Partageux rencontre des personnes cabossées par notre société libérale, change leur identité et ne mentionne ni son nom, ni sa ville pour qu'on ne puisse les reconnaître. « Devant la servitude du travail à la chaîne ou la misère des bidonvilles, sans parler de la torture ou de la violence et des camps de concentration, le "c'est ainsi" que l'on peut prononcer avec Hegel devant les montagnes revêt la valeur d'une complicité criminelle. » (Pierre Bourdieu) La suite ici.

dimanche 6 avril 2014

Rions en attendant la mort (du PS)

François Hollande demande à Dieu d'arrêter la pluie pour ce printemps. Dieu lui répond : « Tant que tu foutras la merde, je tirerai la chasse d'eau. » 

Benoist m'envoie avec régularité sa récolte de petits miquets frais du jour. Un esprit simple qu'un petit rien fait rire.

Bientôt deux ans de politique de droite rose ! Bon, on a voté — enfin… au deuxième tour — pour une politique de gauche en fromage mou. P'têt qu'on aurait du voter Sarko puisqu'il faisait une politique moins marquée à droite. Tu penses qu'après cinq ans de droite, on repassera à gauche grâce à la gauche du PS — la pierre filochophale —  permettant la transmutation du fromage mou en métal de bon aloi ? 

Tu crois que les électeurs vont croire aux fariboles ? « On a fait cinq ans de droite mais on est vachement malins et demain on fera de la gauche, promis, juré, craché ! » Comme si Jean-Marc Ayrault disait : « Ouais bon, d'accord, j'ai fait un aéroport inutile mais maintenant je m'en vas virer le macadam pour remettre des grenouilles, des tritons et des paysans. »

« En politique c'est comme au foot. Si on perd, ce n'est pas la faute des autres, c'est qu'on n'a pas été bon. » 

Mon copain Gauche de combat va aimer cette image. Mon copain Des pas perdus va aimer cette image. Philippe, un commentateur régulier de ce blogue, va aimer cette image. On est un bon paquet à y voir un bon résumé...
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Tout est calme, une chanson pas chantée de Loïc Lantoine et François Pierron.  

jeudi 27 mars 2014

Branlées, raclées et fessées déculottées

Près de deux millions de personnes dans la rue à Madrid le 22 mars pour terminer les « marches de la dignité » parties un mois plus tôt de six régions d'Espagne. Tu as lu des kilomètres d'articles ? Tu as entendu des heures de radio ? Tu as vu des soirées télévisées consacrées à cet événement ? Deux millions de personnes !

Bah ! C'est sans intérêt, tous ces gens qui manifestent contre l'austérité. Une démagogie folle, que dis-je ? un populisme outrancier ! Tu te rends compte ? Les manifestants réclamaient « du  pain et un toit pour tous ». Où va-t-on ? C'est pas le Parti socialiste espagnol, un parti responsable, qui proposerait de pareilles bêtises déraisonnables.  Le parti socialiste français non plus. 
 
On me souffle à l'oreille que le Parti socialiste espagnol a pris une sacrée branlée électorale. Un coup de pied au cul à lui exploser le fessier. Mézenfin ! Pourquoi n'a-t-il pas prévenu le Parti socialiste français ? 
 
Quoi, « notre » parti socialiste était prévenu ? Une fessée déculottée pour Jospin en avril 2002, une tannée pour Royal en 2007. Sans compter toutes les autres raclées que ce serait fatigant de les recenser… Il faut dire le « PS », pas le « Parti socialiste ». Le PS, le parti des sourds. Monsieur l'abbé —  Dieu le bénisse ! — a bien raison de fustiger en chaire le péché de masturbation !  

Prochain épisode du masochisme électoral socialiste aux européennes. 7% comme le Pasok ? 
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Ma bible, Bernard Joyet avec Nathalie Miravette au piano et Éric Nadot à la caméra

jeudi 20 mars 2014

Les mystères de la gauche 3/

En lisant Les mystères de la gauche de Jean-Claude Michéa aux éditions Climats, il m'est revenu cette phrase de Günther Anders glanée je ne sais où : « on n'évalue pas une idéologie aux réponses qu'elle apporte mais aux questions qu'elle évacue. » 

Un grand-père de mon entourage mort voici quelques années n'a pas participé chaque matin à la croissance. Je t'explique. De l'âge de vingt ans jusqu'à plus de quatre-vingts ans il a toujours utilisé le même rasoir ! Trois-quatre coups d'affûtage sur un bout de cuir et c'était reparti pour un jour de plus. Je songeais à ce mauvais consommateur en lisant les lignes de Michéa qui suivent. 

« Ce système de l'obsolescence programmée permet d'éclairer de façon plus précise la différence de nature qui devrait exister entre une société socialiste (ou décente) et une société capitaliste. 

« Le fait, par exemple, qu'il soit techniquement possible (et ce depuis très longtemps de fabriquer de ampoules électriques dont la durée de vie est supérieure à celle d'une vie humaine ne présente — du point de vue d'une société fondée sur le primat de la valeur d'usage et le souci écologique — que des avantages évidents (la société pourra ainsi choisir d'affecter à d'autres fabrications les économies réalisées, tout en réduisant considérablement la quantité de déchets produits). 

« Du point de vue d'un système fondé sur le profit et le primat de la valeur d'échange, en revanche, il est clair que la généralisation d'une technologie de ce genre (simple, robuste et durable) est fondamentalement incompatible avec les exigences de l'accumulation du capital (ou « croissance ») et de l'enrichissement continuel — en droit sans limites — des grands industriels et des grands actionnaires. 

« C'est d'ailleurs précisément dans le but de se protéger contre les effets économiquement catastrophiques de ce type d'invention beaucoup trop utile que le cartel des fabricants d'ampoules électriques (le fameux « Phœbus », entente internationale qui regroupait notamment, à l'origine, Philips, Osram et General Electric) en était venu, dès 1925, à concevoir et imposer le système de l'obsolescence programmée (pratique désormais universelle, de l'industrie automobile à celle de l'informatique ou de l'électroménager), c'est à dire en fin de compte, celui du sabotage méthodique — et scientifiquement organisé — de la plupart des marchandises destinées à être vendues sur le marché capitaliste mondial. Tel est, sans doute, l'envers le plus cynique de la vertueuse croissance ».
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« Une société socialiste n'est évidemment pas hostile à l'idée d'innovation en tant que telle. Elle implique uniquement le rejet des innovations inutiles (« l'accumulation de gadgets — écrivait Orwell en 1945 — que l'on considère aujourd'hui comme désirable et civilisée ») ou, a fortiori, nuisibles pour la nature et l'humanité. En se fondant sur cette distinction philosophique, l'homme pourrait alors « utiliser avec discernement les produits de la science et de l'industrie en leur appliquant à tous le même critère : cela me rend-il plus humain ou moins humain ? Et l'horreur instinctive que ressent tout individu sensible devant la mécanisation progressive de la vie ne serait pas considérée comme un archaïsme sentimental, mais comme une réaction pleinement justifiée. » (Georges Orwell, Les Lieux de loisir, 1946).
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Photo Des pas perdus. « Les goûts d'Olga », un petit bijou d'exercice de style de Gérard Morel.

samedi 15 mars 2014

Les mystères de la gauche 2/

Promotion de printemps. Pour satisfaire et fidéliser son aimable clientèle Partageux offre, non pas un, mais deux extraits, et bien solides, pris dans Les mystères de la gauche de Jean-Claude Michéa à propos du mot « gauche ». 

« Il n'est d'ailleurs sans doute pas inutile de rappeler ici au lecteur de gauche contemporain (trop souvent conditionné par un siècle d'historiographie « républicaine » et de rhétorique électorale « pro-gressiste ») que les deux répressions de classe les plus féroces et le plus meurtrières qui se soient abattues, au XIXe siècle, sur le mouvement ouvrier français (sous les applaudissements — cela va sans dire — de la droite monarchiste et cléricale) ont chaque fois été le fait d'un gouvernement libéral ou républicain (donc de « gauche » au sens premier du terme). 

« Tout d'abord celle ordonnée par Louis-Eugène Cavaignac, lors des journées de juin 1848 (Cavaignac sera, du reste, le principal candidat de gauche à l'élection présidentielle de décembre — ce qui explique en partie le vote réactif de nombreux ouvriers parisiens en faveur de Louis-Napoléon Bonaparte). Ensuite celle, bien plus sauvage encore, dirigée par Adolphe Thiers contre la Commune de Paris, en mai 1871. 

« On comprend dès lors que la plupart des anarchistes et des socialistes de l'époque auraient trouvé singulièrement absurde et indécent d'appeler les ouvriers qui venaient d'échapper à ces massacres (ou qui se trouvaient encore déportés en Nouvelle-Calédonie ou exilés en Angleterre) à se réconcilier au plus vite — sous le prétexte d'une quelconque « union de la gauche et de toutes les forces de progrès » avec certains de leurs bourreaux les plus odieux (comme, par exemple, ce sinistre Gaston de Galiffet — le « boucher de la Commune » — qui occupera encore une place décisive, en 1899, dans le gouvernement de « défense répu-blicaine » de Waldeck-Rousseau).   

« Ce n'est donc bien que dans le cadre précis de l'affaire Dreyfus (les organisations socialistes ayant, du reste, attendu quatre ans avant de s'impliquer dans ce que Guesde et Jaurès avaient d'abord appelé une « guerre civile bourgeoise ») et devant la seule menace imminente d'un coup d'État de la droite monarchiste et cléricale, que les organisations socialistes représentées au Parlement (à l'exception, par conséquent, des syndicalistes révolutionnaires) allaient finalement accepter de négocier un compromis dit de « défense républicaine » avec leurs anciens adversaires de la gauche parlementaire. 

« C'est ce compromis — vécu, au départ, comme purement provisoire — qui constitue le véritable acte de naissance de la gauche moderne mais également, par la force de choses, l'un des points d'accélération majeurs de ce long processus historique qui allait peu à peu conduire à dissoudre la spécificité originelle du socialisme ouvrier et populaire dans ce qu'on appellerait désormais le « camp du Progrès ». 

« Processus de dissolution qui — en raison de l'hégémonie intellectuelle alors exercée par le parti radical — sera d'ailleurs très vite placé sous le signe privilégié de la « philosophie des Lumières » et de la lutte contre le « cléricalisme » et la « Réaction » (ce qui explique, en partie, les difficultés récurrentes qui seront désormais celles de la nouvelle « gauche socialiste » à penser le capitalisme autrement que comme un système fondamentalement  « conservateur », « réactionnaire » et tourné vers le passé). 

« Sans l'existence de ce pacte d'intégration progressive du mouvement ouvrier dans la gauche bourgeoise et républicaine d'Émile Combes, de Joseph Caillaux ou de Georges Clémenceau — intégration dont Jean Jaurès allait produire la légitimation philosophique la plus brillante —, il serait évidemment impossible de comprendre le sens singulier qui aura été celui du mot « gauche » tout au long du XXe siècle. »

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« Il convient de souligner que le PCF a, pour sa part, longtemps refusé de se définir comme un parti de gauche, privilégiant même explicitement, à partir de 1927, le mot d'ordre « classe contre classe » (une telle formule — précisait d'ailleurs le texte du Comité central — est d'autant plus indispensable que le Parti apparaît encore aux yeux d'un grand nombre de travailleurs comme le "parti le plus à gauche" et qu'une tactique mécanique de désistement pour le candidat de "gauche" placé avant le militant communiste laisse s'accréditer, en dépit de nos déclarations, l'apparence du Parti communiste "aile extrême du cartel de gauches" ou élément participant d'un néo-cartel »). 

« Ce refus, on ne peut plus clair, du PCF de se définir — dans sa période la plus révolutionnaire — comme un parti de gauche ou d'extrême-gauche, était même tel qu'il conduira André Siegfried — dans son Tableau des partis en France — à admettre (lui qui avait tant fait pour accréditer le dogme républicain du clivage gauche/droite) que le Parti communiste ne pouvait effectivement pas être considéré comme un parti de gauche « puisqu'il se rit de cette discipline républicaine que tout militant de la démocratie respecte » (Grasset, 1930, p. 172). 

« Quels que soient les mérites du « Front de gauche » et je les reconnais bien volontiers) on mesure donc tout le travail de réécriture de l'histoire que présuppose sa thématique officielle (pour ne rien dire, évidemment, de celui qui a été accompli, au sein du PCF lui-même, sous la très libérale direction de Robert Hue et de ses successeurs). »
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En contrepoint à l'historien de la philosophie, la sensibilité de l'artiste. « J'aurais voulu te suivre », Laurent Berger. Il a écouté des militants qu'il aurait voulu suivre mais bon, voilà… 

jeudi 13 mars 2014

Les mystères de la gauche 1/

La gôche bourgeoise parisiano-branchouille fait souvent dire à Jean-Claude Michéa exactement le contraire de ce qu'il a écrit. Elle le déteste tellement qu'elle m'a donné l'envie de me plonger dans ses écrits. Eh bien la gauche bourgeoise m'a offert une excellente lecture fort recommandable

Michéa est un auteur qui se lit le crayon à la main, un auteur qui utilise de très nombreuses références — historiques, sociologiques, philosophiques — bien peu lues. Sûrement trop difficile pour nos zélites de gôche qui veulent tant éduquer un peuple bovin alors qu'elles ne comptent depuis trente ans que des échecs lamentables à leur tableau de chasse.

Michéa fait des phrases kilométriques, ouvre des parenthèses et des tirets dans une même phrase et est moins facile à lire que Libération. Je vais pourtant t'en servir deux-trois extraits pour te donner l'envie de sortir du ronronnement des idées qui a tué jusqu'à la notion de transformation sociale. On commence par la propre présentation de Michéa de son essai Les mystères de la gauche aux éditions Climats.

« Que peut bien signifier aujourd'hui le vieux clivage droite-gauche tel qu'il fonctionne depuis l'affaire Deyfus ? Il me semble que c'est avant tout le refus de remettre cette question en chantier — et de tirer ainsi les leçons de l'histoire de notre temps — qui explique en grande partie l'impasse dramatique dans laquelle se trouvent à présent tous ceux qui se reconnaissent encore dans le projet d'une société à la fois libre, égalitaire et conviviale. 

« Dans la mesure, en effet, où la possibilité de rassembler le peuple autour d'un programme de sortie progressive du capitalisme dépend, par définition, de l'existence préalable d'un nouveau langage commun — susceptible, à ce titre, d'être compris et accepté par tous les « gens ordinaires » —, cette question revêt forcément une importante décisive. 

« Je vais donc essayer d'expliquer pour quelles raisons j'en suis venu à estimer que le nom de gauche — autrefois si glorieux — ne me paraît plus vraiment en mesure, aujourd'hui, de jouer ce rôle fédérateur ni, par conséquent, de traduire efficacement l'indignation et la colère grandissantes des classes populaires devant le nouveau monde crépusculaire que les élites libérales ont décidé de mettre en place. »

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« L'estaca », en français « Le pieu », une chanson de Luis Llach dans sa traduction interprétation de Marc Robine. 


vendredi 24 janvier 2014

En finir avec les processions !

La gauche fonce dans le mur en chantant toujours les mêmes cantiques ! / 8 

Tu entends le militant blanchi sous le harnais se plaindre d'une désaffection de « la jeunesse ». Vrai qu'on voit des manifs clairsemées où c'est pas seulement « la jeunesse » qui manque. « La vieillesse » ne participe pas plus. Aujourd'hui tu ne retrouves guère que des militants quasi professionnels — même quand ils ne sont pas rémunérés — que tu vois sur tous les fronts. 

Phrase souvent entendue : « Bah, de tout façon, Hollande ou un autre, ça ne changera rien pour moi / ça ne changera rien pour nous, les petits. » Bien des militants analysent ça comme un repli individualiste, ou consommateur, ou que sais-je. Mais de toute façon une question d'éducation, de formation, de télévision, d'air du temps ou de conscience politique. Bref, la faute des autres... 

Ben oui, il y a un problème d'éducation et de formation. Mais c'est le militant qui a besoin d'être éduqué ! Le militant ne réalise même pas que sa prose imbitable ne s'adresse qu'à des bac +++ et qu'elle élimine le plus clair de ses  concitoyens. Ou que le simple fait d'écrire est déjà éliminatoire quand tu sais que chez moi il y a plus de 14% d'illettrés. Le militant ne réalise même pas que sa manifestation ressemble davantage à un cortège funèbre qu'à une sauterie sympathique et que ça donne pas envie d'y participer. Le militant ne réalise même pas qu'une procession, avec marée de drapeaux rouges ou noirs, ne sert à rien d'autre qu'à se compter, que le gouvernement social-Medef en rigole et que l'employée de base le sait bien. 

Le mouvement antinucléaire s'est endormi, bureaucratisé à donf comme une bonne partie du militantisme. Alors ça donne la pêche de lire que certains ne s'y résignent pas, analysent les raisons des échecs et en tirent les leçons. Faudra que toute la gauche s'en inspire... 

« Une nouvelle fédération pour les militants et les groupes anti-nucléaires est en train de naître. […] Ce qui est important c’est qu’elle va être très ouverte et très active. Elle rassemblera tous ceux qui veulent agir différemment, individus ou groupes. Elle fera tout ce que ses composantes décideront ou presque. 

« Elle ne fonctionnera pas exclusivement selon la méthode d’un consensus trop réducteur. Parce que, en effet,  pour mettre tout le monde d’accord sur un projet, finalement on ne fait rien, ou on se limite à des promenades de bisounours au bord des routes au milieu de nulle part ! […] 

« Elle utilisera au maximum les moyens d’échanges et de décisions rapides via internet. On ne peut plus au 21ème siècle fonctionner avec un système de motions à envoyer avant le 15 octobre 2013, votées le 15 janvier 2014, budgétées en septembre... 

« Elle aidera les groupes locaux dans les différents bassins nucléaires et bassins thématiques à être efficaces. Elle saura faire la différence entre un sympathisant, un militant, un communicant, un scientifique, un leader d’opinion, un politique... 

« Et ne dites pas  : Catastrophe, ils sont en train de briser le mouvement antinucléaire ! Non, au contraire il s’agit de le dynamiser. Et les AREVA, EDF, CEA, ANDRA... vont bientôt subir les assauts d’une nouvelle opposition. Et il y a en France la place pour plus d’une fédération d’anti-nucléaires. […] 

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Cucul, une chanson d'Emmanuel Lods et Philippe Biais. Au piano Bernard Joyet, chanteur. Au chant Nathalie Miravette, pianiste. Quatre minutes de poilade.

mardi 14 janvier 2014

Reprends ton souffle, camarade, lève la tête !


« Notre stratégie politique, au plan mondial comme multinational, a permis à Marion Anne Perrine de gagner le monopole des cœurs en peine. Le changement, c'est maintenant ! »

« Notre stratégie économique, pour les pauvres comme pour les moins riches, a permis de percevoir plus de contributions, directement ou indirectement, mais toujours bénévolement, et sans augmenter le SMIC. Le changement, c'est maintenant ! »

« Notre stratégie sociale audacieuse a permis d'accroître la misère des uns et la fortune des autres, tout en réduisant significativement de 0,1% l'augmentation du nombre de feignants en fin de droits. Le changement, c'est maintenant ! »

« À l'aube de la nouvelle année dont nous voyons poindre l'aurore aux doigts de rose dès potron-miaou, je viens, je vais, je veux rendre un hommage vibrant et particulier, oui, un hommage particulièrement vibrant aux ministres intègres qui planquent leur flouze et leur linge sale dans une lessiveuse made in France. Le changement, c'est fini ! »

« Je salue complaisamment, gracieusement, et poliment, le Catalan au sourire si doux dont la gentillesse — légendaire, doit-on le dire ? — a permis de refouler hors de nos eaux territoriales les eaux usées qui s'évadent inlassablement de Fukushima et d'éloigner le spectre d'une marée noire ou même seulement basanée. Le changement, c'est fini ! »

« Je vous ai compris, Citoyens ! Vous voulez que les impôts baissent ? Qu'il y ait du travail pour tous ? Que l'inflation soit stoppée ? Nous ne pouvons rien faire pour le moment... mais dès que nous le pourrons, nous ferons le double ! »

Et Lou, qui tient un carnet plutôt consacré à la littérature et aux arts, ne souhaite pas trop être regardé aussi comme un blogueur politique !


Mon ami François m'envoie ses vœux pour la nouvelle année. Un long texto, c'est moi qui graisse :

« Comment te dire… pour ce qui vient, là ? Il ne faut rien espérer mais entreprendre. Rien ne sera donné et tout est à prendre. Ceux qui disent que nous rêvons dorment encore. Aucune société n'est irrémédiable, aucun Moyen-Âge définitif. "Reprends ton souffle, camarade, lève la tête !" » (C'est le refrain d'une chanson pour donner la pêche.)

« Un Marocain, devant le train, m'a dit ce soir : Bonne année ! Mais regarde-le, ce pauvre hère, il a une bière, il veut s'assoir. Comme toi, il avait une famille, il est blanc. Il a l'âge de ton père mais là il est seul à boire. On ne se connaît pas mais on se réchauffe, maladroits. Tout ce qui nous reste est d'être Hommes. Les mains se serrent, les mains se donnent. Révolution ! Mon dernier mot, notre seul accord, pour vaincre l'impasse, la rue et la mort. Reprends ton souffle, camarade, il est à toi. À nul autre que ceux que tu voudras il ne servira. »


Mon vieil ami Yannis m'envoie de ses nouvelles. On a passé une journée ensemble voici peu. Son film sur la Grèce, qui donne le moral avec l'envie de retrousser ses manches, tourne le feu de l'enfer. Déjà traduit en seize langues :

« Voilà 30 ans que la mère Thatcher nous a balancé son TINA (there is no alternative !) dans la poire, en instaurant la résignation qui colle à leur canapé nos amis fatalistes. Aujourd'hui Thatcher s'appelle Merkel mais le piège est le même : on veut nous faire croire qu'on n'aurait pas d'autre choix que la mondialisation marchande, autoritaire et antisociale ou le repli nationaliste dans l'odeur du sang. Bleu ou bleu marine, la peste ou le choléra, l'abattoir ou les loups, l'esclavage dans les deux cas. NE VIVONS PLUS COMME DES ESCLAVES !

Un catho, un écolo, un anarcho. Trois révoltés. Trois humains. Mes frères.

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Juillet 1936, Serge Utgé-Royo. « Donne-moi ta main, camarade / Prête-moi ton cœur compagnon / Nous referons les barricades / Et la vie, nous la gagnerons. »

jeudi 9 janvier 2014

Silence on tue !

La piscine municipale a été fermée pendant un bon moment « pour rénovation ». Après sa réouverture elle a tout gardé de son cachet vieillot. On se gratte la tête en se demandant ce qui a été rénové. Et puis on oublie vite ce petit mystère non élucidé.

Au hasard d'une discussion avec un copain, des mois plus tard, on apprend que cette piscine a été désamiantée. La piscine n'est pas seule. Nombre de bâtiments municipaux sont isolés à l'amiante. Le copain nous apprend que les travaux de désamiantage se font toujours en catimini. Toujours les mêmes prétextes de « rénovation » ou de « réaménagement des locaux pour des espaces plus fonctionnels. »

À l'occasion la mairie ment sans vergogne quand elle se retrouve acculée devant des questions embarrassantes. Euh ben voui il y a de l'amiante, mais pas d'inquiétude, elle est emprisonnée dans le béton et du coup ça ne risque rien du tout. 

Alors bon, mesdames, on le sait depuis belle lurette mais on ne vous a jamais rien dit. La bibliothécaire travaille depuis dix-vingt ans dans une atmosphère chargée en fibres d'amiante. Et passer l'aspirateur n'est guère moins dangereux que marcher dans un champ de mines même si le résultat est plus lent. Menfin bon, on ne va quand même pas se soucier du sort d'une femme de ménage ou d'une bibliothécaire. Tu n'imagines pas qu'on va aller leur dire qu'elles ont vécu dangereusement durant des années. Et puis c'est quand même pas trop facile de leur annoncer qu'elles risquent de finir prématurément d'un cancer parce qu'elles ont travaillé en atmosphère contaminée. Surtout que, bon, faut quand même pas dramatiser. C'est comme au loto, on est pas sûr de tirer le mauvais numéro. Surtout pas de vagues… c'est la politique de la mairie.

Un employé de la piscine « rénovée » est en train de mourir sur son lit d'hôpital. Surtout pas de vagues. Alors un comité théodule prétend que son cancer, un mésothéliome, n'est en rien dû à son travail à la piscine. Meuh non rien à voir. Il a très bien pu être contaminé avant quand il bossait dans le privé il y a trente ans. Et puis il bossait dans la piscine depuis son embauche à la ville et il n'y a pas d'amiante dans la piscine. Tu peux même aller vérifier. Tu vois, ça prouve bien que la Ville n'est pas responsable… 

Où est passée l'amiante ? demande avec insistance la veuve d'un ouvrier mort de l'amiante. Tu la liras sous une précédente bafouille qui en causait. Comme tu liras Catherine, une autre veuve de l'amiante. Beaucoup de colère en peu de mots.

Certains reprochent au FdG de se préoccuper d'écologie. Ils souhaiteraient que tout l'effort porte sur le seul domaine social. L'écologie serait une gentillette préoccupation de bourgeois écervelés. Les maris et leurs copains de boulot décédés ou l'employé municipal en train de mourir d'un mésothéliome dans ma ville, est-ce que ça relève de l'écologie ou bien du social ? Comment fait-on la distinction ? On pourrait aussi parler du nucléaire où tout le sale boulot est fait par des intérimaires assurés de mourir dans les dix ans. Ou des encres toxiques qui tuent lentement les imprimeurs. Ou des peintures toxiques dont un copain peintre est mort après une courte retraite. Ou d'une foule d'autres produits dangereux dans le bâtiment. Ou des biocides dont les travailleurs agricoles sont les premières victimes d'une longue liste. Ou des dizaines de milliers de produits d'une chimie envahissante dont les travailleurs sont toujours les premiers à payer le coût écologique. Comment fait-on la distinction entre question écologique et question sociale ? 

Voilà un truc que je ne parviens pas à comprendre. Comment peut-on être de gauche ou syndicaliste et rester silencieux sur les catastrophes écologiques ? Ce sont pourtant les plus fragiles et les plus pauvres qui paient les désastres écologiques au prix le plus lourd aussi bien au travail que dans la vie quotidienne. Comment peut-on se taire devant l'énorme inégalité d'espérance de vie selon l'origine sociale ? Qui va prendre la défense des ouvriers et de leurs veuves si on ne ne doit pas parler d'écologie ? Si une veuve n'a pas le droit moral de demander des comptes ou de demander où est passée l'amiante ?

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Verdun, une chanson de et par Bernard Joyet filmé par Éric Nadot de Tranches de scène« Tout est sérénité dans mon joli jardin / Si je me penche un peu, quelle métamorphose ! / Si je me penche encore, alors là, c'est Verdun ! »

dimanche 5 janvier 2014

En finir avec l'augmentation du Smic ! (bis)

La gauche fonce dans le mur en chantant toujours les mêmes cantiques ! /7
Le titre est une provocation. Mais François, fidèle lecteur de ce blogue, ne l'a pas compris. Il n'a parlé à la suite de ma première publication que de « coût du travail » et de « pacte de responsabilité pour la compétitivité de nos entreprises. »  Faut dire que ce pauvre garçon est constipé de la comprenette… 

On partait du point de vue du sans-salaire pour faire entendre que l'augmentation du Smic n'est pas une panacée universelle. Menfin, François, arrête tes conneries, on t'a jamais parlé de « diminuer le coût du travail » ! L'inflation a bouffé les augmentations successives du Smic. Le Smic et l'inflation, c'est le chien essayant d'attraper sa queue… On veut que l'inflation ne grignote plus une « augmentation » obtenue par exemple sous la forme des transports publics gratuits, du logement gratuit ou d'une CMU, couverture maladie qui serait vraiment universelle. Parmi une foule d'autres idées pour changer la vie, un commentateur a même proposé l'habitat salarié pour éviter la dépopulation des campagnes.

Le salaire minimum a un aspect secondaire pernicieux. François, toi mon cochon, tu réduis en douce le salaire minimum via l'inflation. Pas de brutale douleur intolérable d'où pas de fort rejet immédiat. Alors que revenir au paiement de services gratuits depuis longtemps est un changement — tu te souviens plus, François, que tu nous as saoulés avec ce mot ? — plus difficile à conduire sans contestation forte. Imagine un instant les réactions si l'école devient brutalement facturée à coût réel… 

Quand on provoque à propos du salaire minimum, on veut en venir à l'universalité dans les faits et pas seulement dans un principe abstrait mais sans consistance dans la réalité. Et la réalité c'est que celles qui perçoivent peu ou pas de salaire sont très nombreuses. Pas de différence de traitement entre les personnes en fonction de ceci ou cela. On veut les mêmes droits pour tous ! Parce que tous les êtres humains ont besoin de manger, se loger, se chauffer, se cultiver, se rencontrer, etc. Même s'ils n'ont pas, ou si on ne leur laisse pas, la possibilité d'apporter une contrepartie. Les enfants, les vieillards, les handicapés et les chômeurs, on les tue ? Ça ira plus vite que le froid et la faim !

Quand on provoque à propos du salaire minimum, on recherche des voies pour la gauche de gauche autres que celles qui ont échoué. La régression sociale est ahurissante en 2013 si on regarde avec des yeux de 1983. La gauche de gauche d'aujourd'hui devrait faire des résultats de république bananière avec une aura de « sauveur de la nation ». On en est loin. S'interroger sur les raisons de cette indifférence nous impose de remettre en cause même les dogmes les mieux gravés dans les Tables de la Loi d'où l'emploi par dérision / provocation d'un vocabulaire religieux. 

La gauche d'avant-hier, politique comme syndicale, a involontairement contribué à émietter le peuple par ses revendications et ses conquêtes sociales. On a obtenu un truc spécifique pour les cheminots, ou pour les ouvriers du bâtiment, ou pour les moins de 25 ans, ou pour certains des petits revenus, ou pour les salariés du commerce, ou pour les handicapés en fauteuil roulant, ou pour les enseignants, ou pour les employés du A, ou pour les retraités du B, ou pour les mères seules… Exemples à l'infini. Cela a généré des multitudes d'îlots comme des multitudes de rancœurs envers tel ou tel îlot. Tu connais celles envers les fonctionnaires ou les « assistés », envers les immigrés ou les jeunes, envers « le public » ou « le privé »… Même dans dans les commentaires de ce blogue on retrouve cet éparpillement qui fait si bien les affaires du patronat.

François, il a eu une érection post-prostatique suivi d'un orgasme libéral en lisant ma pseudo-remise en cause du salaire minimum. Certains me reprochent gentiment cette provocation. On ne veut pas opposer salaire et revenu, ou salaire et gratuité, mais on veut attirer l'attention sur cet angle mort trop négligé de la gauche : le et la sans-salaire. Le lumpenprolétariat disait un vieux barbu.

Car la boussole de la gauche de gauche c'est le souci des plus pauvres (les assistés) ou des plus oubliées (les salopes) qui doivent passer avant tout. En pratique et pas dans un discours abstrait que même François Hollande serait d'accord aque ça mange pas de pain de chanter pour tous les zenfants qui ont faim. Si tu pilotes toujours en fonction de cette boussole, tu ne risques pas de te tromper. Mais faut dire où conduit la boussole. Un sociologue, ou un commentateur du blogue, remarquera qu'il faut surtout le montrer en pratique (« les radicalités concrètes »parce qu'aujourd'hui les discours, si bons soient-ils, ne passent plus tant les gens sont fatigués d'entendre… de la langue de bois.
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L'idiot de Stephan Reggiani, fils de l'autre. « Prenez garde à l'enfant sage / Sous son front roulent des orages. » L'orchestration est moyenne mais texte, mélodie et voix sont de première qualité. 

jeudi 2 janvier 2014

Chanson intemporelle et légende contemporaine.

Une bonne vieille chanson sortie du fond des âges. Un refrain qu'on chantait à pleins poumons pour se donner du cœur au ventre dans les coups de tabac au temps des grands voiliers. Une musique polie par des générations de petits mousses et de vieux loups de mer. C'est comme ça que l'on présente parfois Ohé ohé du bateau ! Ainsi naissent les légendes... 

Dans la réalité sans dec les mecs la chanson est signée, paroles et musique, de Jacques Yvart. Qui la présente comme « toute nouvelle » dans cet enregistrement public fait en 1977. Comment on devient un « anonyme du XXe siècle » ? (Une formule de Guy Béart.) En écrivant des chansons qui apparaissent de suite comme intemporelles et immortelles.

Jacques Yvart  a fait ses débuts en chanson, bien jeunot, en 1958. Il a acquis une certaine renommée en France dans les années 1970. Avec des chansons de marins. Mais il a fait des chiées de chansons sur des tapées de thèmes. Les hommes. La paix (avec des textes de Louis Aragon, Jean Rostand, Georges Brassens et Jean Giono.) Des disques en espéranto. D'autres en flamand, sa langue régionale de presque Belge. La mise en musique d'une foule de poètes. Une quantité de chansons écrites avec des enfants. D'autres écrites avec des autistes.

Vingt-six tournées en trente ans aux États-Unis. Où l'on aime la formule voix / guitare depuis bien longtemps. Souviens-toi de Woody Guthrie, de Pete Seeger ou de Bob Dylan qui, même devenu mondialement célèbre, n'hésitait pas à chanter tout seul à la guitare (avec un harmonica). 

Cette version d'Ohé ohé du bateau ! a été enregistrée en public aux USA. C'est pourquoi on entend Jacques Yvart dire quelques mots dans la langue de Mickey. Sur des campus d'universités d'où le titre On campus et la collection de T shirts sur la couverture du disque. 

Le texte d'Ohé ohé du bateau ! on dirait qu'il a été écrit juste spécialement pour être publié par le blogue Partageux :

« Dis-moi beau navire / Pour qui tu navigues / Et quel est ton pavillon / S'il est noir et rouge / Nous ferons la route / Qui nous mène à l'horizon. 

« Et notre flottille / Quille contre quille / Poussée par des vents certains / Délivrera nos frères / Qui rament aux galères / C'est bientôt le grand matin. »