Partageux rencontre des personnes cabossées par notre société libérale, change leur identité et ne mentionne ni son nom, ni sa ville pour qu'on ne puisse les reconnaître. « Devant la servitude du travail à la chaîne ou la misère des bidonvilles, sans parler de la torture ou de la violence et des camps de concentration, le "c'est ainsi" que l'on peut prononcer avec Hegel devant les montagnes revêt la valeur d'une complicité criminelle. » (Pierre Bourdieu) La suite ici.

jeudi 24 septembre 2015

La sourate du vide

Désapprendre. Déconditionner sa naissance.
Oublier son nom. Être nu.

Dépouiller ses défroques. Dévêtir sa mémoire.
Démodeler ses masques.

Déchirer ses devoirs. Défaire ses certitudes.
Désengranger ses doutes. Désemparer son être.

Débaptiser sa source. Dérouter ses chemins.
Défeuiller ses désirs. Décharner ses passions.

Désacraliser les prophètes. Démonétiser l'avenir.
Déconcerter l'antan. Décourager le Temps.

Déjouer la déraison. Déflorer le délire.
Défroquer le sacré. Dégriser le vertige.

Défigurer Narcisse. Délivrer Galaad.
Découronner Moloch. Détrôner Léviathan.

Démystifier le sang. Désosser le singe.
Déshériter l'ancêtre.

Désencombrez votre âme. Déséchouez vos échecs.
Désenchantez le désespoir. Désenchainez l'espoir.

Délivrez la folie. Désamorcez vos peurs.
Désarrimez vos cœurs. Désespérez la Mort.

Dénaturez l'inné. Désincrustez l'acquis.
Désapprenez-vous. Soyez nu.


« La sourate du vide » est extraite des Sourates de Jacques Lacarrière, écrivain amoureux de la Grèce qui a notamment publié L’été grec, magnifique livre paru naguère dans la collection d’ethnologie Terre humaine.

Cette sourate pour penser aux Grecs dont les souffrances vont continuer encore et encore et encore. Que la Grèce reste sous les feux de l'actualité ou qu’elle passe dans les entrefilets de bas de page. 
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Photo Greek Crisis, le carnet de notes d'un ethnologue en Grèce. Autres temps, autres malheurs, mêmes douleurs. La complainte des ramasseux d'morts, texte de Gaston Couté, musique de Gérard Pierron, chantée par icelui. 

1 commentaire:

  1. Je garde un excellent souvenir de ma lecture de l'été grec, bien loin du tourisme de masse...

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