Partageux rencontre des personnes cabossées par notre société libérale, change leur identité et ne mentionne ni son nom, ni sa ville pour qu'on ne puisse les reconnaître. « Devant la servitude du travail à la chaîne ou la misère des bidonvilles, sans parler de la torture ou de la violence et des camps de concentration, le "c'est ainsi" que l'on peut prononcer avec Hegel devant les montagnes revêt la valeur d'une complicité criminelle. » (Pierre Bourdieu) La suite ici.

mardi 16 décembre 2014

Les brèves de Radio-Trottoir

— Quelle est la meilleure route à suivre pour parvenir au libéralisme tel que l’entend le Medef ?
— La plus longue.

— Pourquoi la France est-elle l’un des pays les plus riches du monde ? 
— Parce depuis des décennies toutes les grandes entreprises et toutes les multinationales pillent le pays et il reste encore beaucoup à voler. 

Au cours d’une soirée mondaine dans le Tarn un professeur d’anglais se plaint que personne dans sa classe n'a pu lui dire qui était l’auteur d’Otello. Le capitaine des gardes mobiles, qui était à la soirée, téléphone au prof une semaine plus tard. « C’est un zadiste que nous avons arrêté à Sivens. Il a passé des aveux complets. »
 
Quand Ségolène Royal déclare ouverte la chasse au loup, les lapins partent à l'étranger. D’accord, ils ne sont pas des loups, mais ils n’ont pas de papiers pour le prouver.

Le Conseil national du Parti socialiste s’inquiète du nombre d’adhérents en chute libre. Finalement Cambadélis prend des décisions énergiques. 
— Quiconque recrutera un nouveau membre du Parti sera candidat présenté par le PS sans assister aux réunions
— Quiconque recrutera cinq nouveaux membres sera candidat présenté par le PS sans prendre sa carte.
— Quiconque recrutera vingt nouveaux membres recevra une attestation certifiant qu’il n’a jamais été membre du Parti. Il sera candidat certifié non-présenté par le PS

Dans une baraque à la fête foraine les braves gens demandent à la diseuse de bonne aventure de leur prédire l’avenir. Une question souvent posée est la date du départ de Manuel Valls. Et la maligne Manouche, en regardant dans sa boule de cristal, répond toujours :
— Je ne puis dire la date précise mais ce sera un jour de fête. 
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Illustration : La bataille de l'esplanade, œuvre majeure du conisme et sourire amusé devant le canular élevé au rang des Beaux-Arts. La chanson du jour : La femme du mineur, Graeme Allwright. Dans les chœurs Guy Béart et Raymond Devos.

mercredi 10 décembre 2014

Queues de cerises à durée déterminée


Dans Quartier Nord, François Ruffin raconte deux années d’expédition en terra incognita. Deux ans en terre étrangère. Étrangère à la classe politique. Deux ans dans le monde du chômage et des emplois précaires. Deux ans avec les fins de mois difficiles surtout que ça commence dès le 1er. Deux ans dans un chantier d'insertion d’exception.

A son tour, Gilles de Robien [alors maire d'Amiens] s’enthousiasme pour « ce cadre tout à fait exceptionnel » : « C’est vraiment une très belle initiative, et je tiens à le dire à tout le monde. (…) des gens qui travaillent, qui apprennent et qui sont heureux. (…) On peut suivre ce progrès considérable à la fois pour les hommes, je l’espère, et en même temps, pour la beauté de la ville. » Qui, en effet, persisterait dans la mélancolie avec la moitié d’un SMIC mensuel ? Le futur ministre de l’Education, lui, sait se contenter de peu, et se veut partageur : « Nous utiliserons d’autres dispositifs pour qu’un maximum d’Amiénois puissent bénéficier du chantier d’insertion. » Chaque habitant n’aspire, c’est bien connu, qu’à « bénéficier » d’une pareille opportunité…

François Ruffin raconte le choc entre les grands bourgeois obscènes qui vivent sur un autre planète et les gens de peu qui souhaiteraient juste vivre décemment avec un emploi fixe, un vrai salaire et un horizon dégagé. Pas avec un CES, contrat emploi solidarité, ou un autre « dispositif » au goût de queue de cerise à durée déterminée.

Dans ces pages [les procès-verbaux du conseil municipal]  l’indécence affleure : des notables, l’un médecin, l’autre assureur, etc., qui encaissent 30 000, 40 000 ou 60.000 francs chaque mois, se réjouissent, avec moult superlatifs, que 3.300 francs soient accordés aux manants. Le château contre le hameau, toujours, un idéal de charité, peuple des chômeurs qui se contenterait du pain et d’un burin. Et comment ces messieurs envisagent-ils d’épauler les CES ? En consolidant leurs contrats ? Non. En prévoyant un éducateur, une assistante sociale, une infirmerie ? Non. En leur assurant le minimum, c’est-à-dire leur sécurité ? Non, même pas.  


Un jeune garçon est mort dans le chantier d’insertion. Tué sous une avalanche de pierres. Les normes minimales de sécurité n’étaient même pas respectées.


Rue Lobau, à l'administration municipale, on retire les dossiers : balayeur, jardinier, gardien, etc., Minawar ratisse large. Autant de paperasses à remplir, CV à fournir, lettres de motivation à rédiger (mon boulot) [François Ruffin est l’employé aux écritures des copains en quête d’un taff], de quoi repousser l’échéance de la désespérance. Les retours parviendront chez Zoubir, au fil des semaines. Lui les transmettra à son frère avec précaution, pour le ménager : « Les listes sont bloquées », énoncent les courriers. Un an et demi plus tard, finalement, il passera les « tests », et échouera. Que pouvait-il, dans ce concours, lui le dyslexique face, par exemple, à Sofiane et à son BTS « force de vente » (on joue au foot ensemble) ? Que pouvait-il face à cette génération de bacheliers balayeurs ?

On peut rêver, un moment, puis on ne rêve plus : pas de CDI à l’horizon. La résignation prend le dessus, l’usure, comme un ressort qui se brise. Vite parfois, en six mois. On se prétend toujours « en intérim », mais la dernière mission remonte au siècle dernier. Le monde du travail s’éloigne, on le contemple à travers son hublot comme une autre planète. S’afficher comme « intérimaire » ne sert plus, alors, qu’à masquer une autre identité, passerelle discontinue, indolore, vers une marge que l’on ne nomme pas.

Quartier Nord c’est l’épopée de la guerre moderne. La guerre aux pauvres, la guerre aux gens modestes, la guerre à ceux qui n’ont que leurs bras et leur tête et pas de patrimoine pour faire bouillir la marmite. 

Car c’est une bataille, « l’insertion », qui réclame un mental, repartir au front, encaisser les défaites, ne pas s’écouter, d’abord, ne pas écouter en soi sa faiblesse, trop facile. C’est une lutte que  Norredine a engagée, lui et d’autres, pas des clones, non, mais une agressivité en commun, une agressivité sans coups ni injures, impalpable, dans le ton, les regards de défiance. On la dénonce, cette agressivité, et elle effraie. Contre elle, on en appelle au civisme. Ne reste que ça, pourtant, aux dominés qui n’ont pas renoncé : un avatar de pugnacité, oui, la rage à fleur de peau quand les bien nés réussissent sans combattre.

C'est pas Les Misérables du XXIe siècle mais ça devrait être au programme des lectures de toute la classe politique. Avec un stage de découverte obligatoire d'un an. Une immersion bigrement nécessaire quand la noblesse veut nous faire bosser le dimanche et la nuit. Quartier Nord de François Ruffin, Éditions Fayard.
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C’est la mer. Michel Tonnerre chante son grand-père engagé comme mousse à treize ans.

lundi 8 décembre 2014

De plus en plus de femmes et d’enfants à la rue

Courses dans l’épicerie du bourg. Arrive en vélo un gars qui demande la clé de « la maison ». Une ancienne maison où la mairie a rénové deux chambres avec toilettes et douche pour héberger les chemineaux de passage. Aujourd’hui l’épicière n’a pas la clé. La mairie est fermée alors elle téléphone derechef chez le maire. L’épouse du maire absent n’a pas la clé et conseille d’appeler Jacques. Coup de fil à Jacques qui apporte la clé dès que... Jacques, c'est un employé de mairie à la retraite qui continue à rendre service. 

Le gars cause avec moi en attendant Jacques. Il a l’habitude faire halte dans le bourg. Il vient de terminer la cueillette des pommes à 100 bornes au nord d’ici. Et il file pour la saison des noix à 150 kilomètres au sud d’ici. Un circuit bien rôdé. « C’est bien d’avoir un lit au sec et au chaud plutôt que de dormir à la dure. Et ici les gens sont sympas. T’as vu l’épicière ! Et sûr que Jacques va m'inviter à bouffer chez lui ce soir ou demain matin. Et la dernière fois c’est le maire qui m’a ouvert la porte. Sa femme cuisine comme un dieu. Il m’a demandé de poser la clé à l’épicerie en partant. Eh bien, moi qui fais des saisons depuis longtemps, tu peux me croire. C’est pas partout qu’on est reçu comme ça. » 

Deux chambres de secours pour 900 habitants ! Je rêve un instant. Si on avait la même proportion dans ma ville… 

Une personne va dormir dehors ? Tu appelles le 115. C’est le numéro qui gère l’hébergement d’urgence. Partout en France. Oui mais… le 115 refuse 95% des demandes à Toulouse. Faute de logements. 250 personnes qui dorment à la dure. Alors les travailleurs sociaux du 115 de Toulouse font grève lundi 8 décembre. Pour protester contre le manque chronique de logements d’urgence. 

Pas les seuls à râler. La FNARS, fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale, est une vieille dame qui n’a pas trop l’habitude de taper du poing sur la table en cassant la vaisselle. Elle crie que dans le plus clair des villes françaises il y a pénurie de logements d’urgence. Les demandes au 115 ne sont pas satisfaites alors qu’il fait froid mais pas assez froid pour la sinistre ministre. La FNARS égraine le chapelet du malheur. À Lille plus de 500 demandes au 115 insatisfaites. À Lyon 170 chaque soir. À Bordeaux une centaine. Plus de 200 dans le Val d’Oise. Et puis aussi la Charente, l’Oise et la Saône-et-Loire parmi d’autres départements ruraux.

Et la FNARS demande des logements en nombre suffisant. Et de « garantir la non-remise à la rue forcée des personnes le matin. » Et remarque qu’il y a de plus en plus de femmes et d’enfants à la rue. Et parle de « situation catastrophique. » 

Le Figaro, journal gauchiste, nous apprend que « L’Europe a près de trois fois plus de logements vacants que de sans-abri. »
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À Limoges les travailleurs sociaux du Conseil général entament leur troisième semaine de grève. La présidente fauxcialiste refuse la médiation du Ministère de la Santé. 
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Une parmi trente photos de Yannis Youlountas. En Grèce, émeutes dans tout le pays pour l’anniversaire de l’assassinat d’Alexis Grigoropoulos et pour protester contre le sort fait à son copain Nikos Romanos.
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Le fonctionnaire par le Cirque des mirages. Fred Parker apiano. Yanowski au micro.

jeudi 4 décembre 2014

Une société invivable

Dans son excellent petit bouquin Au mépris des peuples,  François Xavier Verschave, écrit : « Chacun le sait ou le sent, la vie en société suppose un ensemble de valeurs, de services et de biens communs. Ce sont les bases concrètes de la cohésion sociale, les conditions mêmes de l'existence d'une société  vivable. Y a-t-il donc des sociétés invivables ? » 

Eh oui, cher regretté François-Xavier Verschave, il y a des sociétés invivables. Celle dans laquelle nous sommes actuellement. Je l'ai dit ce matin à une journaliste de Nord Littoral à Calais. Au delà de la question des migrants (qui sont traités ici avec un mépris inadmissible), c'est toute la déshumanisation du monde qui est posée

Avant mon rendez vous à Nord Littoral, je me suis rendu à la poste de Calais. Là il a fallu que je me fâche pour que la Poste ouvre les portes à une dame âgée, handicapée, qui attendait dehors dans le froid. Oui, nous sommes dans une société invivable. Une société, qui est caractérisée, par ce que le regretté Castoriadis a nommé La montée de l'insignifiance. Quel niveau d'insignifiance et de barbarie allons nous atteindre ? Nul ne le sait. Mais les signes sont là, nous allons très prochainement basculer dans ce que l'économiste François Partant a qualifié de L'après développement.


Ce message de Clément Wittmann est arrivé dans ma boîte à lettres électronique. Retransmis par une correspondante de ma ville. Loin, bien loin de Calais. Calais où la barbarie est sans limite. Passeurs d’hospitalités, un blogue, chronique cette barbarie quotidienne. À Calais la ZAD, zone à défendre, se nomme humanité.

En Isère, où la température hivernale tutoie les moins 20°C, Pierre & Vacances veut construire une bulle tropicale de trois hectares chauffée à 29°C. Au milieu de 1000 cottages. Sur une forêt rasée pour l’occasion. En détruisant une zone humide grande comme une dizaine de Sivens. En faisant payer aux collectivités locales — qui ont déjà donné le terrain pour une poignée de cerises — la facture des routes, réseaux électriques et tutti quanti. En assurant une rentabilité aléatoire par une niche fiscale. Une ZAD, zone à défendre, nous disent les objecteurs de progrès qui occupent la forêt de Chambaran à Roybon et font face aux miliciens masqués, armés, de Pierre & Vacances.



D’Athènes, en ce moment même [nuit du 2 au 3 décembre 2014] Réoccupation populaire de l’École Polytechnique à Exarcheia, 41 ans après les événements de novembre 1973 (des anciens ont les larmes aux yeux et pensent que nous vivons un autre moment historique) et barbecues de bus et banques aux fines herbes aux alentours. 

L'ambiance dans l'enceinte de ce lieu historique est extraordinaire. Les CRS suréquipés n'arrivent pas à nous déloger. Beaucoup de tags à la mémoire de Rémi Fraisse et en soutien à la grève de la faim du jeune emprisonné Nikos Romanos. Distribution solidaire de sérum, citrons, mallox contre les lacrymogènes balancés comme du napalm depuis l'extérieur. Ça dépave, ça débat, ça écrit sur les murs et sur les corps, ça chante. Que la fête commence ! On attend vos messages de soutien ! Bises de nous tous à Exarcheia !


Yannis, membre de l'assemblée d'occupation de l’École Polytechnique. Yannis des ZAD du monde entier, Athènes, Val de Suza, Testet, etc.


Quand l’ami Yannis Youlountas envoie un texto — parce que oui, tu viens de lire son texto ! — il est aussi bavard que lorsqu’il cause… Mais l’avantage est que je n’ai rien à ajouter. 

Hormis que tu ne dois pas rater son film Ne vivons plus comme des esclaves ! s’il passe près de chez toi. Un film militant réalisé par un amateur avec un appareil photo. Voilà une terre aride réservée aux inconditionnels purs et durs ? Ben non, pas du tout, c’est du très bon boulot et on passe un très bon moment. Et ce film d’excellente facture donne la pêche ! Tu peux aussi le voir sur la toile.
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« On ne peut pas, comprenez bien / Accueillir toute la misère / Mais où vont les êtres humains / Que l'on reconduit aux frontières » Frontières de Jofroi, chanteur du Belgistan.

dimanche 30 novembre 2014

Le plus excellent symbole du peuple, c’est le pavé.

« T’es fendue sur le devant, t’as un trou au cul et une bouche charnue. T’as ce qu’il faut pour faire la pute si t'as rien d'autre pour bouffer. On veut plus mettre de pognon pour s’occuper des déchets de la société comme toi. T’as 18 ans maintenant, tu te démerdes. Dégage ! » Voilà ce que dirait Marie-Françoise Pérol-Dumont, présidente du Conseil général de la Haute-Vienne, à une gamine de l’ASE, aide sociale à l’enfance, qui a 18 ans aujourd’hui et sera à la rue ce soir.
C’était naguère le rôle de l’Assistance Publique et plus récemment de la DDASS, direction départementale de l’action sanitaire et sociale. Le Conseil général s’occupe des enfants « placés ». Jusqu’à dix-huit ans mais souvent plus. À dix-huit ans, apprenti, en formation, lycéen ou étudiant, on est rarement capable de se débrouiller tout seul dans la vie. C’est pourquoi, comme tu le fais avec tes enfants,  le Conseil général continue à aider un jeune placé — « un gosse de l’Assistance » comme on l'entend encore souvent — jusqu’à ses 21 ans quand c’est nécessaire. 
Et voilà que les conseillers généraux de la Haute-Vienne ont voté. Pour faire des économies. Le jour des dix-huit ans c'est terminé. Un coup de pied au cul en guise de bougie d'anniversaire. Que les jeunes se démerdent ! Le Conseil général de la Haute-Vienne ne s’en occupe plus. Faut faire des zéconomies pour payer les petits copainsVinci, Bouygues, Eiffage et compagnie.
Chaque jour voit un nouveau retour à la barbarie et — résultat — les électeurs de Limoges ont licencié sans préavis leur maire socialaud en 2014. Les électeurs de Haute-Vienne licencieront les déconseillés généraux socialauds en 2015. Bon débarras ! Qu'ils crèvent la gueule ouverte devant une porte fermée de Pôle-pas d’Emploi !
Mais, dans l'abomination, il y a cette chose magnifique. 

Quand ils ont appris la saloperie votée en loucedé, les travailleurs sociaux du Conseil général se sont mis en grève. Ouais mon gars ! En grève. Pas pour leur pomme. Non. En grève pour les gosses qui, demain, seront à la rue. En grève pour les jeunes qui, demain seront dans la misère. Contraints de dormir dehors, de faire la pute ou de trimer sans fin pour un patron esclavagiste. En grève pour refuser la barbarie. Chapeau bas ! L’humanité se lève. Grandeur d'âme contre grandeur en béton armé.
Et ils se bougent le cul, ces grévistes ! Voilà encore une ZAD, une zone à défendre, installée sur le domaine d'un Conseil général ! Comme à Notre-Dame-des-Landes le triton à crête. Comme à Sivens la renoncule à feuille d’ophioglosse. À Limoges les jeunes majeurs méprisés.

Et ils se bougent le cul, ces grévistes ! Depuis le 10 novembre, ils écrivent, pétitionnent, manifestent, campent, occupent, alertent la presse, tannent les élus. Font des apéros militants, des grillades, des soupes populaires. Ils tempêtent. Pour une idée « relativement stupide et bête » 1 : la fraternité. 
Oh ! Vite ! Baissez-vous madame ! Attention ! Vite ! Madame la présidente de la Haute-Vienne, vous aviez oublié Victor Hugo : « Le plus excellent symbole du peuple, c’est le pavé. On marche dessus jusqu’à ce qu’il vous tombe sur la tête. »
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La pétition en ligne. Tu signes vite avant d'oublier. Vite !
Une page fessebouc avec d'autres liens. 
1- Citation historique du président du CG du Tarn après la mort de Rémi Fraisse.
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« Et maintenant pour les manifestants, les grenades, on les tire à bout portant. » En 1972 Colette Magny publie Répression, disque-brûlot avec notamment quatre chansons-collages sur le BPP Black Panther Party.

jeudi 27 novembre 2014

Ordures ! Fumiers ! Socialauds ! Assassins !


Septembre. Il fait la manche en jouant de la flûte dans les rues. La première rencontre est ardue. Il accepte un café avec un geste de la tête et on n’entendra pas le son de sa voix. 

Octobre. Après une série de cafés bi-hebdomadaires José commence à parler un peu. Il est espagnol et vient d’arriver dans notre ville. 

Novembre. C’est un ancien musicien professionnel grand amateur de Blues. Son visage s’éclaire quand on commence à balancer les noms de bluesmen qui ont fait pleurer les guitares du Mississipi. La pluie et le crachin humidifie tout et José nous raconte qu’il a du mal à dormir dans son sac de couchage humide. Alors il picole — encore plus… — pour se réchauffer.

Décembre. Voilà déjà un moment qu’on conseille à José de se mettre au chaud. À chaque fois je lui parle de Vincent, le directeur de l’Escalier. Un brave garçon sympathique qui le recevra bien et — mais non ! — ne lui confisquera pas sa bouteille vu qu’il sait vivre ! C'est pas un barbare !

Le thermomètre plonge brutalement en dessous de zéro. Je m’inquiète. Et Vincent me raconte que José dort à l’Escalier depuis plus d’une semaine. Quand l’éduc de rue s’est fait pressant pour l’inviter à dormir à l’Escalier, José a demandé à causer avec « Monsieur Vincent et personne d’autre ». Ça tombait bien : Vincent accompagnait l’éduc de rue. 

« Les maraudeurs, vous avez fait un putain de bon boulot. Sans votre patience infinie, jamais on n’aurait fait dormir au chaud un gars aussi désocialisé ! » José a passé le reste de l’hiver à l’Escalier. 

Cette année les hébergements d’urgence n’ouvriront plus le premier novembre comme c’était le cas depuis belle lune. Mais seulement à partir de moins cinq degrés centigrades. Le discours des fumiers qui nous gouvernent annonçait « la fin de la gestion au thermomètre »

Tu sais pourquoi je suis en rage à tuer les socialauds à coups de fourchette dans les yeux. Comme je ne suis pas adepte de la peine de mort, même pour ces ordures, je me contenterai de les punir avec mon bulletin de vote. 

Et, chers camarades du FdG, lisez deux fois plutôt qu’une. Faudra surtout pas me demander « discipline républicaine » ou « faire barrage à... » parce que je ne voterai pas non plus pour les ceusses qui auraient l’impudence de demander ça. 

On ne vote pas pour des ordures, des fumiers, des socialauds. On ne vote pas pour les assassins de Rémi Fraisse. On ne vote pas pour les assassins des pauvres sans logis. On les punit.
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Photo Des pas perdus. « Et vous les rasés et les skins / Car la merde n'a pas d’épine / Rotez vos Kros, pissez vos Leffes  / Venez casser du SDF / Venez tous au bal du malheur / Plus on est de fous plus on meurt » Le bal du malheur, Claude Astier et les frères Sakarine.

mardi 25 novembre 2014

Le vote coincé du cul, on n’en veut plus !

S’interroger — gauche, écologistes, socialistes, communistes, libertaires ou autre terme à ton goût — sur les difficultés à être écoutés des jeunes, des classes populaires, de ceux qui ne sont pas militants, de ceux qui ne sont pas membres d'une organisation, c’est à dire de la majorité de la population. Ce qui implique de nous remettre en cause. 

Nous remettre en cause, ce n’est pas abandonner nos idées comme on l’entend trop souvent. C’est les remettre sur la table et chercher à comprendre pourquoi elles ne sont pas ou ne sont plus écoutées. Comme Jacques Sapir et bien d’autres on a cette impression tenace que les citoyens n’aiment plus trop l’eau tiède. Faut dire qu’on leur en a beaucoup servi ces dernières décennies. 

L’eau tiède, c’est par exemple le droit de vote des étrangers pour les élections municipales. On en cause. Et puis on en recause. Et ça sera pour plus tard. Et ça fait trente-cinq ans que ça dure.

Et, quand on y réfléchit, le droit de vote des étrangers pour les élections municipales, c’est tout de même une idée bien alambiquée qui ne va pas pisser loin. C’est pas avec ça qu’on va changer la vie des chibanis, les vieux qui ont passé leur vie sur nos chantiers ou dans nos usines... 

Allons faire un tour dans un passé virtuel. Toi ma poulette, tu t’imagines revendiquer le droit de vote — limité aux élections municipales afin de ne fâcher personne — pour les femmes ? Ça t'aurait enthousiasmée, toi ma cocotte, une telle revendication ? Tu penses vraiment, toi ma choupette, que si on était passé par cette étape — transitoire, pédagogique et peut-être consensuelle — la cause des femmes aurait gagné du temps ? Je ne te sens pas trop convaincue...

La radicalité c’est de revenir à la Révolution française. Elle détermine qui est Français. La Révolution met à la poubelle toutes les idées anciennes sur la nationalité dont la religion. Faut songer qu’à l’époque c’était vachement important de se demander si les Juifs pouvaient être Français... L’Assemblée nationale décrète en 1790 « est Français qui vit en France depuis plus d’un an. » À la différence de l’ancien Régime, devenir Français n’est plus soumis à l'autorité de l’État : il suffit de remplir les conditions prévues. 

En revenir à la Révolution permet de marquer une différence radicale. On ne pactise pas avec nos opposants. On ne cherche plus à négocier un compromis introuvable. On affirme un principe : Toute personne vivant et travaillant en France depuis x temps obtiendra la nationalité française si elle la demande. À nouveau, comme avec les Révolutionnaires, devenir Français n’est plus soumis à l'autorité de l’État. On ré-instaure une procédure simple et on en finit avec ce parcours du combattant où, face à un bureaucrate soupçonneux, tu dois avoir une licence de français, un maîtrise de droit, un doctorat en sciences sociales,  un excellent revenu et une patience d’ange pour dégoter une carte d’identité française. 

C’est sûr qu’on n'aura cet accès simple à la nationalité française avant belle lune. Mais on n’est pas parvenu à obtenir la toute petite avancée d'un ridicule droit de vote limité aux municipales. La politique des petits pas fonctionne mal. On l’a vu avec le droit de vote pour les femmes où on est passé de peau de balle à tout d’un seul coup. « Le vote coincé du cul, on n’en veut plus ! On veut revenir à la simplicité de l’Assemblée nationale de 1790… » On marquerait les esprits au lieu de perdre notre crédibilité avec des vasouillages. Ça ferraillerait dur. Eh bien oui. Comme jusqu’au jour où les femmes ont obtenu le droit de vote. 

On serait des irresponsables. Eh bien oui. Comme lorsqu’on a donné le droit de vote aux curés puisque ce n’était pas aux femmes qu’on accordait ce droit mais à des êtres faibles si influençables dans les sacristies…
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Femme au confessionnal, photo Des pas perdus. Elle a d'abord chanté sous le nom, curieux pour une fille toute seule, de Paul et Robin. Marion Rouxin, Ballade pour un non. 

lundi 17 novembre 2014

Je déclare la paix à ceux qui croient en un dieu.


Une illustration qui fait sens dans ma conviction. L’enfer existe. Oui. Pour les survivants. À Gaza en été 2014 comme ailleurs. Et ce sont les hommes — pas besoin des dieux — qui créent l'enfer. Monsieur Poireau fait une série sur les religions. J’ai eu envie de répondre à son questionnaire en lisant les réponses de Gaël.  

Peux-tu m’expliquer pourquoi tu es devenu athée ? 
C’est l’aboutissement d'une réflexion progressive de 12 ans à 16 ou 17 ans autour de deux convictions simples : il n’y a rien après la mort et il n’y a pas « d’être suprême », de « grand architecte de l’univers », de « forces de l’esprit », de dieu ou autre vocable à la guise de chacun.  

Quel a été le parcours personnel qui a fait de toi un athée ?
Je viens d’un famille croyante et pratiquante. C’est toujours une excellente fabrique d’athées : songeons à Léo Ferré. Dans ma génération les membres de ma famille sont pour la plupart incroyants ou athées. 

Es-tu pratiquant ? 
Athée serein, je me contente d’affirmer que dieu n'existe pas, ça me suffit. Je ne me situe pas dans une opposition aux religions. Je ne bouffe pas de curé, rabbin ou imam. Chacun croit ou ne croit pas selon ce qui lui convient. 

As-tu déjà pensé pouvoir être athée sans être dans la pratique ? 
Mon athéisme ne se définit pas par une pratique quelconque. Je ne suis pas membre d’une des associations d’athées car je ne partage pas leur hostilité voire leur haine des croyants. Ça fait l’affaire de la classe dominante qui s’enrichit bien tranquille pendant que les pauvres se foutent sur la gueule.

Est ce qu’être pratiquant t’a déjà posé des problèmes dans ton quotidien ? Par exemple : dans les relations amoureuses, au travail, des phénomènes de rejet en société…
Je respecte les personnes sans prendre en compte leurs idées. Que je les partage ou non. J’ai le droit de manifester mes convictions comme bon me semble en place publique alors je reconnais ce même droit aux gens qui ont une croyance. En retour de mon attitude à leur égard les croyants me laissent en paix. 

Est ce que tu trouves qu’être athée est une bonne chose ?
On ne peut pas affirmer qu’une conviction intime est, ou n’est pas, une bonne chose. Le sentiment de supériorité de certains (athées comme croyants) — qui méprisent ceux qui ne pensent pas comme eux — m’est juste insupportable. Être athée me convient exactement comme c’est être croyant qui convient à quelqu’un d’autre.

Est ce que c’est une pratique que tu recommandes autour de toi ? 
Mais non, je n'ai pas l’esprit missionnaire ! Encore une fois il s’agit d’une conviction qui relève de l’intime. Il ne me viendrait pas à l’idée de tenter de convaincre quelqu’un d’adopter mes penchants profonds dans ce domaine. Ce serait du même niveau de connerie qu’un autocollant proclamant « J’aime une blonde. Pourquoi pas vous ? » 

Dans l'absolu, qu’est-ce que cela pourrait m’apporter de devenir pratiquant de ton athéisme ? 
Cette tranquillité d’esprit et cette paix intérieure qu'on trouve aussi dans les publications sur l’art roman des éditions du Zodiaque. 

Quelles sont les contraintes de ton athéisme ? Par exemple au niveau alimentaire ou dans la vie quotidienne, que t’impose ton athéisme ?
Les prescriptions alimentaires ou vestimentaires relèvent de l'écume et non de l'essence. Je ne suis pas végétalien au rebours de certains athées de mon entourage. Sans que je m’en fasse une obligation il m’arrive de porter une chemise noire quand je manifeste. Il s’agit ainsi d’afficher de façon ostentatoire une communauté d’esprit avec mes compagnons anti-autoritaires. 

Que sais-tu des autres religions ? Est ce que tu sais ce que c’est être catholique, bouddhiste, juif, ou protestant ?
Je connais catholicisme et protestantisme, moins bien l’orthodoxie. J’ai lu la bible qui recèle des textes littéraires splendides parmi d'autres qui m’indiffèrent ou me révoltent. Je connais mal judaïsme, islam et bouddhisme. 

As-tu des amis dans ces autres religions ? 
Autour de moi il y a toute la variété des opinions. J’ai milité avec des gens de tous les horizons. 

Est-ce qu’il arrive que vous discutiez ensemble de vos croyances respectives ?
Oui, bien sûr. Je regrette que les discussions portent souvent plus sur l’écume — alimentaire ou vestimentaire... — que sur l’essence de nos convictions. Chacun cherche le bonheur et nous ne le trouvons pas tous à la même adresse. Chacun cherche l’inaccessible étoile — disons un sens à sa vie — et nous ne la trouvons pas tous dans la même constellation 

Une remarque pour terminer. Mon travail me fait fouiner dans de nombreux intérieurs. Je vois des objets religieux dans environ 5% des logements. Alors que l’on parle beaucoup des religions. Par contre je ne vois pas le moindre livre dans un gros tiers des logements. Alors qu'il est rare que l’on parle  de cette absence. Ça vaudrait la peine de s’interroger sur cet engouement et cet oubli médiatiques. 
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Il n'y a que le vent qui chante sans faire payer, une chanson de et par Jean-Marc Le Bihan.  

vendredi 14 novembre 2014

Un épisode de la guerre aux pauvres


C'est le citoyen de la République Française qui s'adresse à vous aujourd'hui pour évoquer des faits dont j'ai été témoin et que je ne peux, au regard de la morale et de la Loi, passer sous silence.


Je suis un citoyen lambda, un simple habitant d'une ville rurale de taille moyenne, la bonne ville d'Uzès dans le Gard. J'y vis, j'y promène mon chien, comme tous les propriétaires de chiens, et ces promenades me mènent régulièrement vers le parc du Duché, qui somme toute est une agréable place ou il fait bon fumer une cigarette pendant que le chien s’amuse.

Depuis six mois j'y croisais un nouveau venu, James, quarante-sept ans bien qu'il en faisait bien plus, écossais, clochard, SDF malheureux en rupture sociale totale et dans un état de santé préoccupant. Je lui offrais souvent une clope ou un café, et nous fumions ensemble en essayant de se comprendre. La différence de langue y faisant largement obstacle…

Quoiqu'il en soit, il avait probablement choisi Uzès comme terre d'accueil et de refuge, le soleil du Sud y contribuant, c'est vrai qu'il brille pour tout le monde, lui. En tous cas, les clients de la supérette du centre ville peuvent témoigner qu'il était entré dans le paysage social local, on le voyait quotidiennement y faire la manche.

Mais revenons en aux faits : le 06 septembre 2014, alors que les services de la Préfecture du Gard avaient par arrêté préfectoral mis le département en alerte orange en rapport à des conditions climatiques particulièrement dangereuses, je sortais tout de même mon chien vers 9 heures, car il le réclamait expressément, moi-même étant particulièrement bien équipé…

Alors que la pluie était battante, je constate que James était toujours dans son « campement » qu'il occupait depuis une semaine, au bord du mur d'enceinte du fond du parc, non bâché, allongé dans un duvet à même le sol trempé, ses quelques sacs ruisselants…

Ma conscience m'oblige à intervenir, je vais le voir, essaie de lui dire de bouger, de se mettre à l'abri, sans succès. Il me demande de lui rouler une clope, tellement ses mains tremblaient, en me tendant son tabac trempé... Je ne sais pas pourquoi il ne voulait pas bouger : ses affaires qu'il ne voulait pas laisser ? Son état de santé qui l’empêchait de se lever ? Quoiqu'il en soit mon acharnement fut sans effet... Au bout de quelques heures infructueuses, vers 10 h 30, dépité, je décide d'aller demander de l'aide aux services sociaux, dans l'impossibilité à me résoudre à laisser la situation ainsi, sans tenter d'en faire plus, j'imaginais le pire, je pars donc en lui laissant mon parapluie…

Consterné, je file au plus simple, je pars donc au local de la Croix Rouge, je tombe en pleine distribution alimentaire, quatre ou cinq responsables m'accueillent. Je leur demande de l'aide, je leur signale qu'un SDF a besoin d'aide, et au vu de la situation j'invoque même l'urgence lié à une assistance de personne en danger, en cette période d'alerte et de danger immédiat. Je leur intime au moins de lui fournir une tente, de faire quelque chose, la pluie dehors continuait de tomber à torrent...

L'équipe de la Croix Rouge, visiblement dépassée, me regarde l'air ébahi et me propose des pommes et du pain. Au bout d'une d'une demi-heure de parlementaire, celui qui semblait être le chef, tout en ré-insistant pour les pommes et le pain, m'invite à me rendre par moi même à la police municipale qui « pourront répondre à ma demande », car «il pourront vous trouver une tente, il doivent avoir ça ! ». Je ne sais pas si j'ai failli rire ou pleurer, mais je suis tout de même parti vers cette nouvelle piste…

Je suis donc aller voir la Police Municipale, sous la pluie battante, pensant à ce pauvre James et effaré par ma première visite aux services sociaux de la Croix Rouge... Deuxième acte, j'arrive au local de la Police Municipale, il est fermé... Un agent est tout de même en faction sous le porche mitoyen de la mairie, je lui signale James, lui raconte l'histoire, invoque la même urgence, les mêmes obligations légales d'assistance. J'ai conscience que mon devoir d'assistance à personne en danger me l'impose. Signaler une situation d'assistance urgente quand on a tout fait pour y remédier est une obligation légale et je m'y emploie avec un acharnement citoyen, autant que par compassion, un homme est probablement en danger. Je dit à l'agent qu'il faut au moins vérifier, lui apporter une bâche, une tente…

Je demande simplement de l'aide pour un SDF en danger... Je lui dis que je viens de la part de la Croix Rouge, il me répond qu'il n'a pas de tente pour moi... Même fin de non-recevoir... Finalement, il m'invite à aller à la mairie... Et là…

Quatre secrétaires écoutent mon histoire, que je répète inlassablement, de plus en plus troublé par les réponses qu'on m'y oppose, à savoir le laisser-faire, à peine une légère expression de compassion légitime. On m'envoie au secrétariat du Maire... La secrétaire appelle le premier bureau d'accueil en les interrogeant sur la recherche éventuelle d'une tente. Réponse négative. Je commençais à ne plus comprendre ou j'étais, ni que faire pour que quelqu'un prenne le problème à sa juste mesure.

Finalement elle tente de me rassurer et me demande de me calmer, il vont « envoyer une patrouille ». C'était là la seule réponse que j'obtiendrai à ma demande. L'affaire est à présent entre leurs mains.

C'est sûr, j'aurais préféré que des agents municipaux interviennent rapidement, en rapport du degré d'urgence, mais bon, au regard de la difficulté, je me résigne à la solution policière…

Largement écoeuré par l'indifférence, ou par la lenteur de réaction des agents de la collectivité publique, je me résigne tout de même à accepter la réponse et rentre enfin chez moi après quatre heure de palabres et trois bureaux, sachant que je dois aussi faire à manger pour ma mère handicapée et qu'il était midi passé. J'espérais juste avoir fait ce qu'il fallait faire. Un simple devoir de citoyen, solidarité et fraternité… La tempête bat son plein toute la journée et toute la nuit, un vent à décorner les bœufs…

Persuadé que mon appel à été pris au sérieux, je ne vais pas vérifier si mon intervention a produit son effet... J'aurais dû.

Le lendemain matin, mercredi, jour des enfants, même rituel, même parc, 9 h 30... Au fond du parc, les gendarmes. Avec angoisse j'interpelle un agent qui me dit de ne pas m'approcher, un individu est mort. Dégoûté, je demande à voir le chef et je lui explique mon histoire de la veille, scandalisé par la non intervention des équipes municipales. Il m'écoute avec attention, prend mes coordonnées et dit qu'il me rappellera pour prendre mon témoignage à la gendarmerie…

Vers onze heures, je veux en savoir plus, je décide de repartir au parc. En approchant du bord du mur, nouveau sentiment d'angoisse… Je n'oublierais jamais ce que j'ai ressenti quand j'ai passé la tête au bord du parapet surplombant le mur…

Non, je n'oublierai pas le triste ballet des gendarmes, autour du corps de James, totalement dénudé, son sexe traîné dans la boue... Ses affaires éparses... Le parapluie, protection dérisoire, écrasé et déchiqueté à ses cotés… Les premières constatations se faisaient à ciel ouvert, à même le sol et sans protection pour le regard des passants. J'ai alors crié aux militaires que tout le monde pouvait voir de l'endroit ou j'étais. Le parc est particulièrement passant... Ils m'ont demandé de rester là pour en empêcher l'accès... J'ai accompli avec amertume mon triste travail de cerbère volontaire…

Les gendarmes sont partis après leur besogne, sans un mot pour moi. Depuis j'attends leur appel…

J'ai lu le lendemain dans le midi libre qu'un SDF était retrouvé décédé, « de mort naturelle », mon sang n'a fait qu'un tour. Une alerte orange « naturelle » ? Une non assistance « naturelle » ? C'est se moquer des gens ou quoi ?

Pourtant la législation est claire : l'obligation est faite à toute personne, d'intervenir afin de porter secours à toute personne en danger et il s'y ajoute d'une obligation d'intervention dans le cadre d'un péril de type « catastrophe naturelle ». Ainsi, dans le Code pénal, l'article 223-6 al 2 dispose qu' « est puni celui qui ayant connaissance d'un péril encouru par un tiers ne lui apporte pas l'assistance appropriée ». Et cette obligation a valeur constitutionnelle lorsque qu'elle concerne l'Etat et ses services décentralisés.

Ainsi, ne pas ouvrir une instruction serait nier les principes du Droit. D'où mes interrogations : si j'avais officiellement témoigné sur demande de la gendarmerie, le parquet n’aurait-il pas dû ouvrir une enquête ? N'aurait il pas dû tenter de déterminer des responsables ou mettre l'accent sur un défaut dans la chaîne de responsabilité institutionnelle ? En l'espèce, un homme meurt parce qu'il n'a pas été secouru et la justice n'est pas interpellée ?

Pourquoi n'ai-je pas été encore entendu ? Je me refuse à voir la mémoire de James, Être Humain, citoyen européen, mort en France, souillée par une indifférence coupable.

Les SDF sont ils a ce point dépouillés de tout, qu'ils sont aussi hors du champ du Droit ? Et au regard de la réaction des services public lors de mon intervention, et en prenant compte l'approche de l'hiver, n'est-on pas en droit de se poser des question sur le vrai visage de la solidarité nationale ?

Quoiqu'il en soit, je n'arrive pas à me résigner à laisser cette histoire sans écho... Je pense toujours que les faits méritent une instruction plus complète et appelle à une réaction plus importante des autorités concernées, y compris au niveau préfectoral... C'est pourquoi je vous adresse cette présente, en restant à votre disposition pour éclairer des points qui sembleraient obscurs.

Dans l'espoir que vous prendrez en compte mon témoignage et que vous ferez bon usage, je vous prie de recevoir mes salutations.

Dans l'attente de votre réponse...

Dumond Cyrille
Uzès, le 08 novembre 2014 
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Une lettre, reçue par courrier électronique, adressée aux officiels du Gard, à des associations et à la presse. « Objet : témoignage concernant une non-assistance d'une personne en péril ayant entraîné la mort par négligence. » 

Si tu fais face à un tel cas. Agir de ton mieux mais rapidement sans attendre une aide extérieure hypothétique comme lorsque tu sors de l’eau un gosse qui se noie sans attendre les pompiers. Le premier ennemi du sans logis et du mal-logé, bien avant le froid, est l’humidité. Mettre au sec est le premier impératif. On ne peut pas se réchauffer avec des vêtements, duvet ou couvertures humides. D’où hypothermie fatale même avec un thermomètre bien au dessus de zéro.
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Photo : dispositifs urbains anti-SDF. Ça fait grincer des dents, une chanson de Bernard Haillant interprétée par Jean-Marc Le Bihan.