Partageux rencontre des personnes cabossées par notre société libérale, change leur identité et ne mentionne ni son nom, ni sa ville pour qu'on ne puisse les reconnaître. « Devant la servitude du travail à la chaîne ou la misère des bidonvilles, sans parler de la torture ou de la violence et des camps de concentration, le "c'est ainsi" que l'on peut prononcer avec Hegel devant les montagnes revêt la valeur d'une complicité criminelle. » (Pierre Bourdieu) La suite ici.

lundi 18 mai 2015

Objecteurs de bonne conscience

« Le 17 septembre 2000, Amedy Coulibaly, qui a alors dix-huit ans, vole des motos avec un copain, Ali Rezgui, dix-neuf ans. Ils sont poursuivis par la police… qui tire, et Ali meurt dans ses bras sur un parking de Combs-la-Ville. Aucune enquête n’est ouverte sur la bavure. Cela provoque deux jours d’émeute à la Grande-Borne. Où sont aujourd’hui tous les acteurs des émeutes de 2005 ? Et tous ceux qui les ont regardés faire avec sympathie ? Comment regardent-ils la vie et la politique ? Quel regard ont-ils porté sur les événements de janvier ? On ne les a pas écoutés avant, ni pendant, ni après, ni depuis le 7 janvier. Le 8 au soir, je ne me suis pas rendu à la République, mais au rassemblement devant la mairie de Saint-Denis, ville où j’habite. J’ai rarement vu autant de monde, aussi ému. Mais en même temps, j’y ai rarement vu aussi peu "tout le monde". Il y avait certainement là tous les réseaux des militants. Mais si peu de gens ordinaires, d’inconnus, de gens et de jeunes "des quartiers", comme on dit. Pris dans notre émotion collective, avons-nous été attentifs au clivage silencieux qui était en train de prendre forme ? » Faut-il crucifier Alain Bertho pour avoir dit cela parmi d’autres propos intéressants qui rompent avec les dogmes établis ? 

« La seule véritable réponse du bloc hégémonique MAZ (classes Moyennes, personnes Âgées, catholique Zombies) à l’accumulation des problèmes est l’augmentation rapide du nombre des individus incarcérés par l’État. 36913 personnes écrouées en 1980, 77 883 en 2014. En tenant compte de l’augmentation de la population française de 55 à 65 millions, nous enregistrons donc une élévation du taux d’incarcération de 7 à 12 pour 10 000, soit plus de 70%. Il s’agit avant tout d’hommes jeunes. Avant de nous inquiéter de leurs origines nationales ou religieuses, notons en effet l’âge moyen des prisonniers : 30,1 ans en 1980, 34,6 en 2014. Par ailleurs, la tendance à l’incarcération ne reflète pas une montée de violences graves : le nombreuse homicides a, dans l’hexagone, chuté de 1171 en 1996 à 682 en 2013. C’est l’injustice du monde qui remplit les prisons. » Faut-il crucifier Emmanuel Todd pour avoir écrit cela parmi d’autres propos intéressants qui rompent avec les dogmes établis ?


« La leçon, bien qu’un peu morose, est limpide : ces gens sont indifférents au sort des peuples qui pleurent, gémissent et meurent sous le knout des puissants. Ces gens, tous ces gens au-delà d’apparentes bisbilles, sont d’accord avec l’organisation du monde. Le paysan chinois, le paysan indien, le paysan brésilien, le paysan égyptien, le paysan éthiopien peuvent aller se faire foutre. Et c’est d’ailleurs ce qu’ils font, dans le silence de mort des médias. »  Faut-il crucifier Fabrice Nicolino pour avoir écrit cela parmi d’autres propos intéressants sur Alstom qui rompent avec les dogmes établis ? 



Avons-nous interdiction absolue d’être objecteur de bonne conscience ? Au nom, ça va sans dire, de la liberté d’expression. 



Faut que je te dise ce découragement qui m’envahit parfois. Cette envie de tout laisser tomber. 



Alors je me mets Pierrick Vivares. Il chante : « Nous sommes tellement distants / Tellement intolérants / Que le rire d’un enfant / Nous fait grincer des dents » et sa vidéo dans Les transports en commun me remet du baume au cœur. Photo Passeurs d'hospitalités.


lundi 11 mai 2015

Chroniques de la guerre civile de basse intensité

Photo : mosquée, Le Mans, 31 janvier 2015. Que fait la police ? Elle tape sur des migrants qui veulent... quitter la France ! Une vidéo de deux minutes avec deux-trois lignes de texte éclairant chaque micro-séquence. « Ce sont juste quelques exemples du quotidien : l’ordinaire de la brutalité policière à l’encontre des candidats au passage entre Calais et l’Angleterre, qui tentent de se dissimuler dans les camions. Calais Migrants Solidarity entend aussi rappeler les conditions difficiles dans lesquelles ce travail peut être réalisé. » 
Photo : mur de la mosquée de Baleone, Corse, 13 janvier 2015. Arabes dehors ! Que fait la ministre de l’éducation ? Elle révise ses leçons d'histoire. « Peut-on, en France, enseigner une histoire qui ne soit pas à visée liturgique ? Non. Qui décrète ce que l’on doit croire sur le passé, puisque, décidément, il s’agit d’une croyance ? Le président de la République. De quelle source s’inspire-t-il ? Principalement du Figaro et des médias grand public. »
Photo : mosquée, Béthune, 9 janvier 2015. Que fait EDF ? Elle coule sa filiale de recherche solaire« L’annonce parait sans appel, EDF ne financera plus Nexcis, sa filiale de recherche et développement en photovoltaïque. La décision a abasourdi les salariés et les professionnels du secteur. »
Photo : mosquée en construction, Liévin, 9 janvier 2015. Que fait la recherche en médecine ? Ou comment les cancers des ouvriers sont occultés par les industriels« On n’a plus d’enquête sur les inégalités sociales de santé. C’est devenu un non-sujet. Invisibles des statistiques officielles, les inégalités face à la maladie et à la mort ne cessent pourtant de s’accroitre. En 1984, un ouvrier avait quatre fois plus de risques de mourir d’un cancer qu’un cadre supérieur. En 2008, ce risque est dix fois plus élevé. En milieu professionnel, les morts « légitimes » sont celles des ouvriers. »
Photo : trottoir de la mosquée, Givors, 13 janvier 2015. Que fait Vinci ? « À Toulouse, le géant du BTP veut édifier un ensemble immobilier écolo-compatible, avec espaces verts, jardins partagés, une résidence senior, une crèche, des bureaux et logements collectifs. Petit problème, les sols et la nappe phréatique sont pollués aux hydrocarbures et aux métaux lourds, surtout au plomb. » 
Photo : mosquée, Vandœuvre-les-Nancy, 12 avril 2015. Que fait l’éducation nationale ? Elle mesure la longueur des jupes. « Sarah, la collégienne de Charleville-Mézières [sommée de troquer sa jupe contre un vêtement jugé plus « laïc ». Une simple semaine ordinaire dans le regard des musulmans. « Les nouveaux programmes d’histoire du collège [] accorderaient trop de place à l’enseignement du fait musulman au Moyen-Âge. » 
Photo : un local proche de la mosquée, Escaudain, 12 avril 2015.
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Ça ne se voit pas du tout, Anne Sylvestre filmée par Éric Nadot Tranches de scène

jeudi 7 mai 2015

Dix sept millions d'inaudibles bordel de merde !

Charlie Hebdo publie un nouveau numéroGauche de combat nous dit que la une « lui parle bien ». Que voit-on sur cette une ? 

— Un djihadiste. Y’en a combien en France ? Au plus quelques poignées. Et pas des hordes de fanatisés massacrant chaque jour des centaines de personnes à Paris, Vierzon et Castelnaudary.  

— Un évêque. Espèce en voie de disparition. Faut jamais avoir vu la sortie d'une église pour ignorer que les derniers curés soignent leurs rhumatismes et que leurs dernières ouailles, d’âge canonique elles aussi, forment des rangs  clairsemés. Tiens, tu as entendu parler d'un gars, un seul, qui a perdu son emploi parce qu’il n’allait pas à la messe ? 

— Sarkozy. Personne ne leur a encore dit qu’il n’était plus président ? 

— Marine Le Pen. Bah oui, elle bavarde comme d'hab. Et ça pue comme d’hab. Y’a du nouveau ? 

Par contre impasse totale sur le Medef, les grands capitaines d’industrie, le CAC 40, la Bourse, le trading haute fréquence, la finance internationale, les paradis fiscaux, les fortunes colossales et leur progression himalayenne. Impasse totale sur Mulliez, Pinault, Leclerc, sur tous ceux qui façonnent la société de notre époque. Pendant qu’on moque des clowns sans importance et sans impact, Bolloré pille l’Afrique en toute tranquillité, Avril inonde la France de pesticides, Areva irradie et les cinq cents premières fortunes de France font tranquillou leurs énormes pelotes de milliards. Doivent bien rigoler de nous voir taper sur trois-quatre clowns… et passer sous silence la véritable, la seule lutte qui doit être menée, la lutte des classes 

Impasse totale sur la question sociale. Le chômage. La précarité. La baisse des salaires. Les revenus sociaux faméliques. Et c’est là que je ne comprends pas. C’est là qu’il faut qu'on m’explique. Gauche de Combat, quand il ne blogue pas, c’est un travailleur social. Les trav soc essaient de trouver ceci cela pour enrayer l’hémorragie de la mère seule qui hurle de désespoir ou du quinqua qui va dormir dans sa voiture s’il n’a plus ses vieux parents pour l’héberger. Gauche de Combat est maintenant au chômage. Le travail social est un secteur sinistré. Salement sinistré. Des licenciements tombant comme pluie d’obus à Verdun. Deux ou trois cents candidats pour un poste. Des jeunes sortant des écoles de trav soc qui ne trouvent pas l’ombre d’une annonce de recrutement. Des plus âgés qui ne bougent plus alors que c’était un secteur où tu changeais de crémerie quand le directeur ne te convenait pas, quand tu connaissais trop le chemin pour aller bosser, quand tu passais des adultes aux enfants ou inversement. GdC n’a plus trente ans. Ça va être raide pour retrouver un emploi-aiguille virtuelle dans la botte de foin.  

Alors je résume. Mon copain GdC, lui-même dans la merde, est entouré du vaste merdier qu’est devenu le travail social, travail qui consiste à cataplasmer la régression sociale généralisée avec des bons d’alimentation, des tickets pour le resto social ou des lettres demandant aux assos caritatives des bons de chauffage. Et GdC trouve que cette couverture de Charlie Hebdo lui « parle bien ». 

Et GdC a des mots durs pour flétrir Emmanuel Todd qui — comme Partageux mais à sa façon et avec ses propres arguments — commence à trouver que la gauche chie dans la colle à se polariser sur des thèmes dont on se branle — comme cette une de Charlie — et à faire silence sur la détresse de dix sept millions de nos concitoyens précaires. Dix sept millions ! Le CNRS qui les a comptés, publié par les Presses de Sciences-Po, les nomme Les Inaudibles. Moi, je tire bien bas mon chapeau à un Todd comme à une Mayer du CNRS. Ils sont très loin de la précarité et pourtant, eux, osent en parler sans détour. Quitte à essuyer des lynchages médiatiques. 

J’aime bien GdC. Je ne suis pas toujours d’accord avec lui et ça m’incitera pas à lui planter ma fourchette dans la main la prochaine fois qu’il mangera sa pizza en face de moi. Mais je ne le comprends pas.  

Tout comme je ne comprends pas la gauche. Mais alors plus du tout. Dix-sept millions. DIX SEPT MILLIONS bordel de merde ! 

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Pour mémoire : « En vingt-cinq ans, Charlie est passé de la gauche à la droite. Plus les années s’écoulent, plus je me rends compte que dessiner ne sert à rien. Mieux vaut s’armer d’une kalachnikov. Si je n’avais pas été dessinateur, j’aurais été kamikaze. » Charb, article dans Paris Match du 15 décembre 2004, cité par Serge Quadruppani dans Article 11 d’avril-juin 2015.

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« Gens du pays, c’est votre tour / De vous laisser parler d’amour. » Une chanson de Gilles Vigneault.


mercredi 6 mai 2015

Humilier les faibles de la société


Être ou ne pas être Charlie. Emmanuel Todd lance un nouveau pavé dans le bénitier. On regardera ses interventions sur France Inter. Seb Musset n’a pas aimé. Gauche de combat n’a pas aimé.

Moi, je suis globalement d’accord avec le fond même si la forme, quelque peu anguleuse, peut être reçue comme inutilement blessante. En janvier j’ai écrit la méfiance et les vives réserves que m’inspiraient l’émotion collective suite au massacre de Charlie Hebdo. J’ai aussi longuement cité d’autres mécréants à plusieurs reprises. En janvier encore Todd a donné un entretien au quotidien japonais Nikkei qui ne me paraît pas choquant. Voici ce qu'en avait écrit l'AFP :

Emmanuel Todd a confié être mal à l'aise avec le mouvement « Je suis Charlie », né en France après l'attentat contre Charlie Hebdo, jugeant que les caricatures de Mahomet humilient les faibles de la société. […] Selon lui, près de quatre millions de Français qui sont descendus dans la rue le 11 janvier, quatre jours après l'attentat qui a décimé Charlie Hebdo, ne sont pas représentatifs de la société française : « Beaucoup appartiennent à la classe moyenne, mais les jeunes de banlieue (dont beaucoup d'origine immigrée) et les classes ouvrières, eux, n'y étaient pas », insiste Emmanuel Todd, que cette situation inquiète.

Il pointe en outre les inégalités dont sont victimes les immigrés et leurs enfants, « qui ne peuvent recevoir un enseignement suffisant et ne trouvent pas de travail en période actuelle de crise économique. Une partie d'entre eux aspirent ainsi au radicalisme du groupe État islamique ». « Ce qu'on voit dans les banlieues de nos grandes villes, c'est la plus récente expression de la crise que doivent affronter les sociétés d'Europe de l'Ouest. Les jeunes musulmans qui vivent dans les banlieues sont des Français nés en Occident. L'absence de perspective d'avenir est une des causes de l'aliénation de ces jeunes. Et l'Europe de l'Ouest ferme les yeux sur son propre problème », souligne encore Emmanuel Todd. « Se moquer de soi-même ou de la religion d'un ancêtre est une chose, mais insulter la religion d'un autre est une histoire différente. L'islam est devenu le support moral des immigrés de banlieue dépourvus de travail. Blasphémer l'islam, c'est humilier les faibles de la société que sont ces immigrants », juge le démographe.

Les propos d'Emmanuel Todd retenus par le Nikkei font largement écho à l'analyse d'une partie de la presse et de la population du Japon qui ont du mal à comprendre pourquoi Charlie Hebdo a publié des caricatures de Mahomet malgré les risques connus, et qui considèrent les inégalités en France comme une cause de la dérive radicale de certains jeunes.
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Photo : inscriptions sur une mosquée à Saint-Étienne en 2010. Le bateau par le groupe Des fourmis dans les mains.

lundi 20 avril 2015

À la mémoire des migrants disparus


Encore un naufrage meurtrier en Méditerranée. Selon les survivants sept cents migrants ou plus auraient perdu la vie au large de l’île de Lampedusa. « La pire hécatombe jamais vue en Méditerranée », a déclaré Carlotta Sami, porte-parole du Haut-Commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR), en rendant publique la sinistre nouvelle. Cette semaine, selon les gardes-côtes italiens, plus de 11 000 personnes auraient fait l’objet d’opérations de sauvetage au large de Lampedusa. Depuis le début de l’année, plus de 1 600 personnes auront, malgré tout, péri noyées aux portes de l’Europe, dont 1 150 ces derniers jours. » 

Les migrants meurent aussi au large de la Grèce. L'ami Yéti nous offre deux vidéos d’un naufrage et  sauvetage en Grèce« La scène se passe au matin de ce lundi 20 avril à 50 mètres d’une plage grecque sur l’île de Rhodes. Quelques 200 migrants syriens entassés sur un voilier font naufrage sous l’œil abasourdi des touristes et des locaux présents sur les lieux. »

La Méditerranée est un cimetière géant. Le Mexique en est un autre. « Espérant une vie meilleure, des centaines de milliers de centraméricains traversent chaque année le Mexique pour tenter de rejoindre les États-Unis. Une route périlleuse où les migrants sont victimes des gangs, qui les rançonnent, les battent, les violent, les forcent à travailler ou les tuent. Depuis 10 ans, une caravane des mères des migrants disparus part à la recherche des fils ou des maris qu’elles n’ont jamais revus. »   

À la mémoire de tous ces enfants, femmes et hommes, victimes de la barbarie d’un monde inhumain voici la troisième symphonie d'Henryk Górecki, dite « symphonie des chants plaintifs », composée en 1976. Górecki est l’homme aux cheveux blancs et courts que l’on voit avant le début du concert.

La symphonie commence avec un double canon de contrebasses émergeant lentement du silence. Les autres cordes les rejoignent progressivement. 

Après une introduction de quelques quatorze minutes le premier chant est une lamentation polonaise du XVe siècle. Dès que la soprano a terminé, les cordes reprennent le canon.

À 28 min le deuxième mouvement reprend le texte d'une prière gravée sur le mur d’une prison de la Gestapo par une jeune résistante peu avant son exécution. 

Si tu veux t’offrir cette symphonie, parmi la vingtaine de versions disponibles, je te recommande chaudement l’enregistrement Nonesuch paru en 1992 avec Dawn Upshaw, soprano, et le London Sinfonieta sous la direction de David Zinman. C’est une pure merveille. Et il faut bien dire que le son n’y rend pas les violons parfois aigrelets comme dans cette version au son comprimé pour les besoins de la toile.  

À 37 min 50 sec le troisième mouvement reprend un chant traditionnel polonais. C’est la longue lamentation d’une mère qui a perdu son fils.

jeudi 16 avril 2015

Homme en boubou femme en sari

Quatre cents morts dans un naufrage au large de l’Italie. Des malheureux fuyant l’enfer créé par le FMI, la Banque mondiale et les traités économiques internationaux écrits par les sbires de Bolloré et compagnie. 

Homme en boubou femme en sari une chanson de Gilbert Laffaille. Le concert est filmé par Éric Nadot. L’association Tranches de scène édite des dvd vivement recommandables de « chanson pour adultes consentants » (Sarclo). On s’y abonne à cette adresse.
C’est une chanson qui est à vous
Badiaranké Antanosy
Pêcheurs des îles bergers bantous
Homme en boubou femme en sari

Qui avez vu venir un jour
Sur des bateaux de nos pays
D’étranges hommes aux beaux discours 
Plume au chapeau fleur au fusil

C’est une chanson qui est à vous
Sango Mandé Kalabari
Gamins des rues vendeurs de clous
Homme en boubou femme en sari

Qui avez vu pillés chez vous
Du Fleuve Rouge à l’Oubangui
Mine de fer bois d’acajou
Or et argent diamants rubis

C’est une chanson qui est à vous
Saramaka Tsimihéty
Jeune écolier de Cotonou
Vieux tirailleur de Kabylie

À vous Ali et Mamadou
Tombés à Lens ou à Nancy
À vos enfants venus chez nous
À qui l’on dit « Partez d’ici ! » 

Les Badiaranké vivent au Sénégal, les Antanosy et les Tsimihéty à Madagascar, les Sango en Centrafrique, les Mandé en Afrique de l’Ouest, les Kalabari au Niger, les Saramaka en Guyane. 

mardi 14 avril 2015

Paix à l'homme qui travaille de ses mains


En 2013, l'ONG Oxfam estimait que 2 millions de Britanniques étaient mal nourris, et qu'un parent sur six se privait de nourriture pour mieux subvenir aux besoins de sa famille. Aucune région n'est épargnée, pas même la riche ville de Londres, qui compte à elle seule quelque 90 banques alimentaires. Mais pourquoi le Royaume-Uni se tord-il ainsi de faim ? […] Tu le sauras en lisant cet article du Monde qui ne parvient pas à conserver à chaque page une ligne libérale irréprochable. Le Monde nous dit en effet que c’est la finance qui crée la famine.

On invoque souvent l’universalisme comme principe de vie en commun. Mais justement l’universalisme a été confisqué et manipulé. Transformé en signe distinctif d’un groupe, il sert à mettre en accusation une communauté précise, notamment à travers les campagnes frénétiques contre le voile. C’est ce dévoiement que le 11 janvier n’a pas pu mettre à distance. Les défilés ont réuni sans distinction ceux qui défendaient les principes d’une vie en commun et ceux qui exprimaient leurs sentiments xénophobes. […]

Depuis une vingtaine d’années, c’est de certains intellectuels, de la gauche dite «républicaine», que sont venus les arguments au service de la xénophobie ou du racisme. Le Front national n’a plus besoin de dire que les immigrés nous volent notre travail ou que ce sont des petits voyous. Il lui suffit de proclamer qu’ils ne sont pas laïques, qu’ils ne partagent pas nos valeurs, qu’ils sont communautaristes…

Les grandes valeurs universalistes – laïcité, règles communes pour tout le monde, égalité homme-femme – sont devenues l’instrument d’une distinction entre «nous», qui adhérons à ces valeurs, et «eux», qui n’y adhèrent pas. Le FN peut économiser ses arguments xénophobes: ils lui sont fournis par les «républicains» sous les apparences les plus honorables. J’ai fait une sélection à regret tant tout cet excellent entretien avec Jacques Rancière mérite d’être lu avec attention.


Mes parents adorent Internet. Ils trouvent ça génial. Mais ils ne le comprennent pas. Du tout… Non parce qu’ils ne veulent pas le comprendre, juste parce que… ça les dépasse, de très loin. Du coup, pour leur expliquer la Loi Renseignement et notamment son volet Internet, je suis bien embêté. Y a des trucs techniques dedans, très techniques. Pourtant, les enjeux sont tout sauf techniques. Et tant mieux au final. Tant mieux parce que cela rend le texte abordable au plus grand nombre, ou presque. […] Si les informaticiens te donnent la migraine dès qu’ils ouvrent la bouche, voici un gars qui a trouvé comment t’expliquer tout simplement la loi Renseignement. Un technicien qui ne parle pas technique et c’est lumineux pour comprendre les coups de vache-Valls que la représentation nationale va nous voter
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« Paix à l’homme qui travaille de ses mains. » Paix, Catherine Ribeiro + Alpes. 

vendredi 27 mars 2015

Monsanto tue sans compter.


Le glyphosate, une molécule produite par Monsanto pour les herbicides et pesticides, vient d’être classée comme « probablement cancérogène » par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ), une agence de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) basée à Lyon. « L’in-formation est énorme. En France, un champ de blé sur trois est traité au glyphosate. En Europe, pas moins de 400 entreprises en commercialisent, à travers 30 désherbants différents. Ailleurs dans le monde, une bonne partie des maïs et soja OGM ont été conçus pour être « Roundup ready », c’est-à-dire résistants au glyphosate. Ce qui permet d’épandre du glyphosate sur un champ et y tuer toutes les plantes sauf les OGM. Ce qui permet à Monsanto de vendre à un agriculteur à la fois la plante et l’herbicide. Génial. » 

Mais comment qu'on va se débarrasser des mauvaises herbes si qu'on est bête au point d'interdire les herbicides ? se demandait en substance un site fort mal nommé Alerte environnement voici quelque temps. J’avais envie de poster un commentaire. Mais à quoi bon ? En effet ce site se fait l’avocat permanent de l’industrie chimique comme de toutes les saloperies notre époque, industrie nucléaire comprise.

Quand j'étais gosse, et c'était tout de même pas au Moyen-Âge, on n'utilisait pas de désherbant. On ne passait jamais non plus de girobroyeur, de débroussailleuse ou de tondeuse énergivores sur les bords des routes de ma commune rurale. L'herbe était pourtant toujours rase et les haies parfaitement taillées.

Il y avait la mère B. — on l'appelait la mère biquette — qui poussait son troupeau de chèvres en toute saison. Elle n'avait guère de champs, cette brave veuve, et ses chèvres mangeaient gratis les bas-côtés des routes et chemins. Fallait juste les suivre. Quand les céréales étaient moissonnées, la mère B. laissait ses chèvres brouter aussi dans les champs. Pour surveiller ses chèvres elle s'installait confortablement sur son pliant, avec son immense parapluie qui la protégeait du soleil comme de la pluie, et elle lisait son journal. Sur la fin de mon adolescence je me souviens l'avoir vue aussi en compagnie d'un poste à transistor. Le Moyen-Âge, te dis-je...

Le père P. promenait lui aussi ses moutons toute l'année. Moutons qui mangeaient ce que les chèvres avaient dédaigné. Les deux troupeaux assuraient un entretien parfait de toute la voirie communale. Complémentaire des vaches laitières qui ne rentraient pas à l’étable sans prendre une goulée de ci de là. Ça ne coûtait pas un seul cancer et ça produisait du lait et des côtelettes. 

Comme une chiée de gosses, la mère B. et le père P. je les ai souvent accompagnés, grimpé sur mon petit vélo. Ça ne coûtait pas un seul salaire d'éducateur de rue et ça assurait le lien social entre les générations. Tellement on en avait qu'on ne savait même ce que c’était. Le lien social. On avait aussi une initiation au travail manuel. Et je pense que je saurais encore traire une chèvre. C'est comme le vélo, ça s'oublie pas. 

Et puis Monsanto et ses acolytes sont arrivés.
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Dessin de Rodho emprunté ici à Bastamag. Les vagues de et par Mathieu Rosaz, un fils spirituel de Barbara. Un disque enregistré naguère dans feu le Café Ailleurs qui a été une très importante pierre blanche dans l'histoire de la chanson. Salut chaleureux à Boris et toute l'équipe qui a enchanté les nuits d'une petite rue de la Bastille.


jeudi 26 mars 2015

Ce fossé entre les discours et la réalité.


Un bon dossier bien fouillé sur le FN et pas une copie de plus avec du prêchi-prêcha inutile. Tu l’aurais déjà lu si tu étais abonné à Fakir qui est l’une des toutes meilleures publications politiques du moment. […] le discours du Front national, et même son discours social, n’explique qu’à la marge ses succès électoraux d’hier et de demain. C’est dans les abandons successifs de la gauche gouvernementale, dans ses navrantes expériences au pouvoir, dans ses renoncements à lutter contre le libre-échange, contre la finance, contre une monnaie forte, contre les dogmes bruxellois, et au final contre ce mal endémique, le chômage, c’est ici que demeure, pour nous, la cause majeure de la réussite des Le Pen : un boulevard ouvert dans les classes populaires. Qu’on y ajoute les responsabilités de l’autre gauche, la « vraie », la puérilité de ses divisions, la timidité de ses positions, elle qui échoue jusqu’ici à incarner une voix de secours.

Alors que Radio France est en grève, Daniel Mermet nous offre un long et fort intéressant texte qui retrace l’histoire de la création de la radio nationale. Tu peux en profiter pour t’abonner à Là-bas si j’y suis. C'est moins cher que Médiapart et tu n'auras à souffrir ces désagréables remontées gastriques que Mediapart a le talent de nous infliger. [...] France Inter construit une image fausse de la société par rapport aux structures sociales réelles. De même que la propagande soviétique éliminait grossièrement les indésirables de la photo officielle, on assiste ici à l’élimination des catégories disgracieuses : demandeurs d’emplois, retraités, femmes au foyer ou encore « jeunes des quartiers ». Ce mépris profondément ressenti, se traduit par un rejet des médias et des journalistes dans les quartiers populaires. Pour plus de 65% des Français (surtout chez les jeunes) les journalistes sont incapables de résister aux pressions de l’argent, des partis politiques et du pouvoir. Un rejet qui n’est pas sans lieu non plus avec le vote Front National.

La laïcité, c’était la séparation de l’Église et de l’État. La liberté de conscience garantie par la loi. La nouvelle laïcité, c’est l’exclusion des croyants et des peaux bronzées. « Ce qui me frappe dans le débat public, c’est une définition implicite de la laïcité qui ne correspond en rien à celle de notre Constitution, du droit européen et international, observe le sociologue Pierre Merle. Une laïcité qui interdit les manifestations religieuses plutôt que de les respecter, qui conduit à des logiques d’exclusion au lieu de favoriser le vivre-ensemble. » La nouvelle laïcité, c’est juste du racisme où musulmans et supposés musulmans en prennent plein la gueule. « On en vient à dire à des jeunes filles originaires d’Albanie ou du Moyen-Orient que leurs jupes sont trop longues, qu’on ne s’habille pas comme ça en France ! Je ne peux pas y voir autre chose qu’un vulgaire racisme. »

« L’école républicaine » et la machine administrative rejettent avec bonne conscience les enfants qui ne sont pas conformes. Si ton enfant présente un handicap, tu as intérêt à être plutôt argenté, patient et bien outillé du bocal pour le parcours du combattant à la MDPH. [...] Puis, quand le dossier enfin est parvenu au sommet de la pile, après deux à trois ans d'attente, qu'il a été examiné, c'est au tour des commissions de se mettre en branle. Elles exigeront la présence d'un membre de la famille, naturellement en semaine, pendant les heures de travail et en un lieu souvent éloigné. Quand on a un enfant handicapé, la vie n'est déjà pas très facile ; se libérer pour répondre aux exigences de cette structure enfermée dans sa tour d'ivoire devient impossible. Le dispositif, s'il ne vise pas à éliminer les plus modestes, finit cependant par laisser sur le bord de la route les familles les moins solides, les plus désorientées par l'intrusion du handicap dans leur vie personnelle. Clairement, on se trouve devant des procédures de classe qui écartent les plus humbles par le découragement, l'incompréhension ou le dénuement. Ça rend teigneux de lire ce billet où l'on sent qu'il y a du vécu. Ça rend teigneux de voir ce fossé permanent entre le discours et la réalité.
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Bernard Haillant chante Dick le Mélanésien l’oreille sur la minicassette d’une chanson de Dick Bône.  

jeudi 19 mars 2015

La peur d'la corde ou du poteau


On estime qu'un million et demi de Français ne bénéficient d’aucune couverture médicale car les démarches sont trop compliquées. Les pouvoirs publics rechignent à simplifier les formalités car cela permet à l’État d'économiser 5 milliards d’eurosUn dossier de CMU, couverture maladie universelle, c’est 16 pages à remplir avec une centaine de cases à cocher. [Si tu es constipé de la comprenette, faut te le répéter, comme à ce gouvernement grec démagogue qui veut nourrir, loger et éclairer tous les Grecs.] Mais simplifier les démarches et permettre aux plus démunis de bénéficier de l’ensemble de leur droits coûterait 5 milliards d’euros

Sénatrice écologiste de Seine-Saint-Denis, Aline Archimbaud a tenté de faire voter un amendement pour rendre automatique l’accès à la CMU pour tout bénéficiaire du RSA. Mais on lui a clairement fait comprendre que cela coûterait trop cher. [On te l’a déjà dit mais tu n’écoutes pas.]

Des perturbateurs endocriniens dans les cheveux des parisiennesAu moins une vingtaine de perturbateurs endocriniens (PE) — avérés ou suspectés — seraient présents dans les cheveux des femmes urbaines en âge de procréer. C’est le principal message d’une étude rendue publique jeudi 12 mars par l’association Générations futures, financée par le Conseil régional d’Ile-de-France. Ces résultats se fondent sur l’analyse des cheveux d’une trentaine de jeunes femmes de 20 à 35 ans, vivant principalement à Paris et en banlieue parisienne [...]

Le cancer est évitable, à condition d’éradiquer les cancérogènes en milieu de travail, dans l’environnement et la consommation. Pourtant, dans le champ de l’épidémiologie, des chercheurs s’obstinent à produire des modèles statistiques dénués de sens par rapport à la réalité dramatique du cancer. L’outil mathématique utilisé pour cette production de l’incertitude donne à la démarche l’apparence de la rigueur, de l’objectivité, pour tout dire de la science. Surtout, cela rend quasi impossible l’échange et la discussion entre, d’une part, les travailleurs et citoyens, victimes de cancers associés à l’exposition aux substances toxiques. […]

Bon appétit braves gens ! C’est un vieil article qui hélas n'a pas vieilli.  « Des substances réputées sans effet pour la reproduction humaine, non neurotoxiques et non cancérigènes ont, en combinaison, des effets insoupçonnés. » Effets insoupçonnés, éventuellement cancérigènes, ouvrant la voie — peut-être — à des maladies neurodégénératives comme Parkinson, la sclérose en plaques ou Alzheimer. […]

De Clichy-sous-Bois sont parties les émeutes de 2005 à la suite de la mort de Zyed et Bouna. La leçon a-t-elle été entendue ? Heu... Un long reportage te détaille cela« De sa fenêtre simple vitrage où s’engouffre le froid en hiver, on aperçoit les premiers immeubles de l’Etoile. C’est le deuxième ensemble dégradé. Ce jour-là, une poignée de Clichois, regroupés devant l’allée Joachim Du Bellay, discutent inquiets. Depuis quinze jours, dans les caves de leur immeuble stagnent les eaux usées. Des odeurs nauséabondes refluent jusque sur le trottoir. « Nous avons alerté l’Agence régionale de santé. C’est comme ça que se déclenchent des tuberculoses, c’est déjà arrivé en 2011 au Chêne Pointu, s’emporte Ahmed, propriétaire d’un F3. Aujourd’hui, un camion est venu pomper, envoyé en urgence par le service hygiène de la mairie, mais on nous annonce 17 800 euros de facture ! On ne pourra pas faire face ». 

« Y’a plus d’sous » est l’éternel refrain de nos gouvernants. Basta ! te raconte où est passé le pognon. Article illustré avec des compteurs qui relèvent de la psychiatrie aque faut être siphonné pour penser que tout ça va durer éternellement. « Les produits dérivés sont une arme de destruction massive », affirmait le milliardaire américain Warren Buffett il y a dix ans. Les produits dérivés, ce sont ces produits financiers à l’origine de la crise financière de 2008. Sept ans plus tard, malgré les grandes promesses de régulation, la spéculation sur les produits dérivés est reparti de plus belle ! Une spéculation totalement déconnectée de l’économie réelle. Qui paiera lorsque ce fragile château de cartes vacillera de nouveau ? Regarder en direct défiler les chiffres de ce casino démesuré donne le tournis. » 
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Hiver 1943-printemps 1944. Pierre Dac chante sur Radio Londres sa parodie d’une chanson à la mode. « C’est la complainte des nazis / C’est la complainte des pourris / Qui met au ventre des salauds / La peur d’la corde ou du poteau / Elle accompagne en quelques mots / L’agonie de l’ordre nouveau / À vos potences hommes de Vichy / C’est la complainte des nazis. » Et si on redonnait la peur de la corde aux barons de la finance ?