Partageux rencontre des personnes cabossées par notre société libérale, change leur identité et ne mentionne ni son nom, ni sa ville pour qu'on ne puisse les reconnaître. « Devant la servitude du travail à la chaîne ou la misère des bidonvilles, sans parler de la torture ou de la violence et des camps de concentration, le "c'est ainsi" que l'on peut prononcer avec Hegel devant les montagnes revêt la valeur d'une complicité criminelle. » (Pierre Bourdieu) La suite ici.

mardi 1 septembre 2015

Radio Partageux/13

1955. Jean-Paul est apprenti chez un géomètre et le boulot ne manque pas. Il s’agit de transformer le bocage breton en zone agricole super-moderne super-productive super-rentable.

« Tu aurais vu ça ! J’étais tout jeune mais pourtant j’avais conscience que l’on était en train de dévaster toute la région. Arracher un alignement de chênes centenaires ? Zou ! Raser des haies par dizaines de kilomètres ? Zou ! Virer tous les dolmens d'une commune ? Zou ! Les routes, les chemins et les ruisseaux étaient redressés et recalibrés comme ils disaient. Rien ne devait arrêter le progrès. 

« Les ingénieurs du remembrement traçaient des traits sur les cartes sans jamais regarder ce qu’il y avait sur place. Moi, j’arpentais le terrain avec nos instruments de mesure et nos piquets de marquage. J’en suis encore malade quand j’y songe. J’ai vu des paradis verts, des paysages de rêve qui ont inspiré contes et légendes, devenir plus moches que les pires terrains vagues péri-urbains. Après la dévastation les vaches étaient malades et il fallait du temps pour comprendre qu’elle étaient victimes d’insolation l’été et du froid l’hiver. Les paysans comme les vétérinaires n’avaient jamais vu ça. Après la dévastation les vieux mouraient de chagrin en ne reconnaissant plus le coin où il avaient passé leur vie.  » 

« Ceux qu’ont décidé là-haut / Voilà ce qu’on a à leur dire / Si c’est exprès c’est des salauds / S’ils savaient pas c’est encore pire. »

C'est en 1977 que Gilles Servat chante Madame la colline qui se termine sur ces paroles. Le premier instrument que l’on entend avec les percussions est un psaltérion à archet qui a ce son cristallin si particulier. 

En 1977 France-Inter n’hésitait pas à programmer chaque jour une telle chanson de 6 min 50 sec. Aujourd’hui c’est la radio de l’été des blogueurs qui le fait. 


Déjà paru sur Radio Partageux :  

#12 Tom Novembre et l'affaissement moral de nos élites.
#11 Sœur Marie Keyrouz, Liban. « Les voix de la radio des blogueurs sont impénétrables. »(Lolobobo, prophète à temps partiel)
#10 Anne Vanderlove chante la mort d'un ouvrier agricole. La ballade de François Quenechou de Gilles Servat.
#9 Bob Dylan, USA, Chimes of freedom. L'hymne bloguational partageux.
#8 Psarantonis, Grèce. À croire qu'il se passe chaque jour les cordes vocales au  papier de verre pour chanter ainsi.
#7 Manu Lann Huel, Bretagne. La beauté fragile d'une langue menacée.
#6 Thomas Mapfumo, Zimbabwe. Mbiraguitare électrique et chimurenga, combat pour la décolonisation.
#5 Charlélie Couture, La ballade de Serge K. On pouvait mourir de misère dans un pays aussi riche que la France et c'était nouveau.
#4 Jérémie Bossone. La guitare électrique qui balance entre le rock et la chanson de Barbara.
#3 Ross Daly, Crète, ou redonner la fierté aux gueux qui avaient honte de la musique de leurs ancêtres.
#2 Seyfu Yohannes, Érythrée, un étrange bijou de chanson jazz.
#1 Gato Barbieri, Argentine, joue Carlos Santana. Indicatif d'une émission de Jean-Louis Foulquié affranchie des zindustries culturelles.

3 commentaires:

  1. Ce commentaire a été supprimé par son auteur.

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  2. il se trouve justement qu'hier soir sur la 3 (des racines et des ailes) nous avons eu droit au Limousin qui lui n'a pas été remembré.
    C'était ce que j'avais découvert, ces paysages de bosquets, tellement différents d'autres tels la Beauce de mon enfance, où des insectes disparus ailleurs existent là. Et l'eau, rivières, étangs, lacs…
    j'ai pris mon pied.

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Vas-y pour tes bisous partageux sur le museau !