mardi 14 mai 2013

Chérie, j'ai rétréci la retraite !



Margaret vient passer sa retraite en France. C'est so fun de quitter les brumes londoniennes to enjoy le soleil du Sud-Ouest. Elle achète une grande maison inhabitée depuis des années. La maison est très chère. On est dans ces années où la moindre bicoque au soleil se vend au prix de l'or. Mais qu'importe. La vente du home londonien, au prix du platine serti de diamants, permet de ne se soucier, ni du prix de la maison, ni du coût coquet de la rénovation. Margaret se livre à la location de chambres d'hôtes. Pas pour le pognon — ne pas comparer le montant astronomique investi et la modestie des nuitées — mais pour le plaisir des rencontres. Margaret accueille des compatriotes, touristes ou personnes en quête du home sweet french home. 

Margaret jouit de sa retraite en papotant avec ses hôtes autour d'une tasse de thé. Les premiers nuages surviennent quand une modification du taux de change entre l'euro et la livre ampute brutalement sa retraite de 20%. Une partie du voisinage british de Margaret, qui l'a un poil saumâtre, retourne vivre dans la perfide Albion. Le marché immobilier rural commence à donner de sérieux signes d'essoufflement. Il devient de plus en plus délicat de vendre. D'autant que, si les vendeurs sont de plus en plus nombreux, les acheteurs se font de plus en plus rares. Et puis arrive 2008 et le chambardement des subprimes où Margaret va morfler. 

Oh j'ai oublié de te dire que le plus clair de la retraite de Margaret lui est servi par un fond de retraite. Qui a très beaucoup investi dans des produits financiers hautement rentables mais aussi hautement spéculatifs. Et les Américains ont eu un talent fou pour refiler worldwide (dans le monde entier) du papier qui se révèle être... du papier. Le fond de pension de Margaret disparaît tout bonnement dans la fumée du papier qui ne vaut même plus l'allumette pour y mettre le feu. 

C'est comme ça que Margaret voit maigrir sa retraite. Ne lui reste qu'un machin qu'on nommerait approximativement minimum vieillesse chez nous. Plus question de prendre la voiture ou l'avion pour retourner quelques jours à Londres faire sauter ses petits-enfants sur ses genoux avec quelques six cents euros mensuels. Margaret réalise alors que les chambres d'hôtes lui coûtent plus d'euros qu'elles ne lui rapportent de livres de sa gracieuse majesté. Ce qui la contraint à cesser son activité. 

Quand tu habites une campagne so sunny mais fort dépourvue du moindre commerce comme du moindre transport public, tu dois prendre la voiture pour acheter du pain ou des poireaux, passer chez le pharmacien ou même faire le plein d'essence. Avec six cents euros mensuels, tu trouves que le plein, qui revient si souvent, est d'un coût himalayen. La grande maison se révèle trop coûteuse pour la retraite rétrécie de Margaret. Elle se décide à la revendre de mauvaise grâce. Les prix ruraux sont au plus bas alors que Margaret a acheté au plus haut et fait de coûteux travaux. Alors elle va laisser dans les murs de cette maison le plus clair du capital engagé. 

— Je n'ai plous beaucoup de l'argent mais je ne suis pas la plous à plaindre. Je connais des amis in dire straits (dans une situation désespérée). Je repars à Londres où mes quatre enfants peuvent tous me loger. Je vais passer une saison chez chacun d'eux. Je n'aurai plous le soleil mais j'aurai mes petits-enfants full time. 

On va nous ressortir la chanson. C'est de saison. La solution aux misères du régime de retraite par répartition, c'est le développement de fonds de retraite oùsque tu vas mettre tes éconocroques qu'on te reversera quand tu seras rentier. Le défunt mari de Margaret a « placé » une petite fortune durant sa vie de cadre. Le fond de pension versait à Margaret près de quatre mille euros chaque mois. Avant de passer brutalement à zéro shilling. Songe donc à Margaret quand on te chante la « retraite par capitalisation ». Y'a un sacré bémol à la clé qu'on oublie toujours de te signaler. Et si tu penses que les Français sont si tellement plus futés que ces couillons de British, mon grand-père a « capitalisé » pendant de longues années avant 1945 et la création de la retraite des vieux. Hé bien La Séquanaise, c'était le nom de son assurance-retraite, ne lui a jamais reversé le moindre centime. À l'époque mon grand-père a eu la chance de percevoir plein pot une retraite par répartition, fraîchement créée, à laquelle il avait pourtant fort peu cotisé.

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Photo Des pas perdus

Chanter la vie, l'amour et la mort, Gilles Servat. La chanson : «  On veut la réduire à la distraction / On dit qu'elle doit nous faire oublier la vie / À qui ça profite qu'on oublie la vie / Qu'on fume du rêve bien planant, bien con ? »

mardi 7 mai 2013

À la Bastille


Il y avait du monde. Beaucoup de monde. Bien plus encore qu'à la Bastille 2012 qui avait tant ému Gilles Langoureau.  Mon copain Sydne93, je l'ai pas rencontré, a lâchement profité de sa position rapprochée de préposé à la caméra pour faire cette première photo. Mon copain Des pas perdus, je l'ai pas rencontré, il a fait de belles photos que je t'invite à aller voir. 


Celle-ci, je l'ai trouvée dans l'Humanité. Il y avait ainsi une belle tapée de propositions pas toujours consensuelles. Des pas perdus a ainsi immortalisé un dessin où Hollande, peu familier avec l'emploi d'un balai, en fait un usage naguère conté par Hubert Selby dans Last Exit to Brooklyn.


Naz Oke a le chic pour goupiller des visuels qui déchirent tant qu'à chaque fois tu te dis devant cette évidence mais comment n'y ai-je pas pensé moi-même ? Elle a fait plein de photos dont celle-ci. C'est la dame de cœur de Daniel. Je ne les ai pas rencontrés eux non plus. On trouve aussi une brochette de photos sur le site du Parti de Gauche

Je n'avais pas d'appareil photo. Et ça ne m'aurait pas servi  pour te raconter. Place de la Bastille, un petiot assis sur le pavé, cinq ans environ, qui pleure toutes les larmes de son corps. Tu t'es fait mal ? Mais non, j'ai eu peur ! Le grand frère, il a bien huit ans, le console comme il peut. Le petitounet ne voyait plus sa maman. Il s'est senti soudain perdu dans la foule. La mère était à un bon mètre, tu te rends compte, autant dire qu'une forêt de jambes se dressait entre eux !

Le papé, il a fait à la main, et avec un soin méticuleux — tu verrais ce modèle de calligraphie des écoles de la troisième République ! — trois ou quatre panneaux qu'un plus jeune a accroché au lampadaire. Et il attend là à côté. Dans la rue pas bien loin de la place de la Bastille. Quand tu regardes la blancheur de son poil, la profondeur de ses rides, la sécheresse de sa carcasse voutée, tu te dis que le papé ne marchera pas jusqu'à la Nation. Mais il est là. Il a fait sa part. Certains l'applaudissent. D'autres viennent lui serrer la main ou lui font un signe de connivence.

Le groupe Syriza de Paris, des Kurdes, des musiciens latino-américains qui chantent de la salsa sur un camion, les éditions Le Temps des cerises, Politis le seul hebdo qui ne me donne pas de nausées et Acrimed qui m'explique pourquoi, Fakir, ils sont là. Il font leur part.

Grand marché d'art contemporain indique le panneau. Entrée payante ! Ouiche, tu as bien lu, faut payer pour entrer au marché ! Un groupe de manifestants à vessie en sur-réservation parlemente pour en utiliser les toilettes. Les vigiles sont formels. Faut payer l'entrée ! Un adolescent n'en peut plus et s'éloigne vite vite vite. Il se soulage dans un angle de toile des tivolis du grand marché d'art contemporain. L'urine coule vers l'intérieur du tivoli. Je songe au marchand d'art de l'autre côté de la toile qui pestera contre un salopard. En oubliant les dix euros à acquitter pour pouvoir utiliser les toilettes... 

Elle distribue un tract qui cause des pogroms contemporains. On ne chasse plus le youpin, on délaisse un peu le bougnoule et le négro pourvus de papiers, mais le romanichel reste un gibier de choix comme sous le Troisième Reich. Elle est plein d'enthousiasme. « On est de plus en plus nombreux à protester ! Chez nous, on a attaqué la préfecture et on a gagné. Le tribunal a obligé le préfet à reloger des familles. » Elle fait sa part. Pas seulement pendant la manif. Pendant qu'on se parle arrive une bannière exigeant des papiers pour tous. Elle est tenue par des gars de la couleur à balayer les rues et ramasser les poubelles. Ils font leur part en chantant à pleins poumons.

On marche. On est bien deux au mètre carré — c'est tout relatif mais c'est un de ces rares endroits où on ne se sent pas l'âme d'une sardine dans sa boîte — quand un de mes voisins ne se sent pas trop bien. Il veut s'assoir. Sans le moindre mot voilà que 15 mètres carrés se vident devant lui pour lui permettre de gagner le bord du trottoir où sont assis, comme des lycéens, quatre manifestants qui étaient déjà nés lors du Front populaire. Ils se poussent pour laisser une place à leur aîné. « C'est que je n'ai plus quatre-vingts ans ! » dit-il pendant qu'on l'aide à s'assoir. Lui non plus n'ira sans doute pas jusqu'à la Nation. Mais il a fait sa part.

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Ils ont fait leur part. Ils étaient à la manif. Ils étaient aussi voici peu sur le périphérique parisien à recouvrir d'immenses panneaux de pub. Ils attendent ta participation. Nos enfants demanderont pourquoi nous avions des centrales nucléaires. Ben, pour faire tourner les panneaux publicitaires...








vendredi 5 avril 2013

Moscovici et la mise à sac du palais


Isabelle est née à la fin du XIXe siècle dans une famille de la petite bourgeoisie protestante. En partie d'origine allemande alors on parle allemand et français dans sa maison de la proche banlieue parisienne. Si la famille est désargentée, elle ne manque pas de relations. Isabelle a quatorze ans quand elle devient demoiselle de compagnie d'une famille de la noblesse russe. Une sorte de jeune fille au pair avant la lettre. Sa seule tâche est de parler français et allemand aux enfants et de faire la conversation aux dames qui viennent en visite. Le boulot n'est pas tuant et les conditions sont idylliques. L'été en Crimée, l'automne dans un domaine agricole en Ukraine où les fruits regorgent, l'hiver à Saint Petersbourg. La bibliothèque est généreusement fournie en livres français et allemands. Elle lit la Comtesse de Ségur aux enfants. Le travail est très bien payé, c'est du net puisque tout est pris en charge et le père d'Isabelle encaisse les envois. 

Partie pour un an, Isabelle est en Russie depuis plusieurs années quand éclate la première guerre mondiale. Difficile de rentrer en France. Pas grave. Elle reste. La vie est une fête perpétuelle dans les salons et les séjours champêtres que la guerre ne trouble pas. Et puis arrive la révolution d'Octobre. Les palais mis à sac, les domaines réquisitionnés, les sources de roubles taries, les nobles qui se terrent, la fin de près de dix années de vacances pour Isabelle. Un peu protégée par son double statut d'étrangère et de domestique, elle rentre en France en 1918 au terme d'un voyage mouvementé. 

Tout l'argent envoyé a été placé par un papa prévoyant. C'est une coquette somme qui permettra à Isabelle d'acheter un bel appartement parisien et une villégiature dans la campagne poitevine d'où vient la partie française de sa famille. Isabelle parle russe. Un ministère la recrute pour cette compétence. Elle va être chargée de recevoir les Russes qui arrivent à Paris. Pendant des années elle verra débouler les vagues successives de Russes blancs. 

— Vous savez, monsieur, je voyais des femmes qui n'avaient plus rien quand elles avaient vendu les quelques bijoux, seule richesse apportée dans leur fuite. Si certaines dépensaient jusqu'au dernier centime en frivolités avant de s'inquiéter enfin du lendemain, d'autres avaient très vite acquis le réflexe de l'économie et de la dépense judicieuse. Mais leurs maris jouaient à nuit entière en buvant et perdaient jusqu'au dernier centime. Puis la réalité devenait cruelle. Il fallait manger. Pour tous ceux qui ne parlaient pas français c'était encore plus difficile. J'en ai vu des comtesses et des duchesses — qui n'avaient jamais rien fait de leurs dix doigts, qui avaient non pas une mais des bonnes pour la moindre tâche — devenir blanchisseuses, repasseuses, couturières ou femmes de ménage ! Des comtesses et des duchesses avec des mains gelées, crevassées, gonflées, abîmées, brûlées. Quel formidable contraste avec leur précédente vie de luxe où le seul souci était leur prochaine robe ! J'ai connu une princesse qui fabriquait des yaourts dans sa chambre pour les vendre  aux gouvernantes de riches familles parisiennes. Je crois que les hommes avaient encore plus de mal que les femmes à s'adapter à leur nouvelle vie. Certains se sont donné la mort en buvant jusqu'au coma éthylique.

Isabelle est une très vieille dame quand elle me raconte cela vers 1980. Elle en reste encore tout étonnée.

— Pendant des années, beaucoup de Russes blancs ont espéré qu'ils pourraient retourner en Russie pour reprendre leur vie d'avant. Cela va vous paraître incroyable, monsieur, mais jamais ils n'ont eu conscience d'avoir été des parasites. Leur vie russe leur semblait normale, naturelle, et ils regardaient les Bolchéviks comme une aberration incompréhensible, comme des voleurs, comme une erreur de la nature qui ne pouvait que disparaître. Ils ne comprenaient pas que les domaines produisaient pommes et abricots, seigle et blé, par le travail des moujiks et pas par le fait qu'ils en étaient propriétaires. Ils ne comprenaient pas que le luxe dans lequel ils avaient vécu était la conséquence de l'absence de revenu de ceux qui travaillaient leurs terres. Plus on était inutile et plus on était riche. Les moujiks étaient misérables. Les bonnes mangeaient au moins à leur faim. Moi, préceptrice d'enfants, je recevais un revenu mensuel qu'un moujik ne pouvait espérer au cours de toute sa vie. Encore aujourd'hui nous vivons dans une maison que j'ai achetée avec mon argent russe ! Et cela reste dérisoire à côté du luxe dans lequel vivait toute la noblesse. 

Isabelle est morte en 1984. Je songe encore à nos conversations devant des tasses de thé russe quand j'entends aujourd'hui un membre de l'oligarchie. La nouvelle noblesse. Il est beaucoup question de Pierre Moscovici depuis les aveux de Jérôme Cahuzac. Qui se défend bien maladroitement. Comme s'il n'était pas du même monde de rapaces ! Comme si, lui, n'était qu'une jeune préceptrice au service d'une richissime famille noble. Et comme s'il était beaucoup plus sot et inculte qu'une jeune préceptrice sortie de l'école avec son seul certif. Incapable de voir plus loin que le bout de son nez.   

Qui savait ? Moscovici ? Les services de Bercy ? Manuel Valls et sa police ? Le Premier ministre ? Le Président ? Pas finasser sur les rôles de la duchesse et de la comtesse. On s'en fout. C'est le même monde. Où tous sont assujettis à l'ISF et renâclent à payer des impôts. Pour avoir encore plus de luxe. Pour gaspiller encore plus. Pour encore plus de misère chez les moujiks/précaires. Pour encore plus de morgue et de coups de knout sur les moujiks/chômeurs. Un monde à renverser. Virer les parasites. Voici venu le temps de mettre les palais à sac.

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Photo Despasperdus qui est un copain. 
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Les copains écrivent aussi sur le sujet :
Des pas perdus s'intéresse à la corruption au sein du FN
Le cri du peuple du besoin vital de bornes pour vivre ensemble
À gauche pour vrai changer de système contre la crise systémique
Rénovitude prend un p'tit déjeuner studieux avec sa fille
L'étang moderne pour la 6e République, du balai maintenant !
Pensée libre pour une constituante tout de suite
Rock n' rouge il n'y a pas d'affaire Cahuzac mais un système
Un Ibère en exil l'entourloupe Cahuzac : un secret de polichinelle
Seb Musset la ligne anti-impôts de la droite. Je cause moi aussi de ce thème dans les commentaires.


Rue mauve, Annkrist, le blues des champs de coton du Centre-Bretagne.


jeudi 4 avril 2013

Rétablissement de la peine capitale !


Merci Jéjé. Merci pour tout. On te doit une fière chandelle.  Grâce à ton esprit de sacrifice — enfin, faut pas exagérer, six cent mille roros c'est quand même loin d'un carambar par jour — grâce à ton esprit de sacrifice on sauve l'essentiel. On oublie un peu l'affaire Guérini, on oublie un peu l'affaire Sylvie Andrieux, on oublie l'affaire Jibrayel, on oublie l'affaire Kucheida, on oublie complètement l'affaire Huchon et tout plein d'autres. Le Parti socialiste, content de toi, te remettra la médaille du dévouement. Gaston Flosse, Éric Woerth, Alain Juppé, Jacques Chirac, Gérard Longuet, Jean Tibéri, Nicolas Sarkozy et toute la droite SuperMenteur s'associent au Parti Socialiste pour te remercier.

Merci Jéjé. Grâce à toi, on oublie un moment que la France est la cinquième puissance économique de la planète. Et que nos riches sont richissimes. Bernard Arnault (21,2 milliards d'euros), Gérard Mulliez (18 milliards d'euros), Bertrand Puech (17,4 milliards d'euros), Liliane Bettencourt (15,3 milliards d'euros), Serge Dassault (9,9 milliards d'euros), François Pinault (6,3 milliards d'euros), Pierre Castel (6 milliards d'euros), Alain Wertheimer (5,6 milliards d'euros), Margarita Louis-Dreyfus (4,5 milliards d'euros), Emmanuel Besnier (4,4 milliards d'euros), Vincent Bolloré (3,6 milliards d'euros) et Xavier Niel (3,95 milliards d'euros) te remercient vivement d'éloigner encore une fois les projecteurs de leur petite pelote gagnée à la sueur de leur front et avec leur seul talent mais pas du tout grâce au travail de milliers de petites mains. Ce serait lassant de citer tout le monde mais le numéro 500 des fortunes professionnelles françaises, selon Challenges, dispose tout de même d'une « fortune professionnelle » de 60 petits millions d'euros. Challenges ne compte pas les châteaux, tableaux, hôtels particuliers, yachts, avions et autres falbalas de la vie privée pour évaluer la fortune de nos riches. Ça nous donnerait la migraine.

Merci Jéjé. Grâce à toi, la presse va encore éviter de parler de thèmes ennuyeux. Chômage, emploi, revenu, retraite, santé, éducation, chimie envahissante, nucléaire éternellement radieux, bulldozerisation définitive des côtes, acier-béton des nouveaux éléphants blancs géants : aéroports, autoroutes, voies ferrées et autres grandes catastrophes.  

Merci Jéjé. Grâce à toi les cinq millions de chômeurs-profiteurs — dont une grosse moitié perçoit zéro euro d'indemnité — disparaissent dans le néant de l'espace-temps intergalactique de Pôle-emploi. Grâce à toi les dix millions de miséreux — qui tentent de survivre sous le seuil de pauvreté — repassent sous le tapis de l'antimatière. Abracadabra ! Aphatie ! Grâce à toi, les dix millions de personnes en délicatesse avec le logement s'évaporent dans le big bang de la soupe originelle. 

Si j'ai tout bien suivi, mon Jéjé Caca, tu es ressorti libre après tes aveux chez le juge. Même pas une préventive en maison d'arrêt. Même pas une gardav. Même pas une nuit en cellule de dégrisement. Mon pote Mathias, lui, il s'est tapé quatorze mois de taule pour « ivresse sur la voie publique ». Bon, d'accord, c'est un zonard bien disjoncté par une enfance cataclysmique et le juge a donné raison aux keufs qui trouvaient que quarante-douze fois ça faisait récidive. Les quatorze mois, le juge a dit que c'était pour le calmer. Menfin Mathias il est très loin d'avoir entourloupé un truc à six cent mille roros. Plus le recel dont on cause aujourd'hui. 

Alors, Jéjé, pour te calmer en respectant la proportion et puis pour l'exemplarité, je demande le rétablissement de la peine capitale pour les crimes économiques. Une balle dans la tempe et la facture envoyée à la famille pour la balle, le cercueil et les cinq ans d'occupation du carré des suppliciés ? Non, ce serait trop peu. 

Nationalisation de la totalité des biens et avoirs d'un voleur. Confiscation de tes salaire, pension et autres ressources présentes ou futures. Tu seras condamné à vivre du seul RSA pour le reste de ses jours. Une peine affreuse. Une peine capitale. Frappe au portefeuille, camarade, c'est là que c'est le plus douloureux pour les malfaiteurs économiques tel Jérôme Cahuzac !

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L'Eschantit (le feu follet) et Vergonha (honte), deux extraits de Lo diable es jos la porta, planhespingadis per un pais voide (le diable est sous la porte, plainte à danser pour un pays vide). De et par Jan dau Melhau avec Bernart Combi (voix et percussions). Un oratorio à goût de requiem pour l'occitan, une langue millénaire à l'agonie, et pour une civilisation paysanne de trois mille ans tout aussi mourante. Lo diable est l'une de mes grandes claques artistiques de ces dix dernières années. Pour les connaisseurs je place Jan dau Melhau aussi haut que Veljo Tormis. 


mardi 26 mars 2013

Soci@list™ Inc


Soci@list™ [Policing Inc] organise une compétition d’aviron avec le Front de Gauche. Les deux équipes s’entraînent avec beaucoup de détermination. Les seniors executives de Soci@list™ [Policing Inc] ont organisé cette compétition pour convaincre la classe populaire de l’intérêt de revoter Soci@list™ aque le changement c'est maintenant.

L'équipe Front de Gauche gagne la première épreuve avec plus de dix minutes d’avance. Le board of trustees de Soci@list™ [Policing Inc] en est très affecté. Le chief management du bureau national se réunit en Crisis meeting pour rechercher les causes de cet échec.

Un team d’audit Rn'D (research and development) composée de seniors managers est désignée. Après un travail d'enquête approfondie, les seniors advisors constatent que leur équipe est constituée d’un barreur, de cinq conseillers spéciaux auprès du chairman et de trois rameurs, alors que l’équipe du FdG comporte un barreur et huit rameurs.

Le chairman comittee décide de lancer une réflexion pour la revanche, réflexion confiée à un board de managers experts de niveau international comprenant un clash team de retour de Chypre délégué par le FMI et un asset management group de l'OMC conduit par François Lamy lui-même.

Leur avis, résumé dans une présentation de 246 slides, est de procéder à une réorganisation. On décide de rédiger un manuel qualité du projet Soci@list™, des procédures d’application au cas où les futures élections seraient successfull, des documents de suivi de gestion analytique et un rough de prospective à moyen terme. Une nouvelle stratégie est mise en place, basée sur une forte synergie et de nouveaux indicateurs de croissance alliés à des indicateurs chiffrés de performance. Elle doit, la stratégie, améliorer le rendement et la productivité grâce à des modifications structurelles dont une supervision renforcée, un lean management et une compétition entre les pools de management. On parle de zéro défaut, de global quality, de private equity, de positive affordance et même de croissance verte pour faire plaisir au délégué d'EELV admis au titre de la diversité. 

La nouvelle équipe Soci@list™ [Policing Inc] comprend désormais : un directeur général d’aviron, un directeur adjoint d’aviron, un manager d’aviron, un superviseur d’aviron, un consultant senior d’aviron, un contrôleur de gestion d’aviron, un chargé de la communication d’aviron. Ah oui, j'allais oublier : et aussi un barreur et un rameur pour de nouvelles coopérations et partenariats.

« Cette transformation n'est pas une option mais un devoir. Elle est [dixit le Chairman de Soci@list™] la condition indispensable pour doter notre entreprise d'une équipe d'aviron plus solide et plus efficace. Sa réussite repose en revanche sur le soutien et l'implication de tous. »

Le Team Soci@list™ [Policing Inc] termine la deuxième course avec plus de vingt-cinq minutes de retard sur l’équipe Front de Gauche qui s’obstine à canoter en chantant On lâche rien avec un barreur et huit rameurs ! (Et avec un petit rouge gouleyant de derrière les fagots qui ne doit rien à personne pour arroser le résultat. Et qui se marie à ravir avec l'écharpe de même couleur.) 

Humiliée, amère, aigrie, déçue, en un mot : rocardisée, la direction nationale de Soci@list™ [Policing Inc] prend une décision straight and sharp mais courageuse et offensive. Elle licencie le rameur sans préavis : il n'a pas atteint ses objectifs. Elle fait bénéficier le barreur d'une rupture conventionnelle : on sait se montrer professionnel et déterminé. Elle revend le canot et annule tous les investissements de communication prévus. Avec le cash ainsi économisé, le senior driver du projet récompense les managers et superviseurs, augmente les salaires des seniors directeurs et s’octroie une indemnité exceptionnelle de fin de mission.

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Avec mes remerciements glacés à Jeannot qui taffe chez Popol Emploi. Je l'ai pillé sans vergogne. Avec mes remerciements éternels à Andersen Consultants (Requiescant In Pace) qui ont inspiré naguère la première version anonyme de la compétition d'aviron. Andersen Consultants a calanché faute d'avoir su mettre à profit cette pochade qui a circulé sur son compte. Avec mes remerciements sincères à Actuchômage à qui je te recommande vivement à nouveau de verser quelque subside nerf de la guerre. C'est Actuchômage qui a attiré mon attention sur les affres bluesy du boss de Pôle emploi. 

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Un blues de meilleure cuvée : Des coups d'pied au cœur, Rémo Gary. « On n'a jamais dû vendre un rein / Ou un œil contre trois fois rien / Ni contre deux sous échanger / Un enfant pour pouvoir manger. »

samedi 23 mars 2013

Parité sociale

"Mon parti ne sera pas le parti des ouvriers tant que ses membres ne seront pas issus de leurs rangs, dans toute la diversité de ce qu’est la classe ouvrière." Et un peu plus loin dans son texte Rock'n rouge parle de la "parité en genre".

Honnêtement je me fous, mais alors total grave ! d'avoir une parité en genre qui consiste à avoir une Merkel pour un Sarkozy. Ou une Christine Lagarde pour un Dominique Strauss-Kahn. Ou une Margaret Thatcher pour un Helmut Kohl.

Lors des assises pour l'écosocialisme François Ruffin, reporter à Là-bas si j'y suis et rédac-chef de Fakir, appuyait sur le fait que la classe populaire n'est peu ou pas représentée dans la gauche. Et François Ruffin de narrer ses aventures de journaliste à la recherche d'interlocuteurs non pas connaissant tel ou tel point précis mais vivant tel ou tel point précis. Par exemple la gauche qui se révèle incapable, Confédération Paysanne comprise, de le mettre en relation avec un éleveur de poulets un peu critique du système au moment de l'affaire Doux, industriel de la volaille en faillite.

Et si la parité, la vraie, c'était d'avoir obligatoirement 60% de chômeurs, ouvrières, intermittents du travail, employées de la grande distribution, caristes, chauffeurs de poids lourd, merchandiseuses et femmes de ménage, maçons et électriciens ?

Si la parité, la vraie, c'était en fonction du revenu avec obligatoirement 50 % de gens qui gagnent moins de 1 500 euros mensuels puisque la vraie vie est ainsi ?

Si la parité, la vraie, c'était en fonction de la nature du contrat de travail avec obligatoirement 90% de CDD puisque c'est grosso merdo la proportion actuelle des embauches ?

Et cela, bien sûr, tout autant à l'intérieur du PG qu'à l'extérieur. Avancer là-dessus serait sûrement avancer à avoir l'oreille de tous ceux qui n'écoutent plus une gauche trop lointaine des préoccupations quotidiennes, employant un vocabulaire trop proche de celui des "autres" (économistes, patronat, droite, "gauche responsable", éditocrates et autres oligarques.)

Une intervenante au congrès du PG demande "la féminisation de tous nos textes internes et externes". Bon je veux bien. Mais soyons conséquents. On est ici dans un parti de gauche, c'est à dire un parti qui s'intéresse d'abord aux plus pauvres, aux plus oubliées, aux plus méprisées. Alors on adopte aussi le fait que pour une docteure citée on aura au moins dix balayeures, dix merchandiseuses et dix femmes auxiliaires de vie. Pour respecter la parité sociale !

On a eu la gauche paillettes, on ne va quand même pas recommencer les mêmes conneries avec une parité paillettes.

Résistance, oui, mais résistance active

Hervé rame. Entre petits boulots, CDD et emplois à temps partiels. Vendanges. Mise des professions de foi et bulletins sous enveloppe à la préfecture lors des élections. Cueillette des pommes. Manœuvre dans le bâtiment. Terrassier dans une entreprise de parcs et jardins. Réceptionniste dans un hôtel. Rame depuis longtemps déjà. A ramé. A beaucoup ramé. S'impatiente d'arriver parce qu'il a beaucoup ramé. (L'original est de Ramuz, musique de Stravinski.) Colleur d'affiches pour riche parti dépourvu de militants. Poseur de moquette. Peintre en bâtiment. Balayeur. Éboueur remplaçant. Cuisinier de colonie de vacances. Vigile. Et j'en oublie. Le RMI dans les périodes maigres. Hervé a obtenu son premier emploi en CDI à l'âge de trente-huit ans. Un temps partiel bien sûr. 
Hélène s'est lassée de postuler à des boulots où elle terminait toujours en deuxième position quand ça se passait bien. « Ça finit par te miner le moral. » Musicienne amateur elle a fini par faire de l'étude de son instrument son unique activité. Quelques poignées de personnes profitent de ses concerts. Pour le reste elle a le geste évasif du fatalisme devant une adversité trop forte pour ses petits bras.
Je pourrais te causer de Christiane en rage contre une conseillère de Pôle-Emploi, d'un arrêt-maladie désastreux, — l'arrêt, pas la maladie — , des fils de Térésa, ouvriers qualifiés qui bossent — en pointillés — pour des queues de cerises,  d'une grand-mère merchandiseuse exténuée, ou d’une myriade d’autres spécialistes très expérimentés dans le domaine du chômage. Tu n’as qu’à lire ce blogue depuis ses débuts. 
La vie de mes proches n’est pas un minuscule enfer perdu au milieu de vastes prairies gazouillantes si j’en crois Popol Emploi qui ne compte plus le chômedu sur ses doigts depuis que ma grand-mère a mis fin à sa carrière de meneuse de revue à l'Alcazar. Tout le monde — té, même les professionnels de la politique, c’est dire ! — s’accorde pour dire que y’a un peu beaucoup de chômage. 
Alors ça m’a fait un deuxième trou au cul d’apprendre que l’association Apnée ne compte que quarante-deux adhérents. Quarante-deux. Moins qu'un comité des fêtes de quartier ! Apnée, c'est l'association qui a monté le site Actuchômage, le  site de référence sur la situation de cinq millions de personnes. Ça m’a fait un deuxième trou au cul d'apprendre qu'Actuchômage, avec kèk chose comme un demi-million de pages vues chaque mois, crie famine et envisage même de cesser son activité ! Cette poignée de militants n'en peut plus du manque d'argent, du manque de militants, du manque de reconnaissance sociale, de l'impression d'agir dans le vide. 
On comprend le découragement des gens d'Actuchômage devant la passivité et le silence ambiants. Tu fais comme moi. Tu vas sur le site actuchômage et tu lis ici et là. Tu verses ta contribution selon tes moyens. Tu fais comme moi. Tu racontes ce que tu as fait autour de toi, par oral ou par écrit, sur touiteur ou fessebouc, au bistrot ou au boulot, au téléphone ou chez tes potes, au congrès du PG ou chez toi, pour que d'autres aussi retroussent leurs manches et sortent la carte bancaire. 
Au congrès du PG, pendant que je t'écris ces lignes, la salle scande Résistance ! Eh bien chiche ! Allons-y, camarades, passons à la résistance active.







Passer à l'action

Congrès du PG à Bordeaux. On ne va pas passer la brosse à reluire, une conformation personnelle du poignet nous l'interdit. Et puis ça ne sert à rien d'autre que faire plaisir et on n'est pas là pour ça. On va relever gentiment des points qui coincent un peu histoire de faire avancer la réflexion. Exactement comme les interventions de la salle qui ne passent pas la moindre pétouille dans la rédaction de la plateforme de synthèse du congrès. Même si l'exercice de la rédaction à chaud n'est pas trop dans mes habitudes et que je ne m'y sens guère à l'aise.

La prochaine étape est maintenant de "prendre le pouvoir" nous dit François Delapierre après avoir faire la liste des points positifs enregistrés depuis la création du PG. Pourtant Notre-Dame des Landes est l'une de ces très nombreuses questions pratiques qui devraient interroger la gauche. Tout de suite et pas lorsqu'elle sera enfin au pouvoir.

La gauche de naguère n'a pas attendu d'être au pouvoir pour créer mutuelles, coopératives, Scop, associations culturelles, associations d'entraide, associations sportives, colonies de vacances, auberges de jeunesse, écoles et patronages, entreprises et mille autres organisations ou mille initiatives pour répondre à des besoins qui se faisaient sentir. Tout de suite. Sans attendre d'avoir pris le pouvoir la gauche a ainsi influencé profondément la société.

Aujourd'hui la gauche se contente trop souvent d'être dans la parole. Alors que bien des besoins nécessitent de passer à l'action dès maintenant et de ne pas se contenter de la parole. À Notre-Dame des Landes certains sont dans l'action et reprochent à la gauche, parfois vertement, qu'elle se contente trop facilement du verbe ou des élections. À Notre-Dame des Landes certains ont déjà démontré que l'action freine les grands projets inutiles et que l'action est créatrice immédiatement (au moins de petits bouts) de  la société que nous voulons.

Il y a mille et mille possibilités d'actions concrètes à conduire dès aujourd'hui. Améliorer la vie quotidienne des plus pauvres, améliorer la sale gueule de nos rues, créer de nouvelles associations ou coopératives pour ceci ou cela, créer des jardins — collectifs, familiaux, partagés ou comme on voudra — qui permettent de sortir de la consommation, qui permettent de renouer des liens avec les voisins, on ne manque pas de pistes à explorer. Tout de suite. Sans attendre les prochaines élections.

Si la gauche se contente de la parole, ne passe pas à l'action pratique, voire dénigre les ceusses qui retroussent leurs manches pour passer à l'action,  les urnes ne lui donneront pas le pouvoir. La gauche est arrivée au pouvoir ici et là justement grâce à son action concrète immédiate. La gauche ne devrait pas oublier cette leçon de son propre passé et cette leçon de ses actuels parents latino-américains.

vendredi 15 mars 2013

Blogue à la chaîne



Trois blogueurs que j’aime bien me lancent cet exercice de style dans les pattes. « La marche à suivre est simple. La plupart du temps, une ou plusieurs questions nous sont posées. Le blogueur doit y répondre et envoyer son article à d’autres blogueurs. Ils y répondent et envoient eux aussi l’article à d’autres blogueurs, etc. Il faut poster les règles sur le blogue, répondre aux 11 questions et inventer 11 nouvelles questions puis partager le tag avec 11 personnes en mettant un lien vers leurs blogs et leur annoncer la nouvelle! » 3 x 11 = 33. Ça fait beaucoup ! J’ai choisi quatre questions de chacun d’eux... et ne pose pas de nouvelles questions : presque tous les copains ont déjà été tapés.


C’est quoi être de gauche ? 
­— Toujours se soucier d'abord des plus pauvres, des plus faibles, des plus délaissés, des plus oubliés. Avoir pour ennemis Bernard Arnaud, CAC 40 et Medef. Libéralisme ou capitalisme. Ne pas se tromper. Ne pas désigner comme ennemis catholiques ou musulmans dont je ne partage pas la croyance en un dieu. Ne pas désigner comme ennemis jeunes ou vieux, négros ou bougnoules, chômeurs ou fonctionnaires. Bolloré, Dassault et Pinault rigolent quand on s'étripe...

C’est quand la dernière fois que tu as douté ? 
— Il n'y a pas une minute où je ne doute pas. Les libertaires m'ont appris que les idées suivent des modes tout comme l'habillement. Alors je préfère crucifier Bettencourt et Niel par l'impôt plutôt que de leur envoyer douze balles dans la peau. Condamner les familles Mulliez et Louis-Dreyfus à vivre au RSA plutôt que de les emprisonner pour délit de fuite fiscale.

Ecrire ou parler, que préfères-tu ? 
 Écrire. Ça donne le temps de réfléchir.

Et 2017 ? 
— En 2002, voter pour 1 ou 5 % ? Voter pour un socialiste disant que son programme n'est pas socialiste ? Voter pour un pov' premier miniss' qui peut rien faire quand un patron licencie à tombeau ouvert — un « plan social » c'est x suicides — pour augmenter les dividendes ? Départager Jacques Jospin et Lionel Chirac ? Enthousiasmant ! Chuis resté chez moi sans regret. En 2017 ils rejouent 2002 puisque la leçon n'a pas été retenue par nos ayraultomanes. Le FdG pourrait changer la mise. Mais la désespérance est grande et l'aveuglement d'une partie de la gauche itou. Je n'irai pas voter au deuxième tour pour quelqu'un qui traite les romanichels comme on traitait jadis les youpins. Je veux bien être compréhensif mais les ceusses qui me regardent comme un délinquant quand je suis opposant à la publicité, aux OGM ou aux licenciements et sont prêts à m’embastiller pour ça ne doivent quand même pas me demander de voter pour eux ! J'ai déjà assez de mal à voter...


Sur la table de chevet de votre tourne-disque, il y a au moins 3 musiciens, de tous les genres, de tous les temps et de tous les pays. Lesquels ? 
— Avec seulement trois cents mes esgourdes affamées seraient déjà dans la détresse ! Bon, on mettra Dmitri Chostakovitch, Veljo Tormis et Philip Glass en musique classique. Ross Daly, Érik Marchand et Bernart Combi en musique modale. Georges Brassens, Gilles Vigneault et Jean-Max Brua en chanson francophone. Bob Dylan, The Doors, Claude Nougaro et Miles Davis en rock/jazz/folk. Sœur Marie Keyrouz, Maria Callas et Eva Podles en voix.

Mécène que vous êtes, vous encouragez régulièrement les jeunes artistes. Quel est votre prochain placement ? 
— La souscription pour le disque à venir des Laurent Berger, Yannick Saulnier, Thibaud Couturier, Pascal Mathieu, Wladimir Anselme, Thomas Pitiot et une foule d'autres fines gâchettes de la chanson qui ne peuvent émerger sous la chape de plomb d'un tatapoum d'obédience préquaternaire à encéphalogramme raplapla bulldozerisant le paysage sonore.

La Creuse, vous connaissez ? 
 On m’a envoyé des photos de la ZAD de Guéret :

L'éolien, c'est du vent ? ou c'est aussi rentable que le nucléaire ? 
— Mon vieux copain Gaston a installé voici 25 ans une plus grande éolienne bidouillée de ses mains avec la carcasse d'une éolienne de récup qui accusait tranquillou ses quarante années. Les vaches du GAEC — groupement agricole d'exploitation en commun — successeur de Gaston sont encore aujourd'hui abreuvées par cette éolienne qui avait coûté neuf cents francs en rachat, fer additionnel, baguettes de soudure et béton.


Vous croyez que ça sert à la collectivité France les blogs de gauche ? 
— Ce dont je suis certain, c'est que se taire et se coucher ne sert qu'à ceux qui nous voudraient muets et soumis.

Votre opinion politique c’est familial, héréditaire ou de votre initiative ? 
— Mon grand-père était un républicain de droite. On retrouve aujourd'hui son mélange d’idées nobles et de visions réactionnaires excluant tous ceux qui ne sont pas dans sa norme chez un Chevènement. Ma famille va de la droite façon Bayrou au FN en passant par l'UMP mais aujourd'hui on n'y voit plus vraiment de différences entre ces partis.

Votre dernière toile ? 
Le grand retournement de Gérard Mordillat. Faut pas rater ce petit bijou tout en alexandrins d'après la pièce de Frédéric Lordon ! Où banquiers, ministres, conseillers et président de la République pérorent durant tout le film dans une désolée usine désaffectée exactement comme dans la vie réelle : sans jamais voir ni prêter attention à ce qui est autour d'eux.

Vous écoutez / regardez les médias ? 
— « Rien de changé depuis qu'un soir j'ai pissé / Sur ma télé tellement c'était chouette / Et bien sûr toute l'électricité / M'est passée dans la quéquette » (François Béranger, Manifeste). J'ai pas la télé. Jamais acheté Le Monde ou Libération depuis le 30 mai 2005 où ils m'ont insulté (xénophobe et raciste, anti-européen de surcroît) pour avoir voté NON, moi qui vis l'Europe tous les soirs dans mon lit et suis père d'un gamin binational. Jamais d’hebdos dont la lecture provoque migraines et ulcères à l'estomac selon les billets énervés de Seb Musset et les chroniques vitriolées d'Olivier Bonnet.
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Il faut qu'on se touche, Pascal Rinaldi, chanteur à foulard sur la tête. Serait-il marabouté par des foudres islamophobes qui font que j'arrive pas à installer l'image de cette chouette chanson dont je te mets le lien avec une vidéo ?


jeudi 7 février 2013

À vendre


Automne 2005. Un panneau artisanal sur la façade. « À vendre, particulier à particulier, x mètres carrés, téléphone... » La maison ? Ordinaire. Ni plus belle ni plus moche qu'une autre maison construite autour de 1970. De la construction solide où le maçon n'a pas pleuré les matériaux. Dans une rue de métropole régionale et pas au fond de la cambrousse. Si près de chez moi que tous les jours je passe devant. Le temps passe. Le panneau passe. 
On peine à le lire quand, après plus de deux ans, le panneau est remplacé par celui de Machin, une agence immobilière. 
Et puis ainsi va la vie, tu sais ce que c'est. Le panneau de l'agence vieillit comme nous tous au fil du temps. Et l'agence finit par remettre un panneau neuf. 
Printemps 2010. Ah tiens ! Ça y est ! Le panneau, deuxième de l'agence, troisième de la façade, a été retourné. « Vendu par l'agence Machin ». Enfin ! Depuis le temps qu'elle était à vendre, cette maison ! Et puis zut, deux mois plus tard, le panneau est re-retourné. « À vendre. Agence Machin. » Si le compromis de vente n'a pas été retoqué par une banque c'est sûr que ça y ressemble bien. 
Automne 2011. Tiens ! Y'a plus le panneau de l'agence Machin. Ça me fait tout drôle de passer chaque jour devant « ma » maison toute nue. Tant d'années que j'ai l'habitude de la voir habillée... Elle reste ainsi plusieurs semaines sans cache-sexe. J'en suis tout retourné. Faut pas me changer comme ça mes petites habitudes. 
Et puis un matin. Ah ! Voilà le panneau de l'agence immobilière Truc. Machin, c'était un panneau classique vieillot, du daté 1970 comme la maison. L'époque col pelle à tarte, large cravate voyante et costard bleu-pétrole. Avec Truc on entre dans la modernitude. Les couleurs sont fluorescentes, le graphisme à la mode qui trotte et le téléphone de l'agence est carrément un 06 ! Ta ta ta ! On va voir ce qu'on va voir. 
Sûr que maintenant elle va changer de proprio cette maison ! Avec des djeun's qui ont même un site internet — www.ouaouh ça décoiffe ! — sûr qu'y vont trouver rapido le nouveau propriétaire dont « ma » maison rêve depuis l'automne 2005.
L'année 2012 s'avance tranquillou à raison de sept jours chaque semaine. Et on sait bien que dans ces conditions, c'est pas facile. Tu comprends bien. Avec en plus la conjoncture qui...
Février 2013. Le panneau pendouille, lamentable, sur la façade. Le plastique est avachi et les belles couleurs sont bien ternies. Si tu veux lire le numéro de téléphone, te faut une échelle pour déplier le plastique tout ratatiné sur lui-même. 
Bien sûr « ma » maison est toujours à vendre. L'entretien devient urgent. Y'a pas que le panneau qui flanche. Les volets toujours fermés sont très très très sales. Une descente d'eau pluviale fuit en inondant le mur de façade. Alors la mousse verte pousse sur le crépi en compagnie de lichens rouge-brique et d'une coulée de caca noirâtre. La maison n'est plus habitée depuis l'automne 2005 et ce que ça fait dedans commence à drôlement se voir dehors. 
Derrière les maisons il y a des gens. Qui causent sûrement au bistrot. « Les visiteurs qui font rien qu'à se promener sans acheter. Les discuteurs qui n'ont pas le budget. Les agences immobilières qui savent pas vendre. Les banques qui prêtent pas. Le gouvernement qui fait pas ci. L'opposition qui fait rien qu'à ça. Les jeunes qui veulent rien faire. La France qui veut plus travailler. » Tu connais la musique...
Manque juste un très léger détail. Une babiole. Un rien. Qui serait assez ouf pour acheter une baraque de 1970 au prix du mètre carré d'un chouette château de la Loire ?
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Hervé Suhubiette, chanteur toulousain. La bicyclette, dédiée à Pauline Julien, chanteuse québécoise atteinte d'aphasie dégénérative qui mettra fin à ses jours pendant qu'elle le pouvait encore.