Partageux rencontre des personnes cabossées par notre société libérale, change leur identité et ne mentionne ni son nom, ni sa ville pour qu'on ne puisse les reconnaître. « Devant la servitude du travail à la chaîne ou la misère des bidonvilles, sans parler de la torture ou de la violence et des camps de concentration, le "c'est ainsi" que l'on peut prononcer avec Hegel devant les montagnes revêt la valeur d'une complicité criminelle. » (Pierre Bourdieu) La suite ici.

jeudi 30 juillet 2015

Radio Partageux/4

Résumé des chapitres sonores précédents. Lolobobo a eu une réjouissante initiative dont voilà cet été la sixième édition. C'est la radio de l’été des blogueurs. 

Dans ce joyeux foutoir digne d’un vide-grenier géant on trouvera des choses qui indiffèrent ou ennuient parmi d’autres qui réjouiront les esgourdes. 

Il faut remarquer qu’on y trouve trèèès beaucoup de rock et dérivés. On nous disait pourtant voici quinze-vingt ans, avec un poil de condescendance et beaucoup d'assurance, que le rock était mort et enterré. Tout comme on nous affirmait péremptoire avant la troisième mise à sac de la Grèce « l’Europe qui protège ». Décidément les prophètes ont perdu la main…

Partageux, soudain soucieux de rester en phase avec ses camarades blogueurs et son lectorat itou, balance aujourd’hui deux blocs de rock sur la scène. Mais Partageux, qui fait rien qu’à pas faire comme tout le monde ainsi que le lui reprochait sa maman, te met du rock, non dans la langue de Margaret Thatcher, mais dans celle d’Arthur Rimbaud.
Jérémie Bossone, c’est une voix de castrat italien qui bouge comme un chat qui s’est coincé la patte dans la prise de courant alternatif. Histoire de ne pas faire comme tout le monde, lui non plus, Jérémie Bossone s’emmêle les cordes de guitare entre le rock et la chanson. S’il joue volontiers électrique, il voue aussi un grand amour à Barbara.

Photo : La plume dans l’œil. Le taulier traîne parfois dans les rues de Paris dont il faut rappeler — on ne l'imagine pas en regardant la photo — que c’est la capitale de la cinquième puissance économique de la planète.   

samedi 25 juillet 2015

Radio Partageux/3

Un nouveau disquaire dans ma ville ! Je m’y précipite. Les deux gars vendent des occasions, des soldes d’éditeurs et des fins de stock, prennent les commandes hors normes et te trouvent des rondelles sonores que tu as renoncé à chercher depuis des lustres. C’est dans cette caverne d’Ali Baba que je vais notamment découvrir Ross Daly. 

Le gars, né en Irlande, est un fou de musique. Il a commencé tout petiot avec le violoncelle classique avant de découvrir les musiques de Grèce et du Moyen-Orient. Il s’installe en Crète en 1975 pour y étudier des instruments dont les Occidentaux ne connaissent même pas le nom. Foucade de jeunesse ? Ben non, quarante ans plus ans, Ross Daly y vit toujours. Et est devenu le pape incontesté de la musique crétoise. Allant jusqu’à redonner la fierté à des gueux qui avaient honte d’aimer les vieilleries de leurs ancêtres pauvres qui vivaient de pain, d’olives et de fromage. Reporterre consacre ces derniers jours un article à la Crète qui résiste aux remèdes de cheval de cette saloperie d’Europe.
Et le disquaire du début de l’histoire ? Hélas, la dure loi du marché a eu raison du dynamisme de ses deux tauliers. Et le magasin est fermé depuis belle lune. De la même façon ça m’a quand même fait un deuxième trou au cul de découvrir que Rotterdam, 600 000 habitants — pas vraiment un bourg de campagne désertée — n’avait plus un seul disquaire digne de ce nom. La vaste librairie avec disquaire incorporé où j’allais chaque année a sombré définitivement après deux faillites. Tout comme le dernier disquaire spécialisé classique a fermé ses portes. 

Tiens, ce sera ma nouvelle contribution à la radio d’été des blogueurspour finir je te mets de la musique à danser.  Danser ? Ah la la ! C’est désespérément populaire ! Loin d'une gauche cravatée fascinée par la culture bourgeoise. Qui veut toujours sortir le peuple de sa gadoue natale et lui faire oublier ses parents, langue, musique, savoir-faire, sagesse, enfin bref, ce qui fait de nous des êtres sociaux. Mais la Grèce est une note d'espoir. Regarde ! L'un ose danser et d'autres s'y mettent. Notre gauche cravatée à nous semble apprendre vite de la sévère purge administrée aux grecs. L'un se lance et d'autres vont suivre. 

jeudi 23 juillet 2015

Radio Partageux/2

C’est l’été. Les vacances ? Non. L’écœurement. Au loin un gouvernement grec à qui Yannis ne collera jamais assez de baffes. Dans la rue voisine la longue file des allocataires accablés par la chaleur devant la porte du Resto du cœur. Alors causer de musique pour ne pas vomir de dégoût.

Asmara est la capitale de l’Érythrée. C’est aussi le nom d’un petit café restaurant dans l’ancien quartier juif à deux pas de chez nous. Le chez nous d’une autre ville en d'autres années. Établissement fréquenté par la diaspora érythréenne. Nous sommes toujours les seuls blancs et ma douce la seule femme. On n’y voit que des hommes seuls qui viennent manger ou siroter une bière en causant avec des pays. La porte franchie et l’impression d’entrer soudain en Afrique de l’Est. 

Nous venons y manger de temps à autre. Les prix sont imbattables : à deux on s’en tire pour moins de dix euros. Pas d’assiettes. Pas de couverts. Quel que soit le nombre de convives autour de la table le patron sert un grand plateau d’injeras et le recharge jusqu’à ce que l’on crie grâce. L’injera est une crêpe traditionnelle à base de teff, une céréale cultivée dans la corne de l’Afrique. Faut imaginer une crêperie bretonne où le teff remplace le sarrasin et des préparations épicées remplacent les garnitures crêpières de nos contrées. Tu déchires un morceau de crêpe qui te sert à taper dans l’assortiment des garnitures. 

Les murs sont garnis d’affiches de musiciens, de chanteurteuses et de concerts où la guerre pour l'indépendance prend beaucoup de place. Le patron, soucieux d'élargir notre éducation musicale, diffuse en permanence de la musique érythréenne dans la veine de ce que je te propose aujourd’hui. 
Toujours en provenance d’Érythrée une chanson de 1970 pour ma deuxième contribution estivale à la radio des blogueurs. Seyfu Yohannes, son auteur, est mort à 26 ans après avoir enregistré seulement six chansons. On se dit que c'est vraiment triste quand on écoute cet étrange bijou.

mercredi 17 juin 2015

Je lutte donc je suis




L’ami Yannis Youlountas prépare un nouveau film dont on verra icitte un premier extrait (deux minutes) et une bande-annonce version club remix (dix minutes). 

« À la différence de « Ne vivons plus comme des esclaves », [son premier film sur la Grèce] nous vous emmènerons aussi dans les campagnes et les îles, ainsi que dans l'éducation alternative et d'autres formes d'apprentissage de la lutte et de la solidarité. Vous traverserez aussi des ZAD en Grèce et en Espagne, d'Athènes en Crète et de Barcelone en Andalousie, et aurez des nouvelles du dispensaire médical d'Exarcheia (que le film précédent a soutenu). » 

Besoin d’alimenter la pompe à phynances ! « Au dernier bilan, nous sommes encore à moins de 50% de l'objectif nécessaire pour le film Je lutte donc je suis. Merci de faire circuler l'info pour nous aider à sortir ce film important dans les temps avec tous les moyens nécessaires. Ce film est aussi le vôtre. Il sera mis en ligne gratuitement dès sa sortie. » 

« Ne vivons plus comme des esclaves » s’est révélé être un superbe film, plein de trouvailles cinématographiques, qui te donne une pêche d’enfer. Il est disponible en accès gratuit. Refaisons le coup. Chaque don même modeste est important. 

Yannis nous envoie aussi des nouvelles fraîches.

« Le compte à rebours a commencé en Grèce. Ceux qui sont inquiets ont trop espéré. Ceux qui croient que la messe est dite vont trop vite en besogne. Libérons-nous de l'espoir et de l'inquiétude. Agissons, chacun à notre façon, sans faiblir, malgré les sirènes du spectacle qui vont et qui viennent. Sans céder au divertissement des victoires ni à la diversion des défaites. Agissons sans passer notre temps à compter. Agissons sans relâche parce que le temps nous est compté.

Oui, le compte à rebours a commencé en Grèce. La sortie de la zone euro interviendra tôt ou tard. C'est désormais certain. Ou dirons-nous, par principe de précaution : plus que probable (dans un prochain mail, je vous préciserai l'ensemble des nombreux indicateurs et références). Les épreuves et même les défaites valent mieux que l'immobilisme et les pièges mortifères de la résignation. Rester assis, c'est se mettre à genoux.

Il y a quelques semaines, à ce sujet, Tsipras avait cité Brecht : « Nos défaites, voyez-vous, ne prouvent rien, sinon que nous sommes trop peu nombreux à lutter contre l'infamie, et nous attendons de ceux qui nous regardent sans rien faire qu'ils éprouvent au moins quelque honte. (...) Celui qui combat peut perdre mais celui qui ne combat pas a déjà perdu. »

Je ne partage pas tous les points de vue d'Alexis Tsipras. Mais je préfère cent fois cet homme à ses prédécesseurs ainsi qu'à ses adversaires de l'Eurogroupe. C'est exactement pour ça qu'une grande majorité de la population fait actuellement front en Grèce par-delà nos différences. Parce que l'heure est grave. Parce que la situation humanitaire est catastrophique. Parce que les caisses sont vides. Parce que l'heure est venue de dire « ça suffit ! » La seule question qui subsiste, c'est : quand sortirons-nous, meurtris, affamés, mais debout ? A la fin du mois [juin] ou en octobre ? Ce sera probablement l'un ou l’autre. » 
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Claude Nougaro chante Paris mai

dimanche 14 juin 2015

Radio Partageux

« Ce sera comme à la radio » chantait Brigitte Fontaine avec un jazz épatant. Court billet à l’invite de Lolobobo qui lance encore une fois sa radio de l’été des blogueurs
La radio, celle qui arrive dans le poste, faut bien dire, je ne l’écoute plus guère. Marre et remarre des perpétuelles leçons de gugusses qui nous expliquent qu’il faut plus de précarité — ces indéboulonnables nomment ça la flexibilité — entrecoupées de tchac poum poum impersonnels interchangeables et d’humoristes pas drôles…
Branche ton rétroviseur mental. Chaque soir, ces notes annonçaient l’émission de Jean-Louis Foulquié. Je n’aimais pas tout ce que programmaient Jean-Louis Foulquié, Bernard Lenoir, Jean Fontaine, Claude Villers, André Francis ou Julien Delli Fiori mais ils avaient tous cet immense mérite — qui semble totalement oublié aujourd’hui — de nous proposer une infinie diversité affranchie des zindustries culturelles.

Tu te le prends ton coup de nostalgie ? C'est « Europa » par le saxophoniste argentin Gato Barbieri. Composition originale pour guitare électrique de Carlos Santana. La misère t'obligera à aller sur voustube pour écouter.

Photos : Ada Colau, maintenant maire de Barcelone, quand elle participait au mouvement de refus des expulsions. Ada Colau a décidé de ne pas être accompagnée de la police dans sa fonction de maire... 

mardi 26 mai 2015

Aux côtés des femmes de ménage


« Yórgos Katroúgalos, ministre heureux car entouré des femmes de ménage rembauchées. Presse grecque, mai 2015. » (Légende de la photo publiée par Greek Crisis)

En Grèce le Ministère des finances réembauche les femmes de ménages licenciées. C’était un événement attendu depuis l’arrivée de Syriza au pouvoir. Greek Crisis nous raconte cela. « À Athènes, Yórgos Katroúgalos avait posé pour la photographie, certes bien heureux (et cela sincèrement), aux côtés des femmes de ménage au ministère des Finances, enfin réembauchées par le gouvernement SYRIZA/ANEL, belle action symbolique […] ».

On commence par les plus fragiles, par les plus modestes, par les plus mal payées, par celles qui font le travail le plus mal considéré. Alors, oui, c’est un symbole fort.

Le Front de Gauche a commis une bourde chaque fois ou presque qu’il nous a entretenu à ce sujet. Selon les gens du FdG il est toujours question de la « réintégration des fonctionnaires ». Et c’est là que je joue le rôle du chieur de service. Réembaucher des femmes, et les plus modestes, les femmes de ménage, c’est là toute la force du symbole où l’on se soucie d’abord des plus fragiles. On ne trouvera guère que des libéraux intégristes pour la contester. Tant il est facile de trouver un consensus très large pour une telle décision. 


Tandis que « réintégrer des fonctionnaires », c’est signifier encore une fois que la gauche n’est pas au service du bien commun mais qu’elle est un cartel corporatiste défendant une caste de vaches sacrées — les fonctionnaires — qui est sa clientèle attitrée. Envolé le consensus. Toute la droite, Parti fauxcialiste inclus, va crier haro sur le baudet et couiner à la gabegie. Bon, d’accord, tu me diras qu'on se branle de ce que pense le député républicain ou le sénateur fauxcialiste. Mais tous les gens modestes, tous les gens qui rament au chômage plus ou moins intermittent, tous ceux qui deviennent aigris avec leur vie difficile, tous ceux qui sont salariés du secteur privé, combien de ceux-là vont hausser les épaules de résignation ou vont râler ferme en disant que c’est toujours pour les mêmes et que c’est injuste ?

On divise le monde ouvrier (celui qui œuvre pour obtenir un revenu au contraire de celui qui vit de son capital) au lieu de le fédérer. Et nos ténors du FdG font cela sans malice, sans prendre conscience de leur bourde et de l’ampleur de ses conséquences. Et l'erreur grossière de communication, une erreur parmi tant d’autres, incite à bouder les urnes, incite à quitter sans bruit le FdG, incite à abandonner le combat. 
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Je ferme, Loïc Lantoine & François Pierron.  

lundi 18 mai 2015

Objecteurs de bonne conscience

« Le 17 septembre 2000, Amedy Coulibaly, qui a alors dix-huit ans, vole des motos avec un copain, Ali Rezgui, dix-neuf ans. Ils sont poursuivis par la police… qui tire, et Ali meurt dans ses bras sur un parking de Combs-la-Ville. Aucune enquête n’est ouverte sur la bavure. Cela provoque deux jours d’émeute à la Grande-Borne. Où sont aujourd’hui tous les acteurs des émeutes de 2005 ? Et tous ceux qui les ont regardés faire avec sympathie ? Comment regardent-ils la vie et la politique ? Quel regard ont-ils porté sur les événements de janvier ? On ne les a pas écoutés avant, ni pendant, ni après, ni depuis le 7 janvier. Le 8 au soir, je ne me suis pas rendu à la République, mais au rassemblement devant la mairie de Saint-Denis, ville où j’habite. J’ai rarement vu autant de monde, aussi ému. Mais en même temps, j’y ai rarement vu aussi peu "tout le monde". Il y avait certainement là tous les réseaux des militants. Mais si peu de gens ordinaires, d’inconnus, de gens et de jeunes "des quartiers", comme on dit. Pris dans notre émotion collective, avons-nous été attentifs au clivage silencieux qui était en train de prendre forme ? » Faut-il crucifier Alain Bertho pour avoir dit cela parmi d’autres propos intéressants qui rompent avec les dogmes établis ? 

« La seule véritable réponse du bloc hégémonique MAZ (classes Moyennes, personnes Âgées, catholique Zombies) à l’accumulation des problèmes est l’augmentation rapide du nombre des individus incarcérés par l’État. 36913 personnes écrouées en 1980, 77 883 en 2014. En tenant compte de l’augmentation de la population française de 55 à 65 millions, nous enregistrons donc une élévation du taux d’incarcération de 7 à 12 pour 10 000, soit plus de 70%. Il s’agit avant tout d’hommes jeunes. Avant de nous inquiéter de leurs origines nationales ou religieuses, notons en effet l’âge moyen des prisonniers : 30,1 ans en 1980, 34,6 en 2014. Par ailleurs, la tendance à l’incarcération ne reflète pas une montée de violences graves : le nombreuse homicides a, dans l’hexagone, chuté de 1171 en 1996 à 682 en 2013. C’est l’injustice du monde qui remplit les prisons. » Faut-il crucifier Emmanuel Todd pour avoir écrit cela parmi d’autres propos intéressants qui rompent avec les dogmes établis ?


« La leçon, bien qu’un peu morose, est limpide : ces gens sont indifférents au sort des peuples qui pleurent, gémissent et meurent sous le knout des puissants. Ces gens, tous ces gens au-delà d’apparentes bisbilles, sont d’accord avec l’organisation du monde. Le paysan chinois, le paysan indien, le paysan brésilien, le paysan égyptien, le paysan éthiopien peuvent aller se faire foutre. Et c’est d’ailleurs ce qu’ils font, dans le silence de mort des médias. »  Faut-il crucifier Fabrice Nicolino pour avoir écrit cela parmi d’autres propos intéressants sur Alstom qui rompent avec les dogmes établis ? 



Avons-nous interdiction absolue d’être objecteur de bonne conscience ? Au nom, ça va sans dire, de la liberté d’expression. 



Faut que je te dise ce découragement qui m’envahit parfois. Cette envie de tout laisser tomber. 



Alors je me mets Pierrick Vivares. Il chante : « Nous sommes tellement distants / Tellement intolérants / Que le rire d’un enfant / Nous fait grincer des dents » et sa vidéo dans Les transports en commun me remet du baume au cœur. Photo Passeurs d'hospitalités.


lundi 11 mai 2015

Chroniques de la guerre civile de basse intensité

Photo : mosquée, Le Mans, 31 janvier 2015. Que fait la police ? Elle tape sur des migrants qui veulent... quitter la France ! Une vidéo de deux minutes avec deux-trois lignes de texte éclairant chaque micro-séquence. « Ce sont juste quelques exemples du quotidien : l’ordinaire de la brutalité policière à l’encontre des candidats au passage entre Calais et l’Angleterre, qui tentent de se dissimuler dans les camions. Calais Migrants Solidarity entend aussi rappeler les conditions difficiles dans lesquelles ce travail peut être réalisé. » 
Photo : mur de la mosquée de Baleone, Corse, 13 janvier 2015. Arabes dehors ! Que fait la ministre de l’éducation ? Elle révise ses leçons d'histoire. « Peut-on, en France, enseigner une histoire qui ne soit pas à visée liturgique ? Non. Qui décrète ce que l’on doit croire sur le passé, puisque, décidément, il s’agit d’une croyance ? Le président de la République. De quelle source s’inspire-t-il ? Principalement du Figaro et des médias grand public. »
Photo : mosquée, Béthune, 9 janvier 2015. Que fait EDF ? Elle coule sa filiale de recherche solaire« L’annonce parait sans appel, EDF ne financera plus Nexcis, sa filiale de recherche et développement en photovoltaïque. La décision a abasourdi les salariés et les professionnels du secteur. »
Photo : mosquée en construction, Liévin, 9 janvier 2015. Que fait la recherche en médecine ? Ou comment les cancers des ouvriers sont occultés par les industriels« On n’a plus d’enquête sur les inégalités sociales de santé. C’est devenu un non-sujet. Invisibles des statistiques officielles, les inégalités face à la maladie et à la mort ne cessent pourtant de s’accroitre. En 1984, un ouvrier avait quatre fois plus de risques de mourir d’un cancer qu’un cadre supérieur. En 2008, ce risque est dix fois plus élevé. En milieu professionnel, les morts « légitimes » sont celles des ouvriers. »
Photo : trottoir de la mosquée, Givors, 13 janvier 2015. Que fait Vinci ? « À Toulouse, le géant du BTP veut édifier un ensemble immobilier écolo-compatible, avec espaces verts, jardins partagés, une résidence senior, une crèche, des bureaux et logements collectifs. Petit problème, les sols et la nappe phréatique sont pollués aux hydrocarbures et aux métaux lourds, surtout au plomb. » 
Photo : mosquée, Vandœuvre-les-Nancy, 12 avril 2015. Que fait l’éducation nationale ? Elle mesure la longueur des jupes. « Sarah, la collégienne de Charleville-Mézières [sommée de troquer sa jupe contre un vêtement jugé plus « laïc ». Une simple semaine ordinaire dans le regard des musulmans. « Les nouveaux programmes d’histoire du collège [] accorderaient trop de place à l’enseignement du fait musulman au Moyen-Âge. » 
Photo : un local proche de la mosquée, Escaudain, 12 avril 2015.
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Ça ne se voit pas du tout, Anne Sylvestre filmée par Éric Nadot Tranches de scène

jeudi 7 mai 2015

Dix sept millions d'inaudibles bordel de merde !

Charlie Hebdo publie un nouveau numéroGauche de combat nous dit que la une « lui parle bien ». Que voit-on sur cette une ? 

— Un djihadiste. Y’en a combien en France ? Au plus quelques poignées. Et pas des hordes de fanatisés massacrant chaque jour des centaines de personnes à Paris, Vierzon et Castelnaudary.  

— Un évêque. Espèce en voie de disparition. Faut jamais avoir vu la sortie d'une église pour ignorer que les derniers curés soignent leurs rhumatismes et que leurs dernières ouailles, d’âge canonique elles aussi, forment des rangs  clairsemés. Tiens, tu as entendu parler d'un gars, un seul, qui a perdu son emploi parce qu’il n’allait pas à la messe ? 

— Sarkozy. Personne ne leur a encore dit qu’il n’était plus président ? 

— Marine Le Pen. Bah oui, elle bavarde comme d'hab. Et ça pue comme d’hab. Y’a du nouveau ? 

Par contre impasse totale sur le Medef, les grands capitaines d’industrie, le CAC 40, la Bourse, le trading haute fréquence, la finance internationale, les paradis fiscaux, les fortunes colossales et leur progression himalayenne. Impasse totale sur Mulliez, Pinault, Leclerc, sur tous ceux qui façonnent la société de notre époque. Pendant qu’on moque des clowns sans importance et sans impact, Bolloré pille l’Afrique en toute tranquillité, Avril inonde la France de pesticides, Areva irradie et les cinq cents premières fortunes de France font tranquillou leurs énormes pelotes de milliards. Doivent bien rigoler de nous voir taper sur trois-quatre clowns… et passer sous silence la véritable, la seule lutte qui doit être menée, la lutte des classes 

Impasse totale sur la question sociale. Le chômage. La précarité. La baisse des salaires. Les revenus sociaux faméliques. Et c’est là que je ne comprends pas. C’est là qu’il faut qu'on m’explique. Gauche de Combat, quand il ne blogue pas, c’est un travailleur social. Les trav soc essaient de trouver ceci cela pour enrayer l’hémorragie de la mère seule qui hurle de désespoir ou du quinqua qui va dormir dans sa voiture s’il n’a plus ses vieux parents pour l’héberger. Gauche de Combat est maintenant au chômage. Le travail social est un secteur sinistré. Salement sinistré. Des licenciements tombant comme pluie d’obus à Verdun. Deux ou trois cents candidats pour un poste. Des jeunes sortant des écoles de trav soc qui ne trouvent pas l’ombre d’une annonce de recrutement. Des plus âgés qui ne bougent plus alors que c’était un secteur où tu changeais de crémerie quand le directeur ne te convenait pas, quand tu connaissais trop le chemin pour aller bosser, quand tu passais des adultes aux enfants ou inversement. GdC n’a plus trente ans. Ça va être raide pour retrouver un emploi-aiguille virtuelle dans la botte de foin.  

Alors je résume. Mon copain GdC, lui-même dans la merde, est entouré du vaste merdier qu’est devenu le travail social, travail qui consiste à cataplasmer la régression sociale généralisée avec des bons d’alimentation, des tickets pour le resto social ou des lettres demandant aux assos caritatives des bons de chauffage. Et GdC trouve que cette couverture de Charlie Hebdo lui « parle bien ». 

Et GdC a des mots durs pour flétrir Emmanuel Todd qui — comme Partageux mais à sa façon et avec ses propres arguments — commence à trouver que la gauche chie dans la colle à se polariser sur des thèmes dont on se branle — comme cette une de Charlie — et à faire silence sur la détresse de dix sept millions de nos concitoyens précaires. Dix sept millions ! Le CNRS qui les a comptés, publié par les Presses de Sciences-Po, les nomme Les Inaudibles. Moi, je tire bien bas mon chapeau à un Todd comme à une Mayer du CNRS. Ils sont très loin de la précarité et pourtant, eux, osent en parler sans détour. Quitte à essuyer des lynchages médiatiques. 

J’aime bien GdC. Je ne suis pas toujours d’accord avec lui et ça m’incitera pas à lui planter ma fourchette dans la main la prochaine fois qu’il mangera sa pizza en face de moi. Mais je ne le comprends pas.  

Tout comme je ne comprends pas la gauche. Mais alors plus du tout. Dix-sept millions. DIX SEPT MILLIONS bordel de merde ! 

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Pour mémoire : « En vingt-cinq ans, Charlie est passé de la gauche à la droite. Plus les années s’écoulent, plus je me rends compte que dessiner ne sert à rien. Mieux vaut s’armer d’une kalachnikov. Si je n’avais pas été dessinateur, j’aurais été kamikaze. » Charb, article dans Paris Match du 15 décembre 2004, cité par Serge Quadruppani dans Article 11 d’avril-juin 2015.

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« Gens du pays, c’est votre tour / De vous laisser parler d’amour. » Une chanson de Gilles Vigneault.


mercredi 6 mai 2015

Humilier les faibles de la société


Être ou ne pas être Charlie. Emmanuel Todd lance un nouveau pavé dans le bénitier. On regardera ses interventions sur France Inter. Seb Musset n’a pas aimé. Gauche de combat n’a pas aimé.

Moi, je suis globalement d’accord avec le fond même si la forme, quelque peu anguleuse, peut être reçue comme inutilement blessante. En janvier j’ai écrit la méfiance et les vives réserves que m’inspiraient l’émotion collective suite au massacre de Charlie Hebdo. J’ai aussi longuement cité d’autres mécréants à plusieurs reprises. En janvier encore Todd a donné un entretien au quotidien japonais Nikkei qui ne me paraît pas choquant. Voici ce qu'en avait écrit l'AFP :

Emmanuel Todd a confié être mal à l'aise avec le mouvement « Je suis Charlie », né en France après l'attentat contre Charlie Hebdo, jugeant que les caricatures de Mahomet humilient les faibles de la société. […] Selon lui, près de quatre millions de Français qui sont descendus dans la rue le 11 janvier, quatre jours après l'attentat qui a décimé Charlie Hebdo, ne sont pas représentatifs de la société française : « Beaucoup appartiennent à la classe moyenne, mais les jeunes de banlieue (dont beaucoup d'origine immigrée) et les classes ouvrières, eux, n'y étaient pas », insiste Emmanuel Todd, que cette situation inquiète.

Il pointe en outre les inégalités dont sont victimes les immigrés et leurs enfants, « qui ne peuvent recevoir un enseignement suffisant et ne trouvent pas de travail en période actuelle de crise économique. Une partie d'entre eux aspirent ainsi au radicalisme du groupe État islamique ». « Ce qu'on voit dans les banlieues de nos grandes villes, c'est la plus récente expression de la crise que doivent affronter les sociétés d'Europe de l'Ouest. Les jeunes musulmans qui vivent dans les banlieues sont des Français nés en Occident. L'absence de perspective d'avenir est une des causes de l'aliénation de ces jeunes. Et l'Europe de l'Ouest ferme les yeux sur son propre problème », souligne encore Emmanuel Todd. « Se moquer de soi-même ou de la religion d'un ancêtre est une chose, mais insulter la religion d'un autre est une histoire différente. L'islam est devenu le support moral des immigrés de banlieue dépourvus de travail. Blasphémer l'islam, c'est humilier les faibles de la société que sont ces immigrants », juge le démographe.

Les propos d'Emmanuel Todd retenus par le Nikkei font largement écho à l'analyse d'une partie de la presse et de la population du Japon qui ont du mal à comprendre pourquoi Charlie Hebdo a publié des caricatures de Mahomet malgré les risques connus, et qui considèrent les inégalités en France comme une cause de la dérive radicale de certains jeunes.
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Photo : inscriptions sur une mosquée à Saint-Étienne en 2010. Le bateau par le groupe Des fourmis dans les mains.