Partageux rencontre des personnes cabossées par notre société libérale, change leur identité et ne mentionne ni son nom, ni sa ville pour qu'on ne puisse les reconnaître. « Devant la servitude du travail à la chaîne ou la misère des bidonvilles, sans parler de la torture ou de la violence et des camps de concentration, le "c'est ainsi" que l'on peut prononcer avec Hegel devant les montagnes revêt la valeur d'une complicité criminelle. » (Pierre Bourdieu) La suite ici.

vendredi 27 mars 2015

Monsanto tue sans compter.


Le glyphosate, une molécule produite par Monsanto pour les herbicides et pesticides, vient d’être classée comme « probablement cancérogène » par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ), une agence de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) basée à Lyon. « L’in-formation est énorme. En France, un champ de blé sur trois est traité au glyphosate. En Europe, pas moins de 400 entreprises en commercialisent, à travers 30 désherbants différents. Ailleurs dans le monde, une bonne partie des maïs et soja OGM ont été conçus pour être « Roundup ready », c’est-à-dire résistants au glyphosate. Ce qui permet d’épandre du glyphosate sur un champ et y tuer toutes les plantes sauf les OGM. Ce qui permet à Monsanto de vendre à un agriculteur à la fois la plante et l’herbicide. Génial. » 

Mais comment qu'on va se débarrasser des mauvaises herbes si qu'on est bête au point d'interdire les herbicides ? se demandait en substance un site fort mal nommé Alerte environnement voici quelque temps. J’avais envie de poster un commentaire. Mais à quoi bon ? En effet ce site se fait l’avocat permanent de l’industrie chimique comme de toutes les saloperies notre époque, industrie nucléaire comprise.

Quand j'étais gosse, et c'était tout de même pas au Moyen-Âge, on n'utilisait pas de désherbant. On ne passait jamais non plus de girobroyeur, de débroussailleuse ou de tondeuse énergivores sur les bords des routes de ma commune rurale. L'herbe était pourtant toujours rase et les haies parfaitement taillées.

Il y avait la mère B. — on l'appelait la mère biquette — qui poussait son troupeau de chèvres en toute saison. Elle n'avait guère de champs, cette brave veuve, et ses chèvres mangeaient gratis les bas-côtés des routes et chemins. Fallait juste les suivre. Quand les céréales étaient moissonnées, la mère B. laissait ses chèvres brouter aussi dans les champs. Pour surveiller ses chèvres elle s'installait confortablement sur son pliant, avec son immense parapluie qui la protégeait du soleil comme de la pluie, et elle lisait son journal. Sur la fin de mon adolescence je me souviens l'avoir vue aussi en compagnie d'un poste à transistor. Le Moyen-Âge, te dis-je...

Le père P. promenait lui aussi ses moutons toute l'année. Moutons qui mangeaient ce que les chèvres avaient dédaigné. Les deux troupeaux assuraient un entretien parfait de toute la voirie communale. Complémentaire des vaches laitières qui ne rentraient pas à l’étable sans prendre une goulée de ci de là. Ça ne coûtait pas un seul cancer et ça produisait du lait et des côtelettes. 

Comme une chiée de gosses, la mère B. et le père P. je les ai souvent accompagnés, grimpé sur mon petit vélo. Ça ne coûtait pas un seul salaire d'éducateur de rue et ça assurait le lien social entre les générations. Tellement on en avait qu'on ne savait même ce que c’était. Le lien social. On avait aussi une initiation au travail manuel. Et je pense que je saurais encore traire une chèvre. C'est comme le vélo, ça s'oublie pas. 

Et puis Monsanto et ses acolytes sont arrivés.
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Dessin de Rodho emprunté ici à Bastamag. Les vagues de et par Mathieu Rosaz, un fils spirituel de Barbara. Un disque enregistré naguère dans feu le Café Ailleurs qui a été une très importante pierre blanche dans l'histoire de la chanson. Salut chaleureux à Boris et toute l'équipe qui a enchanté les nuits d'une petite rue de la Bastille.


jeudi 26 mars 2015

Ce fossé entre les discours et la réalité.


Un bon dossier bien fouillé sur le FN et pas une copie de plus avec du prêchi-prêcha inutile. Tu l’aurais déjà lu si tu étais abonné à Fakir qui est l’une des toutes meilleures publications politiques du moment. […] le discours du Front national, et même son discours social, n’explique qu’à la marge ses succès électoraux d’hier et de demain. C’est dans les abandons successifs de la gauche gouvernementale, dans ses navrantes expériences au pouvoir, dans ses renoncements à lutter contre le libre-échange, contre la finance, contre une monnaie forte, contre les dogmes bruxellois, et au final contre ce mal endémique, le chômage, c’est ici que demeure, pour nous, la cause majeure de la réussite des Le Pen : un boulevard ouvert dans les classes populaires. Qu’on y ajoute les responsabilités de l’autre gauche, la « vraie », la puérilité de ses divisions, la timidité de ses positions, elle qui échoue jusqu’ici à incarner une voix de secours.

Alors que Radio France est en grève, Daniel Mermet nous offre un long et fort intéressant texte qui retrace l’histoire de la création de la radio nationale. Tu peux en profiter pour t’abonner à Là-bas si j’y suis. C'est moins cher que Médiapart et tu n'auras à souffrir ces désagréables remontées gastriques que Mediapart a le talent de nous infliger. [...] France Inter construit une image fausse de la société par rapport aux structures sociales réelles. De même que la propagande soviétique éliminait grossièrement les indésirables de la photo officielle, on assiste ici à l’élimination des catégories disgracieuses : demandeurs d’emplois, retraités, femmes au foyer ou encore « jeunes des quartiers ». Ce mépris profondément ressenti, se traduit par un rejet des médias et des journalistes dans les quartiers populaires. Pour plus de 65% des Français (surtout chez les jeunes) les journalistes sont incapables de résister aux pressions de l’argent, des partis politiques et du pouvoir. Un rejet qui n’est pas sans lieu non plus avec le vote Front National.

La laïcité, c’était la séparation de l’Église et de l’État. La liberté de conscience garantie par la loi. La nouvelle laïcité, c’est l’exclusion des croyants et des peaux bronzées. « Ce qui me frappe dans le débat public, c’est une définition implicite de la laïcité qui ne correspond en rien à celle de notre Constitution, du droit européen et international, observe le sociologue Pierre Merle. Une laïcité qui interdit les manifestations religieuses plutôt que de les respecter, qui conduit à des logiques d’exclusion au lieu de favoriser le vivre-ensemble. » La nouvelle laïcité, c’est juste du racisme où musulmans et supposés musulmans en prennent plein la gueule. « On en vient à dire à des jeunes filles originaires d’Albanie ou du Moyen-Orient que leurs jupes sont trop longues, qu’on ne s’habille pas comme ça en France ! Je ne peux pas y voir autre chose qu’un vulgaire racisme. »

« L’école républicaine » et la machine administrative rejettent avec bonne conscience les enfants qui ne sont pas conformes. Si ton enfant présente un handicap, tu as intérêt à être plutôt argenté, patient et bien outillé du bocal pour le parcours du combattant à la MDPH. [...] Puis, quand le dossier enfin est parvenu au sommet de la pile, après deux à trois ans d'attente, qu'il a été examiné, c'est au tour des commissions de se mettre en branle. Elles exigeront la présence d'un membre de la famille, naturellement en semaine, pendant les heures de travail et en un lieu souvent éloigné. Quand on a un enfant handicapé, la vie n'est déjà pas très facile ; se libérer pour répondre aux exigences de cette structure enfermée dans sa tour d'ivoire devient impossible. Le dispositif, s'il ne vise pas à éliminer les plus modestes, finit cependant par laisser sur le bord de la route les familles les moins solides, les plus désorientées par l'intrusion du handicap dans leur vie personnelle. Clairement, on se trouve devant des procédures de classe qui écartent les plus humbles par le découragement, l'incompréhension ou le dénuement. Ça rend teigneux de lire ce billet où l'on sent qu'il y a du vécu. Ça rend teigneux de voir ce fossé permanent entre le discours et la réalité.
———

Bernard Haillant chante Dick le Mélanésien l’oreille sur la minicassette d’une chanson de Dick Bône.  

jeudi 19 mars 2015

La peur d'la corde ou du poteau


On estime qu'un million et demi de Français ne bénéficient d’aucune couverture médicale car les démarches sont trop compliquées. Les pouvoirs publics rechignent à simplifier les formalités car cela permet à l’État d'économiser 5 milliards d’eurosUn dossier de CMU, couverture maladie universelle, c’est 16 pages à remplir avec une centaine de cases à cocher. [Si tu es constipé de la comprenette, faut te le répéter, comme à ce gouvernement grec démagogue qui veut nourrir, loger et éclairer tous les Grecs.] Mais simplifier les démarches et permettre aux plus démunis de bénéficier de l’ensemble de leur droits coûterait 5 milliards d’euros

Sénatrice écologiste de Seine-Saint-Denis, Aline Archimbaud a tenté de faire voter un amendement pour rendre automatique l’accès à la CMU pour tout bénéficiaire du RSA. Mais on lui a clairement fait comprendre que cela coûterait trop cher. [On te l’a déjà dit mais tu n’écoutes pas.]

Des perturbateurs endocriniens dans les cheveux des parisiennesAu moins une vingtaine de perturbateurs endocriniens (PE) — avérés ou suspectés — seraient présents dans les cheveux des femmes urbaines en âge de procréer. C’est le principal message d’une étude rendue publique jeudi 12 mars par l’association Générations futures, financée par le Conseil régional d’Ile-de-France. Ces résultats se fondent sur l’analyse des cheveux d’une trentaine de jeunes femmes de 20 à 35 ans, vivant principalement à Paris et en banlieue parisienne [...]

Le cancer est évitable, à condition d’éradiquer les cancérogènes en milieu de travail, dans l’environnement et la consommation. Pourtant, dans le champ de l’épidémiologie, des chercheurs s’obstinent à produire des modèles statistiques dénués de sens par rapport à la réalité dramatique du cancer. L’outil mathématique utilisé pour cette production de l’incertitude donne à la démarche l’apparence de la rigueur, de l’objectivité, pour tout dire de la science. Surtout, cela rend quasi impossible l’échange et la discussion entre, d’une part, les travailleurs et citoyens, victimes de cancers associés à l’exposition aux substances toxiques. […]

Bon appétit braves gens ! C’est un vieil article qui hélas n'a pas vieilli.  « Des substances réputées sans effet pour la reproduction humaine, non neurotoxiques et non cancérigènes ont, en combinaison, des effets insoupçonnés. » Effets insoupçonnés, éventuellement cancérigènes, ouvrant la voie — peut-être — à des maladies neurodégénératives comme Parkinson, la sclérose en plaques ou Alzheimer. […]

De Clichy-sous-Bois sont parties les émeutes de 2005 à la suite de la mort de Zyed et Bouna. La leçon a-t-elle été entendue ? Heu... Un long reportage te détaille cela« De sa fenêtre simple vitrage où s’engouffre le froid en hiver, on aperçoit les premiers immeubles de l’Etoile. C’est le deuxième ensemble dégradé. Ce jour-là, une poignée de Clichois, regroupés devant l’allée Joachim Du Bellay, discutent inquiets. Depuis quinze jours, dans les caves de leur immeuble stagnent les eaux usées. Des odeurs nauséabondes refluent jusque sur le trottoir. « Nous avons alerté l’Agence régionale de santé. C’est comme ça que se déclenchent des tuberculoses, c’est déjà arrivé en 2011 au Chêne Pointu, s’emporte Ahmed, propriétaire d’un F3. Aujourd’hui, un camion est venu pomper, envoyé en urgence par le service hygiène de la mairie, mais on nous annonce 17 800 euros de facture ! On ne pourra pas faire face ». 

« Y’a plus d’sous » est l’éternel refrain de nos gouvernants. Basta ! te raconte où est passé le pognon. Article illustré avec des compteurs qui relèvent de la psychiatrie aque faut être siphonné pour penser que tout ça va durer éternellement. « Les produits dérivés sont une arme de destruction massive », affirmait le milliardaire américain Warren Buffett il y a dix ans. Les produits dérivés, ce sont ces produits financiers à l’origine de la crise financière de 2008. Sept ans plus tard, malgré les grandes promesses de régulation, la spéculation sur les produits dérivés est reparti de plus belle ! Une spéculation totalement déconnectée de l’économie réelle. Qui paiera lorsque ce fragile château de cartes vacillera de nouveau ? Regarder en direct défiler les chiffres de ce casino démesuré donne le tournis. » 
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Hiver 1943-printemps 1944. Pierre Dac chante sur Radio Londres sa parodie d’une chanson à la mode. « C’est la complainte des nazis / C’est la complainte des pourris / Qui met au ventre des salauds / La peur d’la corde ou du poteau / Elle accompagne en quelques mots / L’agonie de l’ordre nouveau / À vos potences hommes de Vichy / C’est la complainte des nazis. » Et si on redonnait la peur de la corde aux barons de la finance ?

samedi 14 mars 2015

Putain de maréchal

La peste brune dans les urnes. Y’a des antécédents. En ce temps-là, comme aujourd’hui, les députés fauxcialistes avaient voté « autorité et fermeté ». Michel Boutet chante  « Putain de maréchal ». Enregistrement en public au festival de Barjac avec Delphine Coutant au violon et Jacques Montembault au piano.
Ça s’passe à la fin d’une époque
Un village au fond du Maroc
Ils avaient pas tout bien compris
Qu’on leur voulait qu’du bien, ma mère
A preuve on avait des prières
Qui valaient mieux qu’les leurs, pardi !

Mais eux c’est mauvaise volonté
Et puis tendance à comploter
Contre la patrie nourricière
Ces gens-là, c’est moins que des bêtes
Faut leur enfoncer dans la tête
On verra qui c’est les plus fiers

Alors les avions en rase-mottes
Font tomber mieux qu’à Gravelotte
Le feu, le fer, la fin du monde
Si bien que quand l’soleil se couche
C’est un vrai bonheur pour les mouches
Y a qu’des macchabées à la ronde

Quand viendra l’heure de Guernica
C’est Franco qui s’en souviendra
Mais en passant, je vous signale
Que celui qu’a inventé ça
C’était un bon soldat françois
C’était un putain d'maréchal

On le sait depuis Charlemagne
Fallait pas inventer l’Allemagne
Fallait la laisser dans ses limbes
Mais sale manie, vieille habitude
On aime se la sauter bien rude
Et y en a pas un qui regimbe

On part au front tout étoilé
De rires, de fleurs, de doux baisers
Les femmes embrassent leur pioupiou
Mais ceux qui reviennent au village
Ils sont finis ils ont plus d’âge
Quand ils sont pas restés dans l'trou

C’est tellement une évidence
Comme dit monsieur Anatole France
On croit mourir pour la patrie
Mais au petit jour dans l’décor
On voit seulement fumer les morts
Dont s’est bien nourrie l’industrie

Et ceux qui s’arrêtent et qui disent :
« Il serait temps qu’on fraternise »
On les fusille au matin pâle
Chez Satan on fera les comptes
Le chef du p'loton de la honte
C’était ce putain d’maréchal

La France a une petite santé
L’cœur fragile, la rate dilatée
C’est sûr, elle est pas résistante
Alors elle suit son régime
Boit d’l’eau d’Vichy, c’est pas un crime
Puis elle s’endort bien contente

Pendant ce temps-là des trains saignent
Mais ne réveillent pas Compiègne
Ni Saint-Pierre-des-Corps, ni Mulhouse
Pendant ce temps-là des bons gars
Trafiquent du rutabaga
En multipliant par Pie Douze

Hitler tout seul n’existe pas
Faut être des millions pour ça
À mettre sa pierre à l’édifice
Et le vieux soudard à moustache
Dans son héroïsme sans tache
Est le plus zélé des complices

C’était pour le moins imprudent
Qu’un certain de nos présidents
Le remette sur son piédestal
Il y a des gerbes de fleurs
Qui parfois me soulèvent le cœur
Comme ce putain d’maréchal

Aujourd’hui au fond d’ma baraque
J’entends mon vieux pays qui craque
Y’a comme une odeur de moisi
Y’a des chiens prêts à mordre
Y’a des nostalgiques de l’ordre
Bave aux naseaux, nouveaux nazis

Mais le pire de tout c’est les mecs
Qui sans vraiment l’dire couchent avec
Rêvent d’une France qui marche au pas d’l’oie
Font la morale aux mendigots
Puis les écrasent comme des mégots
Putain d’maréchal, les voilà !

Avant qu’on envoie nos enfants
Nos doux niños, nos innocents
Un jour faire la guerre pour des prunes
Des prunes ou quelques monuments
Et que les marchands soient contents
Et qu’on chope la peste brune

Faudra s’débarrasser d’ces cliques
Et s’inventer des Pacifiques
Où on déposera nos malles
Sur ces plages où certains jours
On aura tant dansé l’amour
Que ça fera rire les étoiles

mercredi 11 mars 2015

Ils ne savent pas ce qu'ils vont manger ce jour


« Sur 50 000 consultations on a 98% de personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté. Dans nos cohortes de patients c’est près de 12% de mineurs qui viennent nous voir alors que théoriquement ils devraient avoir un accès inconditionnel aux soins dans le dispositif de droit commun. […]

Une grande majorité de personnes que l’on voit aux centres de santé sont en insécurité alimentaire. C’est à dire qu’ils ne savent pas forcément ce qu’ils vont manger le jour même, qu’ils n’ont pas forcément une alimentation équilibrée et ça frappe aussi les enfants. Un tiers des personnes n’ont pas de logement stable. On est face à une précarité qui est extrême. […]

Il y a très peu d’abus. La grande majorité des gens que nous, nous voyons au quotidien et Médecins du monde c’est plus de 50 000 consultations, donc c’est assez significatif. Les personnes, qu’elles soient françaises ou non, vivent dans des logiques de survie, essaient de trouver un job, essaient de scolariser leurs gamins, essaient de les faire bouffer normalement et elles ont autre chose à penser que de truander la Sécurité sociale à longueur de journée. 

De fait lorsqu’on voit qu’on a 40% de retard de recours aux soins dans nos populations ultra-précaires et que d’autres enquêtes qui montrent que c’est 30% de Français précaires qui retardent leur soins pour des soins dentaires, pour des soins ophtalmos mais de plus en plus pour des soins courants. Continuer à dire que les précaires sont des parasites qui abusent, c’est tout simplement insupportable. 

Je le redis, la situation est grave, et on n’a pas l’impression que les autorités aient pris la mesure de ce qui se passe concrètement sur le terrain. On a pour l’instant des mesurettes plus que des véritables politiques objectives de lutte contre l’inégalité. » 

Celui qui cause, c’est le docteur Jean-François Corty, directeur des missions France de Médecins du Monde. Tu liras et écouteras in extenso le toubib sur le site Actuchomage. Ça dure 6 minutes 48.

Et en l'écoutant tu penseras à la gauche. Ta gauche à toi parle-t-elle chaque jour ou presque de ce désastre ? Est-ce l’un de ses trois-quatre thèmes les plus importants ? Que fait ta gauche à toi face à cette catastrophe ? Ta gauche à toi cite-t-elle Jacques Prévert qui écrivait pour le groupe Octobre : « Il est terrible le petit bruit de l’œuf dur sur le comptoir d’étain. Il est terrible ce bruit quand il remue dans la mémoire de l’homme qui a faim. » Ta gauche à toi se réfère-t-elle à Panaït Istrati, — écrivain prolo dont toute l’œuvre dépeint le petit peuple — qui a écrit les affres de sa mort à petit feu d’une tuberculose pas soignée faute de moyens ? 

Environ dix millions de personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté. Paraphrasons le docteur Corty : La situation est grave et on n’a pas l’impression que la gauche ait pris la mesure de ce qui se passe. 

Aujourd’hui chouette soleil printanier. Les allocataires de mon Resto du cœur attendent sur le trottoir de l’autre côté de la rue pour profiter du soleil. Mais pourquoi diable les gueux voteraient-ils pour des cravates rouges plutôt que pour des cravates rosâtres ou bleues ? 
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Âme debout, Catherine Ribeiro + Alpes. « Âme debout / Qui se rend résignée chaque jour à l’usine / Aie pitié de toi. » 

lundi 9 mars 2015

L'histoire d'un quartier oublié

Dalipas, chômeur et blogueur, est découragé. « Un certain temps que je publie à cadence ralentie… Grande, très grande lassitude. […] J’écris aux politiques qui ne me répondent pas davantage que les employeurs auxquels je propose mes services. J’ai l’impression d’être transparent sauf lorsqu’il s’agit d’exiger de moi le paiement de la redevance télé, de la taxe d’enlèvement des ordures ménagères ou de la taxe foncière. Cerné par les cons je suis las… Très las… Écœuré, désabusé, blasé, bref… J’ai l’impression d’avoir tout dit et de tourner en rond… »



Dalipas a beaucoup écrit. Faudrait-il qu’il zigouille une douzaine de personnes pour être enfin écouté ? Pas sûr que l’on reconnaitrait dans cette tuerie une expression de la lutte des classes. On trouverait bien une explication à la con, la psychologie, la psychiatrie, le « coup de folie d'un quinqua sauvageon », faute d'avoir une religion sous la main.

« Il y a six semaines, Evelyne a témoigné sur l’enfance des frères Kouachi, les auteurs de la tuerie de Charlie Hebdo. On a voulu discuter plus avant avec elle, et entendre sa voix, en reportage radio. Elle raconte, sans rien excuser, l’histoire d’un quartier oublié, et la montée de l’islamisme, entre solitude, parents perdus et absence de mixité sociale. »

Tu noteras que c’est Reporterre, site consacré à l’écologie, qui publie cela. Et pas un site de gauche radicale, de transformation sociale ou de la variété que tu voudras. La gauche se préoccupe des grandes idées. Pas des ventres vides ou des têtes désespérées. Avec, dans les urnes comme dans les luttes, des résultats à la hauteur de ses préoccupations. 

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Banlieue, une chanson de Karim Kacel datant de 1984. (Et non 1982 comme indiqué par erreur sur la vidéo.) Banlieue, l'histoire de tous les quartiers oubliés. 1984. La surdité politique est ancienne...



Il regarde sa ville
Tranquille et il attend
Il sait qu'il est fragile, difficile
Et pourtant
Il ouvre ses grands yeux
Et regarde sa banlieue
Le chômage à son âge
Ne le rend pas heureux
Cet horizon de tours, qui l'entoure
L'asphyxie
Son univers est lourd
Passent les jours
Et l'ennui
Ce n'est qu'un enfant
Qui rêve de grands vents
Donnez-lui de l’espace
Qu'il efface ses tourments

Eh banlieue, empêche-les de vieillir
Leur jeunesse se tire, 
Banlieue, eh banlieue
Ta grisaille ne m'inspire
Que l'envie de partir
Banlieue, eh banlieue
Ne les laisse pas tomber
Ils ont droit d'exister eux aussi
Banlieue

De café en café
Avec des paumés
Il passe son temps
Il se saoule un p'tit peu
Joue avec le feu
Joue au délinquant
C'est pas qu'il soit méchant
Demandez aux parents
Mettez-vous à sa place
C'est dur de faire face
Quand on a dix-sept ans

Les vols de mobylettes
On fait la fête
Sur le moment
La police le guette
Ses parents s'inquiètent
Comme dans un roman
Regarde, c'est ton enfant
C'est le sang de ton sang
C'est toi qui l'as nourri 
Et jeté dans la vie
Il n'y a pas si lontemps

Eh banlieue
Ne nous laisse pas vieillir
On a peur de mourir
Banlieue, eh banlieue
Ta grisaille nous inspire
Que l'envie de partir
Banlieue, eh banlieue
Ne nous laisse pas tomber
On a l'droit d'exister nous aussi
Banlieue

samedi 7 mars 2015

Milices et pouvoir autoritaire à Sivens

Hollande et Valls ont décidé d’une nouvelle voie. On le craignait très fortement. Rémi Fraisse ne sera hélas ! que le premier des morts que nous aurons à pleurer. « À Sivens, Hollande se sert des milices d’extrême-droite. Comme en Grèce l’avait fait Samaras. » C’est l’ami Yannis Youlountas, franco-grec, qui fait cette relation entre les deux pays. De juin 2012 à janvier 2015, le premier ministre grec Antonis Samaras avait régulièrement utilisé une méthode déjà connue auparavant, mais devenue avec lui un principe de gouvernement durant trente mois. Elle consistait essentiellement à se servir des milices d’extrême-droite comme de forces supplétives de police pour :

— fabriquer le chaos ;
— organiser des destructions illégales ;
— répandre la violence et la peur dans les zones alternatives ;
— couper ces zones de leurs soutiens et sympathisants ;
— distiller la confusion dans les mass-médias.

Puis, il ne lui restait plus qu’à se présenter, dans l’opinion publique, comme le seul rempart contre ce chaos et à justifier la destruction finale par étapes de tout ce qui pouvait le déranger.


Pendant des jours les agressions se sont multipliées autour de Sivens. Reporterre, sur place en permanence, en tient le journal détaillé. En deux heures, après la tombée de la nuit, plusieurs agressions se produisent. Une jeune fille est interpellée par une patrouille d’agriculteurs en voiture et découvre en fuyant que ses agresseurs discutent paisiblement avec les gendarmes. Plus loin, un autre zadiste, tentant de venir voir le cortège depuis l’intérieur de la zone, est pris à partie et cogné par plus d’une vingtaine d’agriculteurs. Les gendarmes le sauvent d’agressions plus graves et l’évacuent de la zone. On apprend qu’à Saint-Jérôme, hameau où le cortège avait fait une halte en quittant la zone, certains se sont fait attaquer, deux voitures étant prises d’assaut. Un des occupants témoigne avoir reçu un coup de barre à mine dans le bras. Et la liste semble encore longue des faits et gestes incontrôlables des milices pro-barrage.

Hervé Kempf, journaliste à Reporterre, n’y va pas par quatre chemins et il est fort à craindre qu’il n’ait raison.


La tactique de MM. Valls et Hollande est délibérée. Elle ouvre la porte à la répétition de ce type d’actes : des groupes sociaux savent maintenant que, pourvu qu’ils ciblent l’écologie et les jeunes alternatifs tout en glorifiant la police, ils ont le champ libre. Elle s’appuie sur les sentiments d’extrême-droite qui montent dans ce pays. Et suscitera en retour des réactions de même nature, impliquant une répression encore plus stricte.

Je ne sais la qualifier autrement que de pré-fasciste : utlisant les méthodes mêmes du fascisme (des milices supplétives d’un État autoritaire) et stimulant la xénophobie et la haine des alternatives. L’essentiel est que rien ne soit mis en cause de l’ordre capitaliste : c’est ce que révèle l’analyse du journal des affaires Les Echos : « Sivens (…) a été choisi par Manuel Valls pour faire valoir (…) la fermeté de son gouvernement face à toutes les résistances au changement ». […]


« D’aucuns persistent encore à croire que le gouvernement de MM. Hollande et Valls est « de gauche ». Il ne l’est pas. C’est pire : il ouvre, à peine dissimulé, la voie au fascisme. » 
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Nos concitoyens, photo Greek CrisisLe pouvoir aux roux, Jules & Jo. Prends le temps de regarder cette vidéo in extenso. Elle en vaut la peine même si tu n'es guère amateur de chanson.

mercredi 4 mars 2015

Décider si, demain, ils auront à bouffer ou non

Franck, avec sa maîtrise de philo sur « La relecture du théâtre sartrien d’après-guerre à la lumière de L’Existentialisme est-il un humanisme ? », au fond, appartient au même monde, [celui des petits] lui qui exerçait comme « responsable logistique » dans une PME de la Somme. 

L’entreprise conditionnait des parfums, recevait des chargements de bouchons, de bouteilles et de « jus » que des ouvriers assemblaient, et en ressortaient des flacons L’Oréal à livrer : « La veille, on m’annonçait l’arrivée d’une cargaison. Donc, en clair, d’un jour sur l’autre, je dois trouver des caristes en intérim. Je téléphone à mes contacts dans les agences, "est-ce qu’Untel est dispo ? Et Machin ?" Les contrats duraient entre deux et quinze jours, parfois juste une journée. » 

Le temps, pour les recrutés, d’adoucir les cœurs, d’essayer au moins : « L’intérimaire ne voit qu’une chose : "est-ce que ce soir, à 16 h 57, on va me demander de revenir demain ?" 1000 euros le mois, c’est un gros salaire. Donc, ils te racontent leurs malheurs, "Franck, là, c’est un peu dur, avec le crédit, les enfants, la semaine prochaine, tu auras besoin de quelqu’un ?" Quand t’es chef de service, faut être un loup. Faut prendre des gens et décider si, demain, ils auront à bouffer ou non. Moi, j’essayais de les avertir trois jours à l’avance, j’allais voir le mec "bah, écoutez, lundi, vous ne serez plus avec nous." C’est pas facile, parfois. Tu vois ce gars, la cinquantaine, sympa, il bosse bien mais lent comme un vieux quoi… Fini. Et il ne reviendra plus. Et un autre, un super nounours, vingt-cinq ans, le gros gars du Nord, toujours de bonne humeur, un pilote de Fenwick hors pair, mais je pouvais pas le garder : "Non, il nous a pété un carter", la coque en plastique qui protège le moteur. » 

La société ne comptait que 16 CDI : dix ouvriers, cinq chefs et une secrétaire. Ses effectifs grimpaient régulièrement, néanmoins, jusqu'à 120 employés, soit 86,7% d’intérimaires, dans une activité qui n’a pourtant rien de « saisonnier ». 

« Parfois, je faisais venir un mec pour un entretien, on causait, et puis, "tenez, on va vous tester sur le terrain, y a justement un chargement qui vient d’arriver…" On utilisait le mec pendant deux heures et puis on le renvoyait. » Franck a démissionné, finalement. Usé. Usé physiquement, par l’absence de personnel, jongleur entre les tâches. Usé moralement, aussi, par cette gestion de salariés Kleenex, on prend on jette, on re-prend on re-jette : il faut assumer la violence sociale qu’on impose.

Encore un extrait de Quartier Nord, François Ruffin, éditions Fayard. François Ruffin, journaliste, est l'animateur de Fakir. Je t’ai déjà dit ici, et puis là aussi, que la lecture de ce livre est indispensable à qui se réclame des idées sociales. Par mesure de salubrité intellectuelle, faudrait même exiger sa lecture, crayon à la main, de tout candidat se disant de gauche à une quelconque élection. Le complément à un séjour prolongé au sein du Secours catholique à recevoir des mères seules. 
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Nos concitoyens, photo Greek Crisis. Les trois petits mots, Daniel Hélin.

dimanche 1 mars 2015

Si j’étais chômeur, je n’attendrais pas...

Assis sur le trottoir à côté du CityMarché un pauvre diable mendie en mangeant du foin. Un passant, qui s’émeut de voir une telle détresse, lui serre longuement la main avant de lui laisser un billet de vingt euros. Un autre, effaré, le cœur serré par ce spectacle, discute avec lui tout un moment.  Partager un moment avec une personne dans une telle misère. Comprendre comment on peut en arriver là. Puis il va retirer de l'argent à l’automate pour lui donner cinquante euros. Une grand-mère bouleversée, en larmes, lui laisse trois euros en s’excusant de ne pas pouvoir lui donner plus. Sa retraite est si dérisoire... mais tout de même pas au point de manger du foin

Un socialiste arrive. Sur sa veste signée d'un grand couturier un badge frappé du poing et de la rose « Gagnons les élections avec Macron. » Il s’arrête. Regarde le pauvre diable mangeant du foin. On sent le mépris et la désapprobation depuis l’autre bout de la rue. Monsieur not’ maître fauxcialiste se lance dans un discours. « D’abord on ne mendie pas. C’est mauvais pour l’image de marque de notre ville. Alors vous allez partir de suite avant que je n’appelle la police. Et puis il ne faut pas manger du foin. Ce n’est pas une bonne pratique. Faites preuve de discernement ! Soyez raisonnable. Réfléchissez ! À cette saison il y a de l’herbe. Gardez votre foin pour cet hiver. » 
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« Si j’étais chômeur, je n’attendrais pas tout de l’autre, j’essaierais de me battre d’abord. » (Emmanuel Macron)

« On s'habitue à tout. On finit par trouver le pire normal. Et on enjambe les sdf en pensant à autre chose. » (TGB, Rue-Affre
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Dessin anonyme récupéré je ne sais où. Le blues de la cuillère de soupe, Roger Mason.

mercredi 25 février 2015

Le Fakir nouveau est arrivé !

Ne dites surtout pas à Julien Dray qu’ouvrir les magasins le dimanche est une régression sociale, ça le fout dans une de ces rognes ! « J’en ai assez d’une gauche qui ne sait plus être la gauche de libertés […] J’en ai assez de cette gauche des interdits, cette gauche même des envieux », tonne le vice-président socialiste d’Île-de-France (I-télé, 14/12/2014). C’est vrai, quoi ! À bas ces assassins de la liberté qui empêchent les précaires de délaisser librement leurs familles pour trimer sept jours par semaine au libre-service de lui et de ses amis. Si Julien a envie de s’acheter des montres à plus de 50 000 euros le dimanche, c’est bien son droit, non ?

La dernière cuvée de Fakir vient de sortir. Trois euros chez ton marchand de journaux. Avec un gros dossier sur des relations difficiles. « Les militants écolos ? Des « hippies ». Les cégétistes ? Des « stals ». Alors comment unir le rouge et le vert ? Comment lier, plutôt qu’opposer, justice sociale et exigence environnementale ? Comment réconcilier les « stals » et les « hippies » ? […] Comment imaginer une « écologie populaire » sans le mouvement ouvrier ? Et un mouvement ouvrier sans, demain, l’écologie populaire ?

Et une page pour rigoler. Où Fakir fait le rêve d’une gauche décomplexée. « #Je suis chômeur », « Je suis précaire », « je suis mère céli-bataire »… Alors que la France est encore sous le choc des attaques capitalistes, François Hollande en appelle à « l’union nationale ». « Nous ne céderons pas à la peur. La France continuera à descendre dans la rue. Grèves, occupations d’usines, ZAD… sont les meilleures réponses à la barbarie ultra-libérale. » 

« Comment un banquier a-t-il pu devenir ministre de l’Économie d’un gouvernement socialiste ? »  Martine Aubry demande des comptes. « Il ne faut pas se voiler la face, c’est le résultat de trente ans d’immigration massive de bourgeois au PS qui a rendu impossible la politique d’assimilation aux valeurs de la gauche. » Et d’agiter le spectre « du grand remplacement » des classes populaires par ces bourgeois qui « nient la lutte des classes ». Autant de futurs Macron en puissance. « On commence par s’éloigner du monde ouvrier, et on finit par brûler le code du travail. » 
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Je fais de la chanson française. Pour satisfaire son aimable clientèle, Partageux n'hésite pas à vous mettre deux chansons pour le prix d’une. Le bonheur combien ça coûte ? Xavier Lacouture chante, Thierry Garcia gratte à côté et Éric Nadot Tranches de scène filme devant.