Partageux rencontre des personnes cabossées par notre société libérale, change leur identité et ne mentionne ni son nom, ni sa ville pour qu'on ne puisse les reconnaître. « Devant la servitude du travail à la chaîne ou la misère des bidonvilles, sans parler de la torture ou de la violence et des camps de concentration, le "c'est ainsi" que l'on peut prononcer avec Hegel devant les montagnes revêt la valeur d'une complicité criminelle. » (Pierre Bourdieu) La suite ici.

mercredi 29 octobre 2014

À la mémoire de Rémi

Avec Lecoin


Voilà que les poissons grimpent aux arbres, à présent ?
Voilà que les oiseaux se cachent sous la terre ? 
Voilà que la tortue se gourre et va crever loin de la mer ?
Dites, ça ne vous fait pas chier, ce monde à chien ?
Tout le monde fout le camp : Marylin Monroë dans la mort ; 
le puma dans les marais salants ; 
le capitaine Némo dans Vénus…

Nous, on reste. Avec Lecoin.
Crosse en l’air. Comme les fougères.
Parce que, ce monde-là, c’est le seul, et qu’on y tient.
Même si Marylin pue de la bouche au réveil.
Même si l’on peut manger des cailles en gémissant sur 
un pigeon blessé.
Même s’il y a de la balle dum-dum dans le référendum.

Ce sale vieux con de monde bien-aimé.
On le sauvera malgré lui, vous verrez !
On remettra les poissons dans l’eau, les oiseaux dans 
les arbres, la tortue dans le bon sens…
Enfin, j’y crois…

Jean Rousselot, 1962.
———

En 1962, à l'âge de 74 ans, Louis Lecoin entame une grève de la faim et obtient la reconnaissance légale de l’objection de conscience. Avant cela il avait totalisé 12 années de prison pour délits d’opinion. Le cours d’une vie, son autobiographie, est un grand livre d’humanité que l’on conseille chaleureusement. En particulier à tous les jeunes qui viennent d’entrer dans l’âge adulte. On le trouve à l’UPF, Union Pacifiste de France.

En 1977, à l’âge de 31 ans, Vital Michalon est tué lors de la manifestation contre la construction du surgénérateur de Creys-Malville. Pendant des années sa famille tentera en vain de faire avancer l’enquête sur les circonstances de sa mort.

En octobre 2014, à l’âge de 21 ans, Rémi Fraisse est tué lors de la manifestation contre le barrage de Sivens. Ce sale vieux con de monde bien-aimé. On veut toujours le sauver. 
———

Vivre en flèche, Jean Vasca 

lundi 27 octobre 2014

Avec ton clavier, toi aussi, relance la croissance !


Inspiré par une succession de raclées électorales magistrales, je me relâche un peu dans un billet. Depuis lors, étudiants soucieux d’approfondir leur savoir comme chercheurs avides de connaissances, tous viennent me lire à la suite d’une requête sur un moteur de recherche qui me notifie l’objet de leurs travaux. Et c'est ainsi qu’Allah est grand, comme l’écrivait Alexandre Vialatte, et que chaque semaine « fessées déculottées » apparaît dans les statistiques de fréquentation du blogue Partageux. 

Les visites grandes zoreilles se maintiennent toujours au même niveau depuis l'ouverture du blogue. La défense de l’Occident — Dieu est à nos côtés — impose sans doute de se taper la lecture suivie du Partageux (Commie in English) des fois qu'on ferait boom twin towers (badaboum les tours jumelles).

Un précédent texte comportait quelques mots — explosif, revolver ou missile — fort recherchés par Uncle Sam et les services du Ministère de l'Intérieur. Assaut impétueux des grandes oreilles. Obama alors ! 

Du coup j’en rajoute dans le délire. Oussama, quand qu’on va faire la bombe à l’ambassade des USA ? Balancer un missile Tomahawk sur la cabane de Bill Gates ou une bombe artisanale sur celle de Warren Buffet ? Faire un attentat au Rockfeller Trade Center avec un mortier ou un drone ? Refiler une tisane de bazooka à Manuel Valls ou une décoction de .11,43 à François Hollande ? Perplexité du lecteur payé pour me lire : Islam de notre gueule ?

Vaillant blogueur, joyeux pianoteur envoyeur de missives à tes amis, touiteur ou fessebouqueur, fais comme moi, relance la croissance ! Yes we can ! Employons tous des mots qui vont inciter à l’embauche de plein tout plein de personnel supplémentaire pour ausculter internet, lire et analyser nos propos, évaluer notre indice de dangerosité. Courage mes preux ! Y’a plein de créations d’emplois nouveaux au bout du chemin ! 

Djihad ! Révolution islamique ! AK 47 ! Kalashnikov ! Utilise des mots qui renouvellent le vocabulaire des jurons. Merde et crotte de bique ne sont guère recherchés par le FBI, la CIA et notre Intérieur. Tu peux aussi métisser les genres pour diversifier ton lectorat : « Pour s’envoyer en l’air et faire la bombe au paradis d’Allah rien de tel que la déneigeuse soubrette perverse : elle a le feu au cul quand elle voit les grenades dans mon calcif. Un vrai canon ! »  Pardon mesdames, je suis navré, mais c’est la croâssance qui est en jeu ! Faut aller la chercher avec les dents…
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Depuis les champs de coton du delta du Mississipi bigouden : Kerviel Blues par le trio EDF, Ewen, Delahaye, Favennec.

dimanche 26 octobre 2014

Des morts sans importance

Nous avons été nombreux à rire du tralala Total Margerie roi du pétrole. Le respect se perd ? Mmmh. Y’a des antécédents anciens... Quand j’étais petitounet les gosses catholiques chantaient à tue-tête une parodie de litanies pour les morts. « Il est mort comme il a vécu / Prier pour lui c’est du temps perdu ! » Et un libre-penseur ne manquait jamais de rappeler le doigt levé et l'œil narquois que Baudelaire avait écrit un poème intitulé « Une charogne ». Les gosses protestants avaient un psaume de leur cru qui ne manifestait guère de tendresse pour les puissants de ce bas-monde. Les propriétaires de châteaux — not’ maître qui possède la ferme qu’on cultive — de ma campagne ont eu droit à ces hommages alternatifs au temps du Général.

Samedi 25 octobre 2014 manifestation contre le barrage de Sivens au Testet dans le Tarn. Pourquoi qu’on pleurerait un roi mort alors que Rémi est mort dans la nuit à proximité des barrages militaires ? La mort de Rémi était facile à éviter. Je ne viens jamais accompagné de soldatesque même quand je discute avec un partisan de la suppression du salaire minimum et autres « rigidités »… Le préfet va-t-il nous dire avec des trémolos dans la voix que « Rémi était un ami » ?

Pourquoi qu’on pleurerait un roi mort — dans un avion privé qui ne transportait que lui — alors que pas un personnage important n’a parlé de la mort de mon voisin dans une machine à écorcer le bois d’une scierie ? Sympa, le gars, on se connaissait à peine qu’il m’avait déjà donné des greffons de prunier reine-claude. 

Pourquoi le premier ministre n’a pas eu un mot, mais pas un seul mot, pour les trois morts qui étaient dans l’avion de Margerie ? Parce que, eux, ils étaient au travail. C’étaient des domestiques au service de Monsieur. Comme mon voisin. Bien que professionnels qualifiés. Comme mon voisin. La valetaille, t’as bien compris, le « socialiste », il s’en branle. Alors ses leçons de respect et de bienséance, le Valls, il peut se les remettre dans le trou du cul. Avec un bouchon anal (a plug) de la taille qui lui conviendra.
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Les 4 Barbus chantent Le parti d’en rire de Pierre Dac et Francis Blanche sur une musique de Maurice Ravel.

vendredi 24 octobre 2014

Il saute une déneigeuse perverse et va en enfer

Margerie — un Smic par jour — saute une déneigeuse perverse et part direct pour l’enfer dans son jet privé. Bienvenue chez Belzébuth ! Faut pas rigoler. Il n’est pas mort écrabouillé par un camion sur un quai de chargement. Pas mort en tombant d'un échafaudage. Filoche, faut pas parler non plus des Birmans en esclavage, des grands féodaux — combien de Smic par mois ? — ou des macareux mazoutés. Le manque de respect — oui not’ monsieur, oui not’ bon maître — c’est pour les chômeurs et les précaires, les illettrées et les pauvres, les Rroms, les blackos et les bougnoules, les ouvrières et les paysans, les employées et les fonctionnaires. Pas pour les patrons.

Le créateur qui sommeille en moi, frappé par l’inspiration, se prend à écrire un recueil de nouvelles. Avec un meurtre à chaque histoire. Un meurtre de collection. De la musique avant toute chose et pour cela préfère l’impair. Le bizarre, l’étrange, le jamais-vu dans les annales judiciaires, l’exotique, le qui sort des entiers battus.

Un psychanalyste expliquera les tréfonds de cette association. « Patron du CAC 40 », « multinationale »  ou « capitaine d’industrie » et l'imagination démarre à fond les manettes et invente cent histoires de meurtre à la minute…

Ils tombent, tombent, tombent. Un actionnaire ventru ou body-buildé. Un ténor du CAC 40. Un politicien corrompu. Un cheffaillon qui fait dérouiller le petit personnel. Le propriétaire-directeur d’un Leclerc. Un journaliste-courtisan de la télé. Le patron de Carrefour. Vincent Bolloré et Bernard Arnaud. Un politicard de gôche qui a voté pour le traité Sarkozy dit de Lisbonne. Un Lagardère qui ne viendra plus à toi. Une Parisot, un Ernest-Antoine et un Gattaz. La convention annuelle des parlementaires UMP éparpillée par un missile. Une patronne du FMI. Un patron de la banque mondiale. Un socialiste de marché. La réunion annuelle de l’ERT vitrifiée par une bombinette soustraite à l’amour de notre vaillante armée. Et ils tombent, tombent, tombent.

Des meurtres jamais revendiqués. Et le nombre augmente prodigieusement. Une épidémie qui décime les 500 premières fortunes de France. Une épidémie qui décime la gôche de droite. Une épidémie qui décime les journalistes porte-paroles du pouvoir. Une épidémie qui décime les actionnaires.

Des dizaines de nouvelles très brèves. Avec un meurtre à chaque page. Et ils tombent, tombent, tombent.

Une déneigeuse qui bute un roi du pétrole. Un comprimé discret qui fait claquer un Terra-Nova à la suite d’une petite course à pied. Un cancer taquin qui nous prive d’un député en veste rouge. Un cancer farceur qui prive notre camarade Président d’un si précieux conseiller.

Et puis aussi le couteau, la hache et le rasoir. Le fusil de chasse, le revolver et l’arbalète. La pendaison, la strangulation et l’étouffement dans un sac. L’incendie. La noyade. L’excès de somnifères ou d’alcool. La chute du haut de la falaise. La calcination dans un four. La dissolution dans l’acide. L’accident de voiture. Le tonfa. Le missile. Le yacht qui touche une mine. Le chien dressé. Le poison. L’explosif. La perfusion de DDT. L’amiante en soluté nasal. Le chocolat fourré à la strychnine. Le désherbant. Le cocktail pharmaceutique. Le fer à béton bien affûté.

Et Monsieur Gaston, qui promène son chien, croise des flics sur les dents. Le chien a bien bien léché le sang du fer à béton. Qui sert maintenant de tuteur à tomates.

Les patrons commencent à faire profil bas. Les riches et célèbres rasent les murs. Les politicards ne sortent plus des bunkers de leurs « amis personnels ». 

Et ils tombent, tombent, tombent…
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Jacques Bertin chante Ambassade du Chili en compagnie de Didier Levallet (contrebasse), Siegfried Kessler (flûte) et ? (clavier).

mercredi 15 octobre 2014

Louis ou la psychiatrie en détresse

Louis a 19 ans la première fois que je le rencontre. Depuis plusieurs mois c'est Hervé, un ouvrier membre de la JOC, jeunesse ouvrière chrétienne, qui l'héberge. Hervé est un brave garçon mais il n’est pas versé pour un sou dans l’étude de la psychiatrie. Il peine à comprendre le comportement imprévisible de ce copain fantasque. 

Tous les gens qui font la maraude vont eux aussi se gratter longuement les cheveux devant Louis l'énigmatique. Et puis on assiste à une descente aux enfers très rapide. Louis abandonne le domicile de son copain pour dormir à la dure. Abandonne guitare, vêtements, tout son maigre avoir pour un simple sac à dos. Adopte un chien, puis deux, puis trois. Le gars habillé et coiffé correctement devient un clodo très sale en quelques semaines. Regard halluciné, élocution pâteuse, discours incompréhensible, mémoire de grenouille. 

Louis nous dit qu’il part à « Toulouse dans les Alpes ». Et quitte la ville. On ne le revoit qu’un an ou deux ans après. Toujours aussi déconnecté de la réalité. Toujours aussi sale. Toujours incompréhensible. Reste quelque temps ici, divers squats entre deux passages sous tente au bord de la rivière, avant de repartir. 

Deux-trois brefs séjours ici à six mois ou un an d’intervalle et puis cinq-six années passent. Et on retrouve Louis dans une rue près du restaurant social. Il est à nouveau bien rasé, bien coiffé, bien vêtu, tout propre. Sous son chapeau coquet il a un air détendu et un visage paisible. Trois chiens tirent un chariot de supermarché plus rempli qu’un tramway de Dubout. Une bâche verte rebondie recouvre le tout et Louis pousse le chariot. Toujours en solo avec cet équipage. 

On va pas jouer au psychiatre amateur, c’est pas ma tasse de thé, et je suis bien en peine de t’en dire beaucoup plus. Mais, en retrouvant Louis, je songe à nouveau que l’on a fermé plus de 20 000 lits de psychiatrie. Oui, d’accord, on pouvait remplacer les murs par un autre système. Mais on ne l'a pas fait. Et la psychiatrie est un secteur de la santé qui crie famine. 

Ah si, une tite dernière pour la route. Louis, il a passé son enfance balloté de foyer en foyer, il est seul dans la vie. Il n’a jamais eu la moindre famille pour aller klaxonner chez un toubib ou pour insister lourdement dans un service spécialisé. 

Si je t’écris, c’est pour appeler de mes vœux une société fraternelle où l’on pourra alerter des gens compétents et disponibles qui travailleront sans quotas, ni bordereaux, ni pièces justificatives, ni question sur pourquoi diable on se soucie d’un gars à la dérive qui ne nous est rien. Rien d’autre qu’un frère en humanité.
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Manu Lann Huel, An traez, adaptation en breton de La plage, chanson de Graeme Allright. Extrait de Île-elle, un magnifique album consacré aux îles du Finistère.

vendredi 10 octobre 2014

Déclaration de guerre

La gauche de merde™ ordonne les dernières destructions avant l’apocalypse finale. Écrabouiller. Bousiller. Raser. Partout un socialiste se cache derrière le bulldozer qu’il a commandé. 

Une déclaration de guerreDétruire le peu de vie sauvage qui reste. Comme Notre-Dame-des-Landes à éradiquer pour les avions de quelques riches, le Parti Fauxcialiste rase la dernière zone humide au Testet (Tarn) au profit de quelques producteurs de maïs. 

Ça va te coûter un max, heureux contribuable, et tu seras fort content de participer ainsi au sacrifice des dernières fleurs et et des dernières bêtes qui se plaisent les pieds dans l’eauSacrifice sur l’autel de la sainte croâssance laïque. Tu me réciteras trois « Notre Pèze » au nom du Saint-Profit.  

Des mécréants aux mains nues continuent vaille que vaille à occuper le terrain devant les machines et les soldats en armes. Des mécréants sont en grève de la faim. Ils nous appellent à l’aide. 

« Enracinons la résistance » contre le barrage de Sivens le samedi 25 octobre. Tu n’y seras pas de trop. 

Additif après publication. Fabrice Nicolino publie ici un bon article qui résume bien la situation
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Béa Tristan, Déclaration de guerre« Sur la carte de vos possessions / J'ai vu les océans souillés / Et les cités en perdition / Et les forêts humiliées… » 

vendredi 3 octobre 2014

« L'écologie, ça commence à bien faire ! » (Ter)

La gauche fonce dans le mur en chantant toujours les mêmes cantiques 10/
Je t’ai raconté mon étonnement de voir une seule abeille butiner les tapis de fleurs mellifères de mon jardin et la quasi-disparition des sauterelles des champs de mon enfance. 

Une seule virée entre chien et loup m’imposait de laver un pare-brise maculé de bestioles écrabouillées. Ça, c’était avant le déluge… Aujourd’hui laver ma voiture une fois l'an est suffisant et elle présente plus de restes d’hydrocarbures que de moustiques et papillons.

Quand j’étais gosse on prenait grand soin la nuit venue de ne pas ouvrir les fenêtres avec l’éclairage intérieur allumé. Faute de quoi des nuées de bêtes bourdonnantes envahissaient les maisons et se faisaient souvent rôtir sur les ampoules brûlantes. Hier soir, fenêtres ouvertes et loupiotes plein feu, j’ai vu deux moustiques dans la cabane et c’était la première fois depuis un an que j’y habite.

J’ai repeint mes plafonds. Onze ans plus tard, lors de mon départ, ils ne présentent pas une chiure de mouche. Les mouches ne sont plus que le lointain souvenir de nuées horripilantes qui interdisaient toute sieste estivale sous les arbres. 

Parfois j’ai l’impression d'être un vieillard chenu qui radote. Je préfère pourtant te raconter des anecdotes personnelles plutôt que de citer les rapports scientifiques qui disent la même chose. La vie sauvage disparaît. À toute vibure. Pas besoin d’être grand prophète pour imaginer l'avenir de l’humanité en impasse qui en découle. Même si on éprouve de la misère à prédire ce que sera l’impasse.

Cancer, diabète, allergies, autisme, Alzheimer, obésité, stérilité et quantité d’autres joyeusetés. La chimie a une influence certaine sur la santé humaine alors qu'on peine souvent à déterminer et mesurer l’action spécifique de chaque produit.

Bon, on comprend le raisonnement étroit de ceux pour qui la seule chose qui compte est le profit. Rien à foutre de ce qui ne rapporte pas dividendes et bénéfices. Laissons-les à leurs œillères. Ils nous vendront le cercueil pour les enterrer...

Ce qui difficile à comprendre, c’est que la gauche se désintéresse de cette catastrophe. On a une gauche qui ne veut pas voir. Celle qui bla-bla-bla. Celle qui repousse aux calendes grecques. Celle qui n’en branle pas une. Celle qui est incapable de dire « non » aux réseaux d’intérêt. Celle qui est incapable d’arrêter le massacre. 

Insoucieuse du sort de 70% ou 80% de la population — ceux qui n’ont que leur force de travail pour vivre et se prennent en pleine poire une lutte des classes conduite par les riches — la gauche est aussi nulle pour défendre l’humanité contre l’emprise de l’industrie chimique. Aussi nulle pour s’opposer aux riches et à la finance que pour enrayer la fin annoncée de l’humanité. Côté écologie les Verts se sont déclarés d’inutilité publique. Comment comprendre cela ? Qui, même député ou ministre ou énarque ou plein aux as, n’est pas touché, dans sa famille ou ses proches, par toutes ces maladies liées à la chimie envahissante ? 

Encore plus décourageant, on voit même une partie de la gauche hurler parfois avec la meute. Ce crève-cœur de voir la Confédération Paysanne faire cause commune avec la FNSEA pour tuer une poignée de loups. Ce crève-cœur de voir le Parti communiste et la CGT faire front commun avec Westinghouse, le magnat américain de la technologie nucléaire qui a vendu à prix d’or les licences de « nos » centrales. 

Comprends bien que je ne tape pas sur les militants dévoués et souvent admirables — je sais combien mes mots pourraient les blesser — mais sur des structures qui semblent déconnectées. Je te causais voici peu de l’absence de sens. Nous pourrions imaginer un mouvement social porteur de ce grand dessein qu’est la sauvegarde de la beauté — de la libellule au loup et à l’ours — et la sauvegarde d’une humanité aujourd’hui menacée d’extinction comme le tigre ou l'éléphant.

Rêvons qu’un jour le mouvement social décide d’en finir avec son impuissance et les branlées électorales subséquentes. Et, en attendant cette hypothétique transformation, ne nous étonnons pas trop des branlées.
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Lire Un empoisonnement universel (Comment les produits chimiques ont envahi la planète) de Fabrice Nicolino, aux éditions Les liens qui libèrent. Je suis plongé dedans et c'est du beau boulot de véritable journaliste.

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Fred Alpi, L'heure bleue. Fred Alpi a écrit nombre de chansons militantes. Franco-suédois, il a notamment écrit sur Joe Hill, militant syndicaliste suédois exécuté aux USA resté dans la mémoire ouvrière. Pete Seeger et Joan Baez ont chanté Joe Hill.

mardi 30 septembre 2014

« L'écologie, ça commence à bien faire ! » (Bis)


Sur les méfaits de l’industrie chimique Fabrice Nicolino vient de publier Un empoisonnement universel. Lecture vivement recommandée. Cette contribution partageuse au thème de la chimie envahissante, histoire d’insister sur la dimension universelle du livre de Nicolino, cite des extraits d’Agafia, ermite dans la taïga, de Vassili Peskov, Babel / Actes Sud. Et, histoire d’insister sur la dimension historique du livre de Nicolino, mentionnons que ce texte de Peskov, journaliste, a été publié pour la première fois à Moscou en septembre 1996.

«  Je me souviens d’avoir entendu parler d’un combustible appelé heptyle lors de mes reportages au cosmodrome. Le lieutenant Sambros en remplissait les réservoirs des lanceurs sur le pas de tir, « un liquide spécial qui pue la viande pourrie. » « Nous savions que l’heptyle était un une substance toxique. Très toxique. Le cycle de l’approvisionnement se faisait en vas clos. […] Et maintenant le sort a voulu que je recherche des traces d’heptyle en ces lieux bénis des dieux… » […]

Baïkonour. Centre russe de lancement de cacahuètes spatiales. Travail à façon pour clientèle internationale. Beaucoup de satellites américains.

«  Des traces ? Mais quelles sortes de traces ? Le problème est que le combustible ne brûle jamais complètement et qu’il revient sur terre avec son « fer blanc ». Le premier étage s’écrase non loin du pas de tir, ce qui limite l’étendue de la contamination. Le deuxième, lui, est expulsé à cent orante-huit kilomètres d’altitude. Les restes d’heptyle se consument avec l’ensemble de la structure au contact des cohues denses de l’atmosphère, mais une partie se dissémine à très haute altitude et retombe à terre. En théorie, cette substance synthétique à base d’azote ne devrait pas toucher le sol, comme il en va du combustible des autres autres lanceurs. Et pourtant… des études de terrain réalisées par des experts de différents laboratoires dans les zones d’impact ont révélé des traces d’heptyle dans le sol, la neige, les végétaux. »  […] 

On est dans la taïga, la forêt sibérienne, au cœur des montagnes de Khakasie, au voisinage du massif de l’Altaï. Très loin de Baïkonour. Le village le plus proche est à quelques trois cents kilomètres. On arrive ici en canoë, rivière de niveau 6 c’est à dire des rapides pour rameur chevronné s’en fout la mort. Ou bien à pied, compter une dizaine de jour de marche en l’absence de sentiers. Prévoir ta popote et de quoi effaroucher les ours taquins quand tu dors. Ou bien en hélicoptère si le ciel est dégagé.

«  Les chasseurs s’en plaignent : « Il y a moins de gibier dans le pays, l’Abakan n’est plus torrent poissonneux qu’il était. » D’étranges maladies se sont déclarées dans le massif de l’Altaï : la naissance de «  bébés jaunes » à grande échelle, sans parler d’autres pathologies à ce jour inexpliquées. » […]

Quand on te dit que la chimie s'insinue absolument partout et ne connaît pas la moindre limite ou frontière

«  Question légitime : par quelle perversion une substance hautement toxique a-t-elle pu entrer dans la constitution d’un combustible de fusée ? La réponse est simple. Toutes les fusées à vocation civile sont des clones des missiles militaires pour lesquels l’heptyle présente les meilleures performances. Ces missiles n’ont pas été tirés : qu’on s’en réjouisse ! L’eussent-il été que dans la fournaise universelle les traces d’heptyle auraient constitué le cadet de nos soucis… En attendant, les fusées décollent assez souvent, et le poison est bien là. Quand on sait qu’il ne se dégrade pas dans la nature, qu’il peut d’accumuler dans la chaîne alimentaire d’un bout à l’autre, on comprend tout l’enjeu d’un examen serré du phénomène. »  

Tu sais maintenant pourquoi Agafia, ermite dans la taïga, voit débarquer des chercheurs.

«  À chaque lancement, ce groupe d’experts se rend sur les lieux de l’impact prévu du deuxième étage pour précéder à des prélèvements de sol, d’eau et de végétaux. Avant et après le tir. La prochaine Proton doit s’envoler dans la nuit avec à son bord le satellite américain INMARSAT. Deux groupes feront les observations et le prélèvements sur deux sites différents. Agafia elle-même, son milieu de vie, ses animaux, tout cela présente un intérêt particulier pour les chercheurs. Il n’y a rien ici — alcool ou effluents industriels — qui soit de nature à fausser le tableau… » 
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Photo glanée sur Cailloux dans l' brouill’art «  Le charme », chanson de et par Hervé Suhubiette, filmée par Éric Nadot Tranches de scène, association de promotion de la chanson francophone.

mardi 23 septembre 2014

« L’écologie, ça commence à bien faire ! »

Je me souviens des brassées de fritillaires pintaques rapportées à la maison. De ma voisine adolescente qui chassait les papillons par douzaines.  De son frère qui dénichait les oiseaux à cadence d’usine. Fabrice Nicolino, lui, au même âge, se souvient de ses cent-quatre grenouilles pêchées en un après-midi.


De temps à autre j’ai le sentiment d’être un vieillard chenu né en un temps préhistorique où les sauterelles fuyaient par dizaines devant chacun de nos pas, où l’on trouvait des mers de fritillaires et de colchiques dans les prairies humides, où les moissons étaient une fête des couleurs de nielles, bleuets, coquelicots et autres messicoles. 

Voici pas si longtemps je te racontais l’unique abeille neurasthénique butinant mon jardin qui m’a fichu le bourdon. Aujourd’hui on se sent un peu gênés de nos anciens exploits de gosses. Et, devant le désert, on se demande bien comment les gosses actuels pourraient faire de même. 

Fabrice Nicolino (son site) vient de publier « Un empoisonnement universel (Comment les produits chimiques ont envahi la planète) » aux Éditions Les liens qui libèrent. Tu vas comprendre comment ont disparu fritillaires, papillons et oiseaux. Mais tu liras que l’invasion de la chimie a aussi d’autres menues conséquences.

« Des centaines de millions d’humains sont allergiques, des centaines de millions obèses, des centaines de millions diabétiques ; l’incidence du cancer a augmenté de 110 % en France en trente ans, notre pays va gaiement vers les deux millions de cas d’Alzheimer, la fibromyalgie frappe toujours plus, et rien. Rien. Mon livre ne prétend évidemment pas que tout viendrait de l’exposition à des molécules toxiques. Ce serait ridicule. Mais il serait bien plus stupide d’ignorer la marée montante d’études qui pointent des liens très puissants entre ces explosions épidémiques — car il s’agit d’épidémies, foudroyantes — et la dispersion de millions d’assemblages chimiques différents, dont on ne sait rien, ou presque. »

Pour te mettre en appétit, tu peux lire l’excellent site Basta ! qui consacre un entretien à Fabrice Nicolino et, pour une fois, c’est pas si souvent qu’on le recommande, tu peux aussi lire L’Express
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Mont-Jòia, superbe groupe provençal, a naguère enregistré quelques magnifiques disques dont Salabrun. Aquí est lo païs où l’on trouve las bordilhas (ordures)...

jeudi 14 août 2014

Propulseur de soleil Huun Huur Tu

Histoire de passer un moment dépaysant en cette période estivale et vacancière voici un voyage musical à dos de cheval.

Huun Huur Tu (Propulseur de soleil) est un groupe de Tuva, une petite république autonome de la Fédération de Russie perdue au nord de la Mongolie. 

À 6.25 débute un solo vocal qui résume le chant diphonique. Si tu ne connais pas, tu vas être un poil surpris par cette capacité humaine à chanter deux voire trois notes à la fois. On utilise parfois aussi la locution chant de gorge pour désigner cette technique vocale où l'on utilise le souffle pour faire vibrer les cordes vocales dans l'arrière-gorge tandis que l'on chante comme tout un chacun. Ou presque. 

À 10.10 un rythme et des sons en ode au cheval, ce compagnon qui inspire si souvent tant les chansons que la musique de Tuva. Le cheval, du pas au grand galop, est à l’origine de bien des rythmes. 

À 20.50 le soleil coule sur la steppe. Paisible. Le gars — paix à ces cendres — qui m’a fait découvrir le chant diphonique se passionnait pour l'occitan, ses traditions orales, sa culture paysanne, ses musiques et danses. Enfin bref, selon les incultes, un communautariste obtus qui ne sort jamais de son canton… Il m’a aussi fait découvrir la musique de Porto Rico, la chanson cubaine de la première moitié du XXe, la musique et la danse zoulou du temps où on pensait que l’apartheid serait éternel en Afrique du Sud. C’est aussi lui qui m’a fait découvrir le kantélé et les musiques modales de Finlande et de Carélie, ce qui m’a donné ensuite l’excellente idée de me plonger dans la littérature de là-bas. Un communautariste, te dis-je.

À 48.15 une chanson qui commence par un duo de guimbardes avec ensuite guimbarde et chant diphonique s’interpénétrant dans une osmose qui laisse sur le cul.

De 56.10 à 1.04.10 une chanson lente avec un duo de vièles à archet qui prend aux tripes. Si tu n’entends pas le soleil, la steppe, le vent, les grands espaces… je ne peux rien pour toi.

Suit une chanson émaillée de chants d’oiseaux sortis des flûtes mais bien sûr aussi des voix.

Le chant diphonique est une spécialité régionale, on le retrouve dans un coin de la Mongolie voisine et sur le massif de l'Altaï, mais bon, Huun Huur Tu c'est tout de même dans le gratin de cette technique vocale. 

Ça va te changer du registre chanson francophone que je te propose d’habitude.