et ailleurs, la parole d’en bas, explosive, désorientée, paradoxale, douloureuse, est bannie, confisquée. On ne veut plus l’entendre. On ne peut plus, imperméables. A la place, les gouvernants, les chefs d’entreprise, les élus ronronnent d’autosatisfaction, sans compter les « visites », qu’ils profitent un peu de ce bonheur eux aussi, eux si sûrs de leur sollicitude, de leur bonté, que même un cadavre ne les perturbe pas, leurs discours triomphalistes se poursuivent, couplets sur la « lutte contre l'exclusion » et la « valeur ajoutée dans ce parcours » que les médias relaient sans effort : « ils redécouvrent sur le chantier des perspectives d’avenir », « les résultats du chantier sont là », et même lorsqu’un gosse de 19 ans est écrasé sous les pierres, l’optimisme demeure de mise : « Ce chantier représente énormément d’espoirs pour certains d’entre eux »… 

C’est un déni de réel, flagrant ici, aussi patent, peut-être, pour les usines, les zones sensibles, les centres de détention, les hôpitaux psychiatriques, le quotidien des affligés, débarrassé de ses aspérités. Comme si le confort avait bâti un tel cocon, classes moyennes sourdes, autistes, que la souffrance sociale ne les atteignait plus, si puissantes qu’elles parviennent, par leurs choix, à opprimer dans la réalité et à effacer les opprimés dans l’image publique de cette réalité.


Surtout, la lutte a disparu de notre époque. Les CES auraient pu se révolter, collectivement, contre ces bourgeois de l’hôtel de ville qui les ont exposés, trop longtemps, à un danger inutile, contre cette presse bourgeoise qui camoufle le scandale derrière un « Rien n’explique encore cet accident sinon, peut-être, les pluies de ces derniers jours et le vent », contre cette justice bourgeoise qui n’enverra aucun de ces notables en maison d’arrêt, quand tant d’entre eux, de leurs frères, ont séjourné à l’ombre pour du shit, des auto-radios ou des outrages à agent, contre cette université bourgeoise qui va s’implanter ici, facultés de sciences humaines aux fondations vraiment humanistes, et combien de leurs fils à eux étudieront entre ces murailles qu’ils ont restaurées ? Mais non, la plupart se sont tus, ne pas ruiner ses chances, même maigres, de décrocher un CEC, ou un poste en mairie.

Seule l’équipe du défunt a assisté aux funérailles, solidarité de la tristesse, et sur la tombe de Hector Loubota, eux ont déposé une plaque : 


« Wardi et tes amis du quartier. 
Jamais nous ne t’oublierons. »  

Quartier Nord de François Ruffin, éditions Fayard, toujours disponible. Une chronique du petit peuple indispensable quand, en affre du boulot, on ne connaît que la panne de la machine à café. Histoire de comprendre notamment pourquoi on ne vote pas. François Ruffin rend très bien cet abîme séparant sa classe sociale du petit peuple qui dérouille.
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Le cancre, Leny Escudero. 

mardi 20 janvier 2015

Le massacre Charlie n'est pas affaire religieuse

Plus de six millions de personnes sont au chômage, toutes catégories confondues, dont plus de la moitié ne sont pas indemnisées. Dix millions de personnes vivent avec un revenu en dessous du seuil de pauvreté. Dix millions de personnes ont un problème de logement. Onze millions et demi de personnes vivent sans chauffage.

Tu verrais la longueur de la queue quotidienne devant mon voisin Resto du cœur ! Je passe devant chaque jour. Piqure de rappel si j’oubliais un instant la catastrophe sociale. 

Mais la régression sociale a un impact sur encore bien d’autres gens. Environ 90% des embauches se font avec un contrat à durée déterminée. On ne propose que le Smic pour une chiée des embauches actuelles y compris des emplois très qualifiés. Les petites entreprises tombent en faillite que c'est Verdun. Etc.

Et on essaie encore de nous distraire avec des dérivatifs comme la laïcité ! Note bien que j'y suis favorable à la laïcité. (1) Mais des petits bourgeois en mal d’émotions fortes font une fixette sur ce sujet que personne ne remet en cause et qui arrive en trois mille huit cent soixante dix huitième position des préoccupations des Français. Bon, d'accord, ces bourges n'ont pas d'autre souci. Laissons-les brûler des bougies sur leurs autels laïques... Un petit gros barbu écrirait aujourd’hui : « La laïcité, c’est l’opium des cravatés ». (Ouahou ! Encore un blasphème !)

Mais bordel de dieu de merde ! Par les couilles du prophète ! La régression sociale n'est pas encore assez catastrophique pour que media et politiques en parlent ? Ça doit rester cantonné à la sphère privée ? Comme la sinistre loi Macron en discussion à l’Assemblée nationale dont personne ne parle ?

Désolé si j’offense ta croyance laïque mais le massacre de Charlie Hebdo n’est pas affaire religieuse. (2) Des journalistes ont fait leur boulot au lieu d’ânonner bêtement les vêpres laïques. Reporterre a retrouvé l’enfance des frères Kouachi. « Moi, ces gamins-là, je les plains. » Et aussi : « C’est une société entière qu’il faut condamner d’avoir laissé grandir des enfants dans une telle misère. » Mediapart s’est penché sur leur adolescence. « Si à la sortie du foyer, on s’était occupé des Kouachi, cela ne serait peut-être pas arrivé. » Et c’est un expert qui le dit : Cédric a passé un an et demi à la rue en sortant du même foyer qu'eux. Tu rajoutes en prime un passage par la case prison. Qui met à vif les nerfs des plus calmes. Qui a toujours été une bonne école de ce que la société aurait voulu éviter. Tu ajoutes encore le fait que les bougnoules, comme les bamboulas ou les romanichels, sont toujours toujours toujours en butte aux tracas et vexations. (3) Et quand tu auras détaillé tout ça, alors je veux bien que tu me parles en sus de religion. Même s’il subsiste un doute : n’importe quel autre étendard de révolte aurait peut-être fait l’affaire. Quand le terreau est fertile, toujours des graines germent, apportées au hasard des vents…

Ce n’est pas légitimer le massacre mais essayer d'en comprendre les raisons sans s’arrêter à la seule couleur du drapeau brandi.

Nous vivons une catastrophe sociale. Globale. (4) Comment faut-il le dire pour se faire enfin entendre ? Faut-il une conspiration des plombiers — supprimer tout un hiver le chauffage dans tous les ministères comme dans toutes les administrations ? Faut-il un mouvement d’artistes plantant des installations contemporaines in situ — un Resto du cœur avec sa file d’allocataires devant chaque porte de politicien ? Faut-il brûler — au minimum par milliers — les autobus, les écoles et les médiathèques ? Ou faut-il frapper plus fort encore et zigouiller — par dizaines de milliers — les cravatés, façon têtes plantées sur les piques, pour que les survivants s’occupent des questions qui pourrissent la vie de nos concitoyens ?

Distrayons le peuple avec la laïcité, le rejet des autres et le choc des civilisations. Ça permet de mettre sous le tapis des bricoles comme la lutte des classes et le capitalisme. (5) En attendant le prochain drame.
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Toujours plus de voix apportent leurs notes discordantes à l’Union sacrée.

(1) Le Monolecte : « L’idée qu’il n’est plus besoin de débattre […] Que si l’autre n’est pas avec nous, il est forcément contre nous. » 

(2) Virginie Despentes : « Ce n’est pas parce que j’éprouve pour cette religion davantage d’affection que pour les autres mais je ne sais pas faire le rapport entre ce qui s’est passé et l’islam. » 

(3) Roger Martelli : « Haïr le monstre, c’est combattre ce qui l’enfante. » 

(4) La Parisienne Libérée :  « Lorsque le chauffeur a essayé de faire descendre le fou j’ai pensé : c’était bien la peine de faire un grand rassemblement en faveur de la liberté d’expression, si c’est pour exclure les fous calmes des transports publics. » 

(5) Alain Gresh : « Oui, il faut le dire, la République française est tout sauf égalitaire. Faut-il s’étonner que les jeunes des quartiers populaires en aient conscience ? » 
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« Elle rêve au temps de sa mère / Où la pauvreté n'était pas la misère. » Gens du voyage, Daran.

vendredi 16 janvier 2015

Je suis Maria Francesca

« Lorsque le pouvoir de transfiguration de la mort, ce rituel social qui commande l’éloge des disparus, se joint à la puissance d’une émotion commune à l’échelle de la société tout entière, il est à craindre que ce soit la clarté des idées qui passe un mauvais moment. » Et Frédéric Lordon appuie là où ça va faire mal. Très mal

Une bafouille précédente, intitulée « Je suis Rémi », a provoqué des réactions épidermiques. Il faut pourtant se pencher sur cette émotion collective. Contrairement à ce prétend une Nathalie Saint Cricq disjonctée, l’opposition n’est pas là : j’ai choisi de ne pas participer à la marche, des copains y sont allés, et on ne se fâchera pas. 

Souvent des personnes sont tuées par la police ou meurent dans des circonstances inacceptables.  Rémi Fraisse. Zied et Bouna et les autres basanés. Toutes ces morts au travail. Les suicides à France Télécom et ailleurs. Ces milliers de morts de la rue et de la misère. Un maire qui refuse la sépulture de Maria Francesca parce que bébé de Rroms. Autant de retours à la barbarie. La compassion collective, l’émotion collective, ne vont pas à tous les morts de façon égale. C'est cette différence qui doit nous interroger.  

Hervé Kempf, journaliste spécialisé dans l'écologie, remet sur le tapis la question sociale et la guerre de classes. 
Et quand j’entends l’unanimité de ces politiciens qui parlent de guerre — Manuel Valls : « La France est en guerre contre le terrorisme, le djihadisme et l’islamisme radical » — je rappelle qu’il y a une autre guerre, décrite sans fard par le milliardaire Warren Buffet : « Tout va très bien pour les riches dans ce pays, nous n’avons jamais été aussi prospères. C’est une guerre de classes, et c’est ma classe qui est en train de gagner. » Vraiment, n’y a-t-il rien à voir, pas un fil d’explication, entre le crime de MM. Kouachi et les politiques prônées par MM. Bolloré, Arnault, Pinault, Dassault, Mulliez... ? Rien à voir entre la poussée de « l’islamisme radical » et le fait que 85 personnes possèdent autant que trois milliards d’autres humains ? Rien à voir entre la poursuite obstinée des politiques néo-libérales et la déshérence de l’école, des systèmes de santé, des quartiers ?

Reporterre, site traitant d’écologie, va regarder où et comment ils ont grandi.
Quelle était l’enfance de Chérif et Saïd Kouachi, les deux hommes qui ont assassiné les journalistes et les policiers à Charlie Hebdo ? Une enfance misérable, de père absent et de mère prostituée, dans un immeuble populaire du 19e arrondissement de Paris. Evelyne les a connus, elle témoigne.  […] « Je ne devrais pas le dire, vous allez me prendre pour une folle, mais quelque part, moi ces gamins-là, je les plains… » 

Mediapart rencontre Cédric, ex-adolescent placé avec les frères Kouachi dans un centre éducatif de Corrèze. À ce sujet tu liras aussi ma bafouille sur la drôle de façon de fêter les dix-huit ans inventée par les déconseillés généraux en Haute-Vienne. Et ailleurs, hélas ! 
Lui qui les a côtoyés au quotidien, veut se souvenir d'un autre fragment de vie englouti : celui où les deux frères, eux aussi orphelins, étaient des adolescents pleins de vie. […] « On était tous mélangés : des orphelins, des types vraiment dangereux qui avaient commis des choses très, très dures, des requérants d’asile complètement perdus. » Comme cet adolescent du Sierra Leone qui partage sa chambre et se réveille chaque nuit en hurlant et en appelant ses parents.

On regrette que des questions essentielles soient si soit souvent occultées par un vain débat sur les religions. Un débat mal posé selon Shlomo Sand
[…] Il existe une différence fondamentale entre le fait de s’en prendre à une religion ou à une croyance dominante dans une société, et celui d’attenter ou d’inciter contre la religion d’une minorité dominée. […] C’est aussi faire preuve d’aveuglement que de ne pas comprendre que cette situation conflictuelle ira en s’aggravant si l’on ne s’emploie pas ensemble, athées et croyants, à œuvrer à de véritables perspectives du vivre ensemble sans la haine de l’autre.

Quelle liberté de la presse ? Basta ! pose beaucoup de questions.
Beaucoup de médias proclament qu’ils n’arrêteront pas le combat. Mais quel combat ? Celui pour la liberté de la presse ? Le combat pour faire vivre des médias indépendants des pouvoirs économiques et politiques ? […] Alors que défilent des millions de personnes pour défendre la liberté de la presse, les médias sauront-ils se saisir de cet attachement renouvelé pour s’interroger, loin de la course au scoop, de la priorité à l’émotion et au spectaculaire, des commentaires stériles sur l’actualité ? Sauront-ils demain être à la hauteur de l’attente aujourd’hui suscitée ? A quoi sert la liberté de la presse si elle est mal utilisée ? 

Delfeil de Ton, l’un des derniers survivants du Charlie des origines, cite Wolinski, en 2011, après l’incendie des locaux de Charlie Hebdo. 
« Je crois que nous sommes des inconscients et des imbéciles qui avons pris un risque inutile. C'est tout. On se croit invulnérables. Pendant des années, des dizaines d'années même, on fait de la provocation et puis un jour, la provocation  se retourne contre nous. Il fallait pas le faire », avait déclaré le dessinateur. Et Delfeil de Ton, s'appuyant sur cette citation, embraye : « Il fallait pas le faire, mais Charb l'a refait. »


Dessin de Romain Dutreix. Chronique tsigane, une chanson de Luc Romann.

jeudi 15 janvier 2015

Je ne suis pas Charlie.


Carole a été la première à me faire parvenir ce texte remarquable de BC glané sur internet. Je le reproduis ici puisqu’il est peu disponible.

Je ne suis pas Charlie. Et croyez-moi, je suis aussi triste que vous.

Gros malaise. Je ne suis pas descendu parmi la foule. Je ne suis pas Charlie. Et croyez-moi, je suis aussi triste que vous. Mais cet unanimisme émotionnel, quasiment institutionnel pour ceux qui écoutent les radio de service public et lisent les grands media, j'ai l'impression qu'on a déjà essayé de me foutre dedans à deux reprises. La société française est complètement anomique, mais on continue à se raconter des histoires.

Première histoire: victoire des Bleus en 1998. Unanimisme: Thuram Président, Black Blanc Beur etc. J'étais alors dans la foule. Quelques années plus tard: Knysna, Finkelkraut et son Black Black Black, déferlement de haine contre ces racailles millionnaires, mépris de classe systématique envers des sportifs analphabètes tout droit issus du sous-prolétariat post-colonial. Super « l'unité nationale ».

Deuxième histoire: entre deux-tour en 2002. Unanimisme: le FHaine ne passera pas, « pinces à linges
 »« sursaut républicain », foule « bigarrée » et drapeaux marocains le soir du second tour devant Chirac « supermenteur »« sauveur » inopiné de la République, et Bernadette qui tire la tronche, grand soulagement national. J'étais dans la foule des manifs d'entre deux tours.

Quelques années plus tard : le FN en pleine forme, invention du 
« racisme anti-blanc », création d'une coalition Gauche/Onfray/Charlie/Fourest laïcarde et une Droite forte/UMP/Cassoulet en pleine crise « d'identité nationale » contre l'Islam radical en France, « racaille » et "Kärcher », syndrome du foulard, des prières de rue, des mosquées, émeutes dans les banlieues, tirs sur les policiers, couvre-feu, récupération de la laïcité par l'extrême droite, Zemmour, Dieudo, Soral... Super « l'unité nationale ».

Troisième histoire : sursaut national après le massacre inqualifiable à Charlie en janvier 2015. Unanimisme : deuil national, « nous sommes tous Charlie », mobilisations massives pour la défense de la liberté d'expression dans tout le pays. Charlie ? Plus personne ne le lisait. Pour les gens de gauche qui réfléchissent un peu, la dérive islamophobe sous couvert de laïcité et de « droit de rire de tout »  était trop évidente. Pour les gens de droite : on déteste cette culture post-68 mais c'est toujours sympa de se foutre de la gueule des moyen-âgeux du Levant. Pour l'extrême droite : pas lu, auteurs et dessinateurs détestés culturellement et politiquement, mais très utile, les dessins sont repris dans « Riposte laïque » [site islamophobe d'extrême droite]. Pour beaucoup de musulmans : un affront hebdomadaire, mais on ferme sa gueule, c'est la « culture française ».

Dieudo/Soral et les complotistes sont passés par là

Résultat : des centaines de milliers de musulmans sommés de montrer patte blanche, quelques années à peine après la purge officielle sur l'identité nationale. Des années durant avec toujours le même message insistant : mais putain, quand est-ce que vous allez vous intégrer ? Et vous, les musulmans 
« modérés », pourquoi on vous entend pas plus ? A partir d'aujourd'hui, « vous êtes pour nous ou contre nous ». Cabu ne disait pas autre chose: « la caricature, ils doivent bien l'accepter, c'est la culture française ». Super « l’unité nationale ».

Réactions à chaud de jeunes de quartiers entendues dans le micro: « c'est pas possible, c'est trop gros, c'est un coup monté ». Dieudo/Soral et les complotistes sont passés par là : manifestement certains ne croient pas plus au 07/01/15 qu'au 11/11/01. La réalité est qu'on les a déjà perdu depuis longtemps, et c'est pas avec des veillées publiques à la bougie qu'on va les récupérer ni avec des incantations à la « résistance » — mais à quoi vous « résistez » au fond ? Vous allez vous abonner à Charlie ? Et ça va changer quoi ?

La majorité va se sentir mieux, et c'est précieux. Mais la fracture est totale. 

La réassurance collective est un mouvement sain et compréhensible face à un massacre aussi traumatisant, mais elle a pour versant complémentaire le déni collectif, et pour résultat l'oubli des causes réelles et profondes de l'anomie. La majorité va se sentir mieux, se faire du bien, comme elle s'était fait du bien en 1998 et 2002, et c'est précieux. Mais la fracture est totale. Et la confusion idéologique à son comble.

Personne ne se demande comment on en est arrivé là, comment des jeunes parigots en sont venus à massacrer des journalistes et des artistes à la Kalash après un séjour en Syrie, sans avoir aucune idée de la vie et des idées des gens qu'ils ont tué : ils étaient juste sur la liste des cibles d’Al Qaeda dans la Péninsule Arabique. Personne ne veut voir que cette société française, derrière l'unanimisme de façade devant l'horreur, est en réalité plus que jamais complètement anomique, qu'elle jette désespérément les plus démunis les uns contre les autres, et qu'elle a généré en un peu plus d'une décennie ses propres ennemis intérieurs.

La plus grosse fabrique à soldats d'Al Qaeda sur notre territoire, c'est la PRISON 

Personne ne veut voir que la plus grosse fabrique à soldats d'Al Qaeda sur notre territoire, c'est la PRISON. Personne n'a compris que la France n'a pas basculé en 2015, mais il y a dix ans déjà, lors des émeutes. Personne ne veut voir que nous vivons encore les conséquences lointaines de l'immense humiliation coloniale et post-coloniale, et que vos leçons de « civilisation »  et de « liberté d’expression » sont de ce fait inaudibles pour certains de ceux qui l'ont subie et la subissent ENCORE.

Et on continue à se raconter des histoires, après la fiction des Bleus de 1998, après le mythe du « Front républicain » de 2002, en agitant cette fois-ci comme un hochet la liberté d'expression, dernier rempart d'une collectivité qui n'est plus capable de se donner comme raison d'être que le droit fondamental de se foutre de la gueule des « autres », comme un deus ex machina qui allait miraculeusement réifier cette « unité nationale » réduite en lambeaux.

Vous n'arriverez pas à reconstruire la « communauté nationale » sur ce seul principe, fût-il essentiel. Je vous le dis, vous n'y arriverez pas. Car ce n'est pas ÇA notre problème. Notre problème, c'est de faire en sorte qu'il n'y ait plus personne en France qui n'ait tellement plus rien à espérer et à attendre de son propre pays natal au point d'en être réduit à n'avoir pour seule raison de vivre que de tuer des gens en masse, chez nous ou ailleurs.

Car on ne peut rien contre ceux qui leur fournissent la liste des cibles une fois qu'ils sont conditionnés. Il faut donc TOUT mettre en oeuvre pour agir avant qu'ils en soient là : ce n'est pas facile mais c'est la seule chose qui compte si on ne veut  pas progressivement tomber dans le gouffre de la guerre civile, qui est la conséquence ultime de l'anomie.

Après, c'est trop tard. Et c'est déjà trop tard…

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Texte initialement publié en commentaire sur @SI. Dessins de Gil. La Marseillaise de Gaston Coûté (et de Gérard Pierron.)

vendredi 9 janvier 2015

Nous ne sommes pas Charlie

Je suis Charlie ? D’abord la sidération. Cet immense battage médiatique où les voix dissidentes n’osent s’exprimer. Et puis on se lance. On découvre dans la foulée que d’autres font de même. Alors nous nous sentons moins seuls à ressentir et exprimer cette gêne intense. Revenir à la raison. Ne pas nous laisser submerger par une émotion collective. Laisser l'union sacrée dans l'histoire de la première guerre mondiale. Tu peux traîner dans la boue les objecteurs de conscience. Bah oui. Mais pas sans avoir lu tous nos textes in extenso. Pas seulement ces extraits. Comprends à la lecture de cet ensemble polyphonique que c'est la fraternité qui nous guide.

« Réveillons-nous ! En ce moment ceux qui ne veulent pas être sous la bannière Charlie se font taxer de tout et de rien, surtout de sans-cœur, d’extrémiste et d'adhérer aux idées des timbrés qui ont fait ça. Je suis triste pour les familles, je suis triste pour ces morts mais je n’adhérais pas à l'humour de Charlie Hebdo et encore moins à sa ligne éditoriale de ces  dernières années. » (Une anonyme sur la toile)

« La lecture simplifiée à l’extrême par les médias  de cette journée du 7 janviers 2015 va se résumer et s’imprimer dans de nombreux cerveaux par l’attaque meurtrière contre un journal « de gauche » par des Musulmans. Cela va déstabiliser et retourner des positionnements politiques. La peur, la colère, la tétanie, l’incompréhension, la panique morale vont chez certains laisser largement place à la haine. »

Olivier Cyran a été neuf ans journaliste à Charlie avant de claquer la porte. Il a publié le 5 décembre 2013 un long texte qui conserve tout son intérêt. 
« Le pilonnage obsessionnel des musulmans auquel votre hebdomadaire se livre depuis une grosse dizaine d’années a des effets tout à fait concrets. Il a puissamment contribué à répandre dans l’opinion « de gauche » l’idée que l’islam est un « problème » majeur de la société française. Que rabaisser les musulmans n’est plus un privilège de l’extrême droite, mais un droit à l’impertinence sanctifié par la laïcité, la république, le « vivre ensemble ». Et même, ne soyons pas pingres sur les alibis, par le droit des femmes – étant largement admis aujourd’hui que l’exclusion d’une gamine voilée relève non d’une discrimination stupide, mais d’un féminisme de bon aloi consistant à s’acharner sur celle que l’on prétend libérer. »

« Par cette attaque, les islamistes visent certainement en premier lieu la population française d’origines maghrébine et africaine. Ils tentent de l’acculer dans une position intenable pour l’amener à choisir entre la peste et le choléra. Soit elle rase les murs et soutient une République qui lui crache à la figure depuis trop longtemps et continuera de le faire, soit elle se soumet aux réactionnaires intégristes qui prétendent la protéger et lui rendre sa fierté. Dans les deux cas il n’est plus question d’aucune liberté. »

« C’est depuis longtemps aussi que j’essaie de comprendre comment font les jeunes issus des quartiers « défavorisés » (le mot est joli) pour rester aussi « sages » malgré le racisme élevé au rang d’institution, malgré leurs conditions de vie dans des ghettos, malgré le chômage endémique, malgré la misère, malgré le harcèlement policier. […] Quoi d’étonnant, finalement, que certains d’entre eux, plus désespérés que les autres, soient partis en Syrie ou ailleurs mener une guerre qui n’était pas la leur ? […] Je me souviens du ministère dégueulasse baptisé de « l’identité nationale ». Des propos de Sarkozy sur les Noirs pas rentrés dans l’histoire, d’Hortefeux sur les Auvergnats, de Valls sur le manque de Blancos. Je me rappelle cette loi qui sous couvert de « défense de la laïcité » n’ostracisait que les Musulmans, forcément intégristes. » 

« Le caractère public et collectif de ces réactions émotionnelles nous rappelle que les émotions sont tout sauf des réactions spontanées. En effet, ces sentiments qui nous semblent si personnels, si intimes, si « psychologiques » sont en réalité médiatisés par des cadres interprétatifs qui les génèrent, les régulent et leur donnent un sens. Derrière les émotions se cachent des discours, des perspectives et des partis pris moraux et politique dont il importe de comprendre la nature pour bien mesurer leurs effets. »

« Je suis les Femmes, je suis les Noir.e.s, je suis les Trans, je suis les Handicapé.e.es, je suis les LGBTQIA+, je suis les Musulman.e.s, je suis les BDS, je suis les Chinois, je suis les Palestinien.e.s, je suis les Libanais.es, je suis les Rroms insulté.e.s et méprisé.e.s par un journal de pompiers pyromanes qui a fait de la haine et du mépris son fond de commerce au même titre qu'un torchon comme Minute. Je condamne cet attentat aveugle et immonde, je paie mon hommage aux victimes mais je condamne toujours Charlie Hebdo. Désolé, je suis (avec) les victimes, je ne suis pas Charlie. » (Un anonyme sur la toile)
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Avec mes remerciements à tous ceux qui m'ont envoyé ces liens et bien d'autres. Vous n'aurez pas ma fleur, François Béranger.

jeudi 8 janvier 2015

Je suis Rémi

Des princes et des manants.

Les princes. Charlie Hebdo, je ne le lisais plus guère. D’abord le sermon national-républicain de Philippe Val, aussi hebdomadaire que pédant, m’a vite assommé. Et puis l’humour de chambrée réservé aux zhommes couillus c’était pas ma tasse de thé. Plus tard, quand les ventes se sont effondrées, j’ai carrément détesté le racolage récurrent avec l'islamophobie de salon, ce racisme larvé, faisant certes mieux que le racisme bas du Front, mais bien plus pernicieux justement en raison de cette présentation plus civilisée. La haine courtoise — costard cravate ou polo décontracté — qui ne se salit pas les mains. L’athée que je suis renâcle devant la volonté d’interdire aux croyants la liberté de pensée. Et puis enfin cette détestable habitude de toujours moquer les petits, les musulmans sans grade, mais d’épargner trop souvent les puissants, les rois d’Arabie Saoudite ou du Maroc. La gueule d’Arabe, le nom arabe, les fringues arabes, la cuisine arabe, la religion arabe, je ne tolérais plus cette litanie sans fin

Toute la presse est sous le choc. On a tué des collègues. Liberté en danger. Énorme ramdam.

Les manants. Tous ces pauvres diables qui ont perdu un œil avec un tir de flashball. Tous ces manifestants qui ont été frappés, blessés, mutilés avec des armes de guerre. Ce flic filmé tandis qu’il balance posément une grenade dans une caravane abritant des jeunes paisibles qui tentent de dialoguer avec lui. On ne trouve pas toujours une ligne à ce sujet dans les journaux. Après la mort de Rémi Fraisse, le dimanche, j’ai écrit quelques lignes avec le très peu que l’on savait alors. Il a fallu deux jours pour que la grande presse commence à parler vraiment de cette mort et que le gouvernement se réveille enfin. Pour entendre ou lire combien de propos où la victime devenait un extrémiste drogué alcoolisé provocateur violent djihadiste vert ? Comme si Rémi s'était violemment jeté sur la grenade qui l’a tué ! 

Alors que la presse est vent debout immédiatement dans le cas de Charlie. Oui, il y a eu crime et je pleure toutes les victimes. Même si je ne partageais plus du tout les idées diffusées par Charlie. Toute la presse se lève devant la mort des princes.

Le tueur de Rémi Fraisse et ses commanditaires sont connus et ils ne sont toujours pas inquiétés. Et ne le seront sans doute jamais. La grande presse ne s'offusque pas devant la mort du manant.

Dans le grand tintamarre ambiant je regrette cette énorme disproportion dans le traitement des crimes. Il y aurait des crimes odieux et d’autres qui ne le seraient pas. On peut tuer de sang froid, en mission commandée, sur ordre venu d’en haut. Nous avions demandé « la fermeté ». Ça c’est permis. Pas de quoi émouvoir. Pas de quoi en faire la Une.

Je suis Rémi.

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Un mot spécial pour Fabrice Nicolino dont le dernier livre « Un empoisonnement universel » est une référence. Fabrice, journaliste spécialisé dans l’écologie, c'est un type bien. Il est blessé, les bribes d’information à son sujet sont contradictoires. Courage ! Je lui souhaite de se rétablir très vite. 

lundi 5 janvier 2015

La dernière de Carcenac avec Hollande et Jaurès

Thierry Carcenac passe à Carmaux devant la statue de Jean Jaurès. Derrière la vitre fumée il a l’impression que la statue s’adresse à lui. Demande à son chauffeur de ralentir. La statue semble lui parler. Demande au chauffeur de repasser. Ouvre la vitre. L’impression persiste. Troublé, il descend de voiture et s'approche de la statue. Qui lui parle. 

— Thierry, je suis fatigué. Pourquoi m’a-t-on statufié debout alors que tous les généraux — ces ganaches ! — sont bien confortablement assis sur un cheval ? Fais quelque chose, ça fait trop longuement que je suis debout. Et après ça, prends ta retraite, ça t’évitera de continuer les bêtises… 

Carcenac prend l’avion derechef, file à l’Élysée avec les motards à gyrophare devant, entre en trombe dans le bureau de Hollande avec aux trousses une demi-douzaine d’huissiers hurlant que le Président en conférence ne peut pas être dérangé, interrompt la sieste présidentielle et rapporte à François dit le Mou la conversation qu’il vient d’avoir avec la statue de Jaurès. François Hollande se visse furieusement l’index sur la tempe, suggère à Carcenac de prendre du repos, de profiter de la neige, d’aller aux sports d’hiver. 

Mais devant l’obstination butée de Carcenac, il finit par accepter l’idée d’aller avec lui à Carmaux. On a déjà eu tellement de départs de socialistes aux poches trop pleines, évitons d'ébruiter que d’autres sont devenus complètement fous. Après son idée débile de barrage de Sivens puis ses propos délicats suite à la mort de Rémi Fraisse, tu imagines les gros titres des journaux si la presse apprend que le président du Conseil général du Tarn vient en avion à Paris pour me dire que la statue de Jaurès lui parle ! Autant que je me charge de le convaincre moi-même qu’il a des bouffées délirantes et qu’il doit passer la main. Ça me permettrait d’arrêter cette idiotie de Sivens en douceur et ce serait un bon point — hin hin hin — pour que je sois le candidat des écolos en 2017. De toute façon y’a pas grand-chose à faire à l’Élysée maintenant que la corvée des vœux est expédiée. Valls trouvera bien quelque chose pour distraire les journalistes cette semaine.

François Hollande et Thierry Carcenac prennent l’avion puis une voiture banalisée de la préfecture les conduit discrètement à Carmaux. Dès qu’ils en descendent, ils entendent tonner la voix de Jean Jaurès en furie.

— Thierry, bougre d’imbécile ! Tu es encore plus sot que je ne le pensais ! Je t’ai demandé un cheval et tu m’apportes un âne !
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Les gueux, les chiens, les soiffards / Z'ont tous accompli les pires forfaits. Le Cirque des mirages dans Le ticket

vendredi 2 janvier 2015

Ni l'amour de l'argent ni le goût du pouvoir


2015. Une année électorale. Deux occasions de remercier les fauxcialistes pour l'ensemble de leur œuvre. L'empreinte du soulier fortement imprimée en bas là où le dos perd son nom.  2015, année électorale. L’occasion de te ressortir une chanson oubliée derrière les fagots. Je donnerai ma voix, Jeanne-Marie Sens. Texte de Maxime Piolot, musique de Jean-Pierre Castelain. 2015. L'illustration présente les meilleurs gueux de Goutal.

Je donnerai ma voix
A celui qui n’aura
Ni l’amour de l’argent
Ni le goût du pouvoir
Mais ce désir ardent
D’embellir notre histoire

Je donnerai ma voix
A l’homme ou à la femme
Qui ne mentira pas
Pour être populaire
Et qui tiendra demain
Les promesses d’hier

Je donnerai ma voix
À celui qui saura
Qu’un vieillard a le droit
De ne plus être fort
Et d’exister encore
Les derniers de nos jours
Si nous en avons peur
C’est qu’il y a dans nos cœurs
Bien peu d’amour

Je donnerai ma voix
A celui qui voudra
Inventer des chemins
Qui mèneront si loin
Que chaque enfant
Sera poète ou musicien

Je donnerai ma voix
À l’homme ou à la femme
Qui verra que la terre
Est un être vivant
Qui respire et qui pleure
Comme un vieil océan

Je donnerai ma voix
À celui qui viendra
Sans mépris sans colère
Affronter la misère

La bêtise et l'ennui
De l’esprit et du corps
Tous les oiseaux blessés
Par le sang pollué
Des bateaux morts

Je donnerai ma voix
À l’homme ou à la femme
Qui se révoltera
Contre les préjugés
Sans se croire obligé
D’insulter le passé

Je donnerai ma voix
À celui qui saura
Qu’il est très important
De penser librement
Quand de tous les côtés
Chacun peut nous jurer
Que lui seul a trouvé
Dans son livre d’idées
La Vérité

Je donnerai ma voix

mardi 23 décembre 2014

Les brèves de Radio-Trottoir (2)

Une voiture vide s'arrête dans la cour de l’Élysée. François Hollande en sort.

Pensez Bibi a ses petites manies. Tous les matins, en partant au boulot, il achète Libération. Parcourt la première page puis le jette. Un jour un copain lui demande :
— Mais pourquoi tu achètes ce torche-cul que tu ne lis pas ?
— Je cherche un faire-part de décès.
— Tu ne regardes que la première page ! Les faire-parts sont dans les dernières pages...
— T’inquiète ! Celui que j’attends, il sera en première page !

Des pas perdus rend visite à un copain hospitalisé. 
— J’ai deux nouvelles, une bonne et une mauvaise.
— Commence par la bonne.
— Hollande a fermé son parapluie ! *
— Et l’autre ?
— La nouvelle n’est pas confirmée.
*(Fermer son parapluie : calancher dans la langue de ma mère.)

On a une nouvelle preuve de l’inexistence de Dieu. Si Dieu existait, Valls et Macron lui auraient déjà demandé de se serrer la ceinture.

Après de longues études bibliques Lou de Libellus a pu prouver qu’Adam et Ève étaient des Français moyens : ils vivaient au paradis et ils n’avaient rien à se mettre.

Mon copain Gauche de Combat est à l’article de la mort. Ses enfants sont là autour de son lit. GdC demande à son fils aîné qu’on fasse venir le secrétaire du Parti Socialiste. Le fiston est bien étonné mais papa est mourant… alors il s’exécute. Et GdC demande devant toute sa famille à adhérer au Parti socialiste. Le secrétaire, qui sait bien tout ce que GdC a pu écrire durant tant d’années contre le PS, n’ose pas aller contre la volonté d’un moribond et enregistre son adhésion. Après le départ du secrétaire, ses enfants en larmes demandent à Gauche de Combat pourquoi il a fait ça. 
— Puisque quelqu’un doit mourir, autant que ce soit un socialiste. Ça en fera encore un de moins. 
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Photo Des pas perdus. Dick Annegarn chante Pire.

mardi 16 décembre 2014

Les brèves de Radio-Trottoir

— Quelle est la meilleure route à suivre pour parvenir au libéralisme tel que l’entend le Medef ?
— La plus longue.

— Pourquoi la France est-elle l’un des pays les plus riches du monde ? 
— Parce depuis des décennies toutes les grandes entreprises et toutes les multinationales pillent le pays et il reste encore beaucoup à voler. 

Au cours d’une soirée mondaine dans le Tarn un professeur d’anglais se plaint que personne dans sa classe n'a pu lui dire qui était l’auteur d’Otello. Le capitaine des gardes mobiles, qui était à la soirée, téléphone au prof une semaine plus tard. « C’est un zadiste que nous avons arrêté à Sivens. Il a passé des aveux complets. »
 
Quand Ségolène Royal déclare ouverte la chasse au loup, les lapins partent à l'étranger. D’accord, ils ne sont pas des loups, mais ils n’ont pas de papiers pour le prouver.

Le Conseil national du Parti socialiste s’inquiète du nombre d’adhérents en chute libre. Finalement Cambadélis prend des décisions énergiques. 
— Quiconque recrutera un nouveau membre du Parti sera candidat présenté par le PS sans assister aux réunions
— Quiconque recrutera cinq nouveaux membres sera candidat présenté par le PS sans prendre sa carte.
— Quiconque recrutera vingt nouveaux membres recevra une attestation certifiant qu’il n’a jamais été membre du Parti. Il sera candidat certifié non-présenté par le PS

Dans une baraque à la fête foraine les braves gens demandent à la diseuse de bonne aventure de leur prédire l’avenir. Une question souvent posée est la date du départ de Manuel Valls. Et la maligne Manouche, en regardant dans sa boule de cristal, répond toujours :
— Je ne puis dire la date précise mais ce sera un jour de fête. 
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Illustration : La bataille de l'esplanade, œuvre majeure du conisme et sourire amusé devant le canular élevé au rang des Beaux-Arts. La chanson du jour : La femme du mineur, Graeme Allwright. Dans les chœurs Guy Béart et Raymond Devos.